"Cela nous a fait penser à une bombe atomique" : à Beyrouth, les habitants hébétés par les explosions

"Cela nous a fait penser à une bombe atomique" : à Beyrouth, les habitants hébétés par les explosions
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CHAOS - Corps gisant au sol, carcasses de voitures et entrepôts aplatis... Au port de Beyrouth, deux énormes explosions ont provoqué mardi 4 août des scènes de dévastation, semant la panique dans la capitale libanaise. Deux habitants ont accepté de témoigner.

C'est une des explosions les plus intenses qu'ait connu Beyrouth. La capitale libanaise est meurtrie, mardi 4 août, après les deux déflagrations ressenties en fin d'après-midi sur le port. Dans une première déclaration d'un responsable, le directeur général de la Sûreté générale, Abbas Ibrahim, a indiqué qu'elles étaient peut-être dues à des "matières explosives confisquées depuis des années", ajoutant attendre la fin de l'enquête. Une explication soutenue plus tard par le gouvernement.

Mais pour les Libanais, au vu de la violence de l'explosion, il est difficile de croire à un simple accident. Alors que plusieurs heures après le drame, des hélicoptères continuent toujours de déverser des trombes d'eau pour tenter d'éteindre les flammes, Sanaa, 70 ans, a du mal à se remettre de ses émotions. Habitant sur la corniche face au port, elle fait partie des témoins proches.

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"Comme un tremblement de terre"

"C'était affreux ce qu'on a ressenti. Il y a eu comme un tremblement de terre au début. Pendant une minute, je crois, le lit a tremblé très fort, les lustres ont bougé. J'ai aussitôt couru de ma chambre vers la porte pour descendre les escaliers, mais j'ai eu peur et je suis retournée à la maison. Et c'est là qu'il y a eu l'explosion. C'est arrivé peut-être 30 secondes plus tard. Ça a fait un bruit énorme, je l'ai encore dans les oreilles, et tout à coup j'ai vu la fumée et les nuages rouges", raconte-t-elle à LCI.

Le secteur du port est très vite bouclé par les forces de sécurité, qui ne laissent passer que la défense civile, les ambulances aux sirènes hurlantes et les pompiers. C'est le début du chaos. A ce moment-là, la peur et la panique sont les sentiments qui dominent. "Je tremble, je ne me sens pas bien", poursuit Sanaa, toujours sous le choc. "Il ne manquait plus que ça à Beyrouth", dit-elle. 

Pendant ce temps, dans un autre quartier de la ville, son fils Ali a eu moins de chance. Chez lui, toutes les vitres se sont brisées, et un éclat est allé se loger dans sa jambe. Conduit à l'hôpital, c'est la cohue qui prédomine. "Tous les hôpitaux ont fermé à cause du Covid. Du coup, les blessés sont envoyés dans un seul établissement. Quelle catastrophe", poursuit Sanaa.

"Pas le fait d'un simple accident"

A 3 km du port, Karim, 49 ans, est lui aussi un témoin privilégié. Contacté par LCI, son récit décrit un même enchaînement. "On a ressenti comme un violent tremblement de terre, suivi d'une explosion. Ensuite, une deuxième explosion s'est produite, beaucoup plus intense. Cela nous a fait penser à une bombe atomique car il y a eu comme un effet de souffle et un halo s'est formé dans le ciel", explique-t-il.

La violence est par ailleurs telle que son balcon en fer s'est tordu par endroits. Même chose pour les fenêtres. "La pression a été tellement forte que le plastique des portants s'est plié. Je n'ai jamais vu ça. Même pendant la guerre, il y a eu des explosions, mais pas un truc de ce genre"

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Pour cet habitant, le sentiment qui prédomine, en dépit des déclarations faites par le gouvernement selon lesquelles l'explosion est due à la surexposition à la chaleur de 2700 tonnes d'ammonium de nitrate, c'est qu'il ne peut s'agir que d'une attaque. "Cela nous a fait penser à la guerre. Ce ne peut pas être une simple explosion de produits chimiques. Quelque chose l'a forcément provoqué". Une situation qui le renvoie immédiatement aux années sombres du Liban. "Ça fait peur. Cela me rappelle l'attentat de Rafic Hariri en 2005 (un attentat spectaculaire provoqué par une camionnette bourrée d'explosifs, ndlr), mais en beaucoup plus fort, et sur un rayon plus grand", dit-il. "On ne sait pas qui a fait ça, comment les jours qui suivent vont se passer, c'est l'inconnu".

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Pour l'heure, en Israël, pays voisin qui a mené plusieurs opérations militaires ces dernières décennies contre le Liban, un responsable du gouvernement a affirmé à l'AFP sous couvert d'anonymat que son pays n'avait "rien à voir avec l'incident". Quant au Hezbollah, peut-il être montré du doigt, alors que vendredi, le Tribunal spécial pour le Liban (TSL), basé au Pays-Bas, doit rendre son verdict dans le procès de quatre hommes, tous membres présumés de ce puissant mouvement libanais, accusés d'avoir participé à l'assassinat d'Hariri ? "Impossible", tranche catégorique Karim. "Je sais comment ça se passe ici et ils ne peuvent pas faire un truc pareil ici à Beyrouth sur des Libanais, où ils ont des frères, des sœurs, j'en suis sûr", conclut-il.

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