Centrafrique : le son de paix des rappeurs de Bangui

Centrafrique : le son de paix des rappeurs de Bangui

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REPORTAGE - Parce que la Centrafrique ce n'est pas que la crise, les horreurs et la peur, metronews est allé à la rencontre des "MC fonctionnaires". A rebours des rappeurs haineux, ce groupe de jeunes Banguissois véhicule un message de paix, avec un son tout aussi efficace.

"Ça bouffe le courant". Dans la version locale du "ça déchire", les jeunes Banguissois s'enthousiasment à l'évocation des "MC fonctionnaires". Dans la capitale centrafricaine, les morceaux de ce groupe de rappeurs du crû tournent en boucle sur leurs portables et leurs autoradios.

La naissance des MC, en 2006, ressemble à celle de nombreuses formations de rap. Des jeunes d'un même quartier, en l'occurrence Sica Benz-Vi à Bangui, ont l'habitude de traîner le soir à un carrefour, pour écouter de la musique ensemble. "A force d'improviser des freestyles, on a fini par se dire : et pourquoi pas former un groupe ?", se souvient Petrus, le leader, âgé de 27 ans. A ce jour, la bande des six (plus le DJ) revendique déjà une trentaine de titres au compteur, de fabrication artisanale. Malgré leur succès populaire, ils ne vivent en effet pas de leur musique, qu'ils diffusent par leurs propres moyens en gravant eux-mêmes leurs singles sur CD.

"E ye gui siriri"

Au nombre de ses modèles, la bande cite en vrac Tupac, MC Solar, Kery James ou Rohff. Sauf que quand ce dernier rappe que "le son, c'est la guerre", les MC fonctionnaires, avec la même révolte, revendiquent "la paix". C'est d'ailleurs le titre d'un de leurs morceaux les plus connus, composé début 2013, quand la Centrafrique a commencé à plonger dans la violence. Un an plus tard, le refrain chanté en sango en est plus que jamais d'actualité : "E ye gui siriri" ("On veut la paix").

"On essaie de faire ouvrir les yeux, pour que tout le monde prenne conscience qu’on ne peut pas continuer comme ça à se massacrer, que ça ne mène nulle part", explique Rafale, 23 ans. Génération née juste après la fin du règne de "l'empereur" sanguinaire Bokassa, lui et ses acolytes s'insurgent de voir l'état de leur pays après un demi-siècle d'indépendance. "Malgré toutes nos richesses, en diamants aluminium, mon professeur est corrompu, mes études interrompues", enragent-ils dans leur morceau intitulé "Après 50 ans". Quant à l'embrasement actuel entre chrétiens et musulmans , il les dépasse : les deux religions sont mélangées dans le groupe.

Aujourd'hui, les six sont désœuvrés par la crise, comme une majorité de Centrafricains. "Je n'ai plus eu de cours depuis décembre", témoigne Princia, 18 ans, dernière recrue et seule fille du groupe, qui doit pourtant passer son bac en juin. Malgré la galère et le couvre-feu qui empêche les concerts, le petit groupe continue néanmoins de se réunir pour répéter dans sa minuscule échoppe bleue, en bord de route dans son quartier. En préparation, son prochain single s'appelle "SMS au président". "Il s'adresse à celui qui sera élu l'année prochaine, pour qu'il ne fasse pas comme ses prédécesseurs", décrypte Petrus. Et d'expliquer au passage le nom du groupe : "MC pour maîtres de cérémonie, parce qu'on met le feu partout où on arrive, et fonctionnaires parce qu'on est au service du peuple". S'il arbore la casquette de rigueur, les chaînes caricaturales des rappeurs ont été remplacées à son cou par un simple badge : "Ambassadeur de la paix".
 

>> Ci-dessous : deux morceaux des MC fonctionnaires.

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