Centrafrique : l'indignation au lendemain d'un horrifiant lynchage

Centrafrique : l'indignation au lendemain d'un horrifiant lynchage

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AFRIQUE - Un homme suspecté d’être à la solde de la rébellion musulmane a été battu à mort par la foule mercredi, en marge d'une cérémonie officielle. Bangui a promis jeudi une enquête, tandis que Paris dénonçait des "actes odieux".

La cérémonie devait marquer une étape sur la voie de la reconstruction en Centrafrique, marquée par un an de chaos. Mercredi, la nouvelle présidente Catherine Samba Panza célébrait à Bangui la renaissance d'une armée nationale, pour la première fois réunie depuis la prise du pouvoir en mars 2013 de la rébellion Séléka. Mais aussitôt après son départ, des militaires ont lynché à mort un homme suspecté d'être un soldat rallié à l'ancienne rébellion musulmane. En plein jour, devant des dizaines de témoins et la presse internationale. Les images sont insoutenables. Aucun soldat ne s'est interposé, personne n'a été arrêté.

Muet mercredi soir, le pouvoir centrafricain a fini par réagir jeudi. Entretemps, les images de ce lynchage ont tourné sur Internet, montrant l'image désastreuse d'un pays incapable de se réconcilier, après des mois de massacres inter-religieux. En fin de journée jeudi, le ministre de la Défense, le général Thomas-Théophile Timangoa, a affirmé devant le Conseil national de transition qu'une enquête était d'ores et déjà ouverte.

Jean-Yves Le Drian sur place mercredi

La communauté internationale, qui ne pouvait pas non plus rester sans rien dire, a réclamé par la voix de l'ONU et de la France des "sanctions exemplaires". "Les incidents qui ont eu lieu hier lors de la cérémonie de remobilisation des FACA (Forces armées centrafricaines) sont des incidents révélateurs et inadmissibles", a déclaré le représentant spécial de l'ONU en Centrafrique, Babacar Gaye. Dans la foulée, Paris a condamné des "actes odieux", tout en soutenant "la décision de la présidente Catherine Samba Panza d'ordonner une enquête".

Depuis plusieurs jours déjà, plusieurs organisations non gouvernementales, notamment Amnesty International et Human Rights Watch, dénonçaient la passivité des forces internationales face aux violences dont sont particulièrement victimes les musulmans à Bangui, assimilés aux anciens rebelles qui avaient multiplié les exactions pendant des mois contre les populations chrétiennes.

Deux mois après le début de l'intervention française Sangaris, "à Bangui, la situation est à peu près stabilisée même s'il y a encore des exactions régulières. Sur le reste du territoire, c'est beaucoup plus compliqué", a concédé le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, qui a prévu de se rendre sur place mercredi prochain. Face à l'évidente persistance des violences, il a en outre estimé que l'ONU pourrait "vraisemblablement" prolonger le mandat des forces françaises, forte de 1.600 soldats, au-delà de la période initiale de six mois. Comme on pouvait s'y attendre, réconcilier les esprits en Centrafrique devrait s'avérer beaucoup plus longue que de faire taire les armes.

VIDEO - Les images glaçantes du reportage de LCI au moment du lynchage :

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