Cesare Battisti à nouveau arrêté : retour sur une vie de cavale

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MARATHON - Il était en cavale depuis décembre pour échapper à une extradition vers l'Italie où il a été condamné à perpétuité. L'ex-militant d'extrême gauche Cesare Battisti a été arrêté en Bolivie. Après s'être évadé de prison puis fui au Mexique et en France où il avait vécu pendant 15 ans, Battisti vivait depuis 2004 au Brésil.

Il était, une fois de plus, en cavale. Depuis le mois de décembre, l'ex militant italien d'extrême gauche avait fui  son pays d'accueil, le Brésil. Une fuite pour échapper à une extradition désormais inéluctable vers l'Italie.  Jugé coupable de meurtres et de complicité de meurtres dans son pays en 1978 et 1979, pendant les "années de plomb", Battisti a été arrêté en Bolivie. Le Brésil qui s'était opposé depuis de longues années à son extradition vers l'Italie est revenu sur sa position en décembre dernier. 

Une évasion en 1981 et un premier passage en France

Rome cherchait à obtenir de longue date l'extradition de Battisti, qui appartenait aux Prolétaires armés pour le communisme, un groupe d'extrême gauche. Né en 1954 dans une famille communiste et catholique, Battisti rejoint le groupe révolutionnaire à la fin des années 1970, après de brefs séjours en prison pour des délits de droit commun.

Arrêté à Milan et écroué en 1979 en Italie, il est d'abord condamné en mai 1981 à douze ans et dix mois de prison pour "participation à une bande armée" et "recel d'armes". Il s'évade en octobre 1981 de sa prison près de Rome et gagne la France, puis en 1982 le Mexique. 

En 1985, le président François Mitterrand s'engage à ne pas extrader les anciens activistes d'extrême gauche italiens qui ont rompu avec leur passé. Battisti revient en France en 1990 et y entame une carrière d'auteur de romans noirs. Un an plus tard, la justice française rejette une demande italienne d'extradition.

Condamné à perpétuité

En mars 1993, la cour d'assises de Milan condamne Battisti par contumace à la réclusion à perpétuité pour deux homicides (un gardien de prison et un policier, et pour complicité dans deux autres meurtres (un boucher et un bijoutier) remontant aux années 1978 et 1979. L'Italie formule en 2002 une nouvelle demande d'extradition, puis en février 2004, Battisti est arrêté à Paris et remis en liberté sous contrôle judiciaire le mois suivant. Un débat fait alors rage sur la régularité du procès qui a mené à la condamnation à perpétuité de Battisti, défendu en France par plusieurs intellectuels, dont l'écrivaine Fred Vargas ou encore Bernard-Henri Lévy.

Trois mois plus tard, la justice française se déclare favorable à son extradition, ainsi que le président Jacques Chirac, mais Battisti se soustrait à son contrôle judiciaire et file au Brésil. Il affirmera d'ailleurs cinq ans plus tard que des membres des services secrets français l'ont aidé à fuir.

Le Brésil, la clandestinité puis l'aide de Lula, et le retournement Bolsonaro

Après près de trois ans de clandestinité au Brésil, Battisti est arrêté en mars 2007 à Rio de Janeiro, et est emprisonné. La justice italienne demande son extradition, mais le Brésil lui accorde en janvier 2009 l'asile politique, créant un incident diplomatique avec Rome. En novembre 2009, malgré une décision de la Cour suprême autorisant son extradition, Battisti bénéficie d'une décision du président Lula en décembre 2010. Continuant de nier avoir "jamais blessé ou tué un seul être humain", il est libéré en juin 2011. Il est interpellé deux ans plus tard à la frontière bolivienne, accusé de vouloir fuir, puis est placé sous surveillance électronique pendant quatre mois.

Cesare Battisti s'est retrouvé de nouveau dans le viseur de la justice brésilienne après l'élection en octobre 2018 du président d'extrême droite Jair Bolsonaro qui avait promis pendant sa campagne son extradition. Le président élu n'attendait qu'une nouvelle décision de la Cour suprême, qui est intervenue jeudi. "Comptez sur nous!", a lancé vendredi matin sur son compte Twitter Jair Bolsonaro à l'adresse du ministre de l'Intérieur et vice-Premier ministre italien Matteo Salvini, qui réclamait le renvoi du "terroriste rouge".

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