Centre MSF visé au Yémen : "La situation humanitaire est catastrophique"

Centre MSF visé au Yémen : "La situation humanitaire est catastrophique"

ENTRETIEN - Un centre de Médecins sans frontières, situé au Yémen, a été la cible d'un tir meurtrier dimanche. Il s'agit de la troisième attaque d'un centre de soins de l'ONG dans le pays en moins de trois mois. Le Dr Mego Terzian, président de MSF, a répondu aux questions de metronews sur la situation sur place et l'évolution de la mission de l'ONG dans ce pays en proie à une grave crise humanitaire.

Quel est le bilan de l'attaque du centre médical de Razeh ?
Cinq personnes ont été tuées et dix ont été blessées. Il s'agit de patients, de personnels yéménites travaillant pour le ministère de la Santé et du personnel MSF, parmi lequel l'un des membres est décédé et un autre a été blessé.

Aviez-vous des craintes concernant la sécurité de ce site ?
Nous sommes conscients que nous travaillons dans un pays en guerre et que nous pouvions être confrontés à des problèmes de sécurité. Après, nous continuons notre dialogue avec les belligérants pour tenter d'obtenir un espace humanitaire sécurisé. Mais je ne sais pas si nous l’obtiendrons.

Vos relations avec les parties au conflit s'étaient-elles dégradées ces derniers temps ?
Non. Nous dialoguons avec tout le monde. Les coordonnées GPS des structures MSF sont communiquées régulièrement à toutes les parties. Nous insistons notamment auprès de la coalition menée par l'Arabie saoudite sur l'ampleur de la situation humanitaire sur place. Aujourd'hui, ce sont les populations qui vont subir les conséquences du tir sur l’hôpital, qui n'est plus fonctionnel. C'était le seul centre de soins qui continuait à travailler gratuitement pour la population dans la région.

Quelle est la situation humanitaire au Yémen?
Depuis mars 2015, la situation est catastrophique. Pour vous donner un exemple, MSF a pris en charge 16.000 victimes de guerre, ce qui est très significatif. Pour moi, c'est une situation aussi aiguë qu'en Syrie.

Vous connaissez l'origine du tir qui a frappé l'hôpital à Razeh ?
Nous n'avons pas de preuves de l'origine du projectile qui s'est abattu dans l'enceinte de l'hôpital. A-t-il été tiré par l'aviation, depuis le sol ? Nous ne le savons pas. Le staff a cependant rapporté que des avions survolaient la zone au moment du drame.

Ce n'est pas la première fois que vous êtes la cible de tirs au Yémen...
En l'espace de trois mois, sur onze structures MSF présentes au Yémen, trois ont été visées par des tirs. Avant Razeh, l'hôpital situé à Hayadin, dans le même gouvernorat, a été détruit par au moins six bombes de la coalition, selon plusieurs témoins. Le 3 décembre, un centre à Taez a également été touché par une attaque de la coalition qui a fait neuf blessés.

Dans ces conditions, pensez-vous à quitter le Yémen ?
On se pose des questions, bien sûr. Depuis 45 ans, on a l'expérience de travailler dans des pays en guerre. Mais, notre priorité est que le personnel MSF revienne sain et sauf de sa mission. Si on pense que dans certaines zones la sécurité n'est pas respectée, MSF pourra se retirer. Malheureusement, c'est le cas au Yémen, on est l'un des rares acteurs à apporter une aide médicale d'urgence à la population. Pour le moment néanmoins, on a décidé de maintenir les équipes en place et de poursuivre le dialogue avec les belligérants pour voir si on peut continuer notre travail.

Concernant le bombardement de l'hôpital de Kunduz, en Afghanistan, qui a coûté la vie à 30 personnes, vous venez d'adresser une pétition signée par près 550.000 personnes pour réclamer "une enquête indépendante" sur cette attaque tragique. Où en êtes-vous ?
On ne connaît toujours pas la vérité sur l'attaque. La pétition que nous avons transmise n'a suscité aucune réaction de la part des autorités américaines ou afghanes. L'enquête interne à l'armée américaine a conclu à des erreurs à différents niveaux, mais ce n'est pas une enquête neutre. Nous voulons donc qu'une enquête indépendante soit menée. Pour cela, nous avons sollicité l'ONG Fact-Finding Commission mais elle a besoin de l'aval des gouvernements concernés. Or, à ce jour, elle n'a pas reçu de réponse.

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