"Cet épisode va laisser des traces" : après la crise des sous-marins, la France peut-elle quitter l'Otan ?

"Cet épisode va laisser des traces" : après la crise des sous-marins, la France peut-elle quitter l'Otan ?

INTERVIEW - Le ministre des Affaires étrangères a indiqué samedi soir que l'affaire des sous-marins et la crise qui en découle entre la France et les États-Unis ferait peser un poids sur l'avenir de l'Otan. Pascal Boniface, directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques, nous éclaire.

La crise diplomatique entre la France et les États-Unis semble de plus en plus vive. Quelques jours après le rappel de l'ambassadeur français à Washington, le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian s'est montré offensif samedi soir, dénonçant un "mensonge", "une duplicité", "une rupture majeure de confiance" et un "mépris" de la part des alliés de la France. En cause, la rupture du contrat de sous-marins à 56 milliards d'euros entre la France et l'Australie, au profit des Américains.

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Le ministre va même plus loin, assurant sur France 2 que "ce qui vient de se passer" pèserait sur la définition du nouveau concept stratégique de l'Otan. Ces menaces sont-elles sérieuses, ou uniquement symboliques ? La France peut-elle aller jusqu'à quitter l'Otan ? Pascal Boniface, directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), répond à LCI.

Comment interpréter les menaces du ministre des Affaires étrangères sur l'avenir de l'Otan ?

Jean-Yves Le Drian sous-entend qu'il faut accélérer l'autonomie stratégique européenne, pour que la France ne soit pas trop lourdement dépendante des États-Unis. Cet épisode des sous-marins prouve que même si Donald Trump n'est plus président, les Américains conservent un comportement unilatéral. Joe Biden est certes plus courtois et poli, et moins brutal et agressif que son prédécesseur, mais il ne tient pas compte des alliances lorsqu'il doit défendre les intérêts commerciaux de son pays. Face à cela, le ministre des Affaires étrangères veut accélérer l'autonomie stratégique de l'Europe.

Quitter l'Otan serait un geste fort, mais je doute qu'Emmanuel Macron aille jusque-là- Pascal Boniface, directeur de l'Iris

Peut-il y parvenir ?

La France va se servir de cet épisode pour montrer aux pays européens que ce n'est pas seulement elle qui a été frappée. En plus de la crise des sous-marins, le retrait des forces américaines de Kaboul (Afghanistan), sans que les Européens soient informés ou consultés, est un signe supplémentaire de la nécessité d'aller vers cette autonomie stratégique. Il s'agit d'ailleurs d'un vœu ancien de la France, mais que les autres pays européens, qui restent attachés au fait d'être défendus par les Américains, ont du mal à prendre en compte. La France va donc devoir accélérer cette prise de conscience, alors que le comportement unilatéral des États-Unis vient diminuer la solidité de l'Alliance atlantique.

Les menaces sur l'Otan, ainsi que le rappel de l'ambassadeur à Washington, sont-elles uniquement symboliques ?

Pour l'instant, ce ne sont en tout cas que des paroles. Il va être intéressant d'observer ce que la France va attendre pour renvoyer son ambassadeur à Washington. Le rappeler est un geste spectaculaire, symbolique, mais si nous nous contentons de le renvoyer d’ici à quelques semaines, sans geste concret des Américains, nous perdrons encore un peu plus en crédibilité. L'enjeu pour la France est de savoir ce qu'elle peut obtenir des États-Unis avant de retrouver un cours normal des relations. Mais cet épisode va laisser des traces dans la perception de l'Otan.

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Jusqu'à envisager une sortie ?

Il faut distinguer deux points :  quitter l'Alliance atlantique ou sortir des organes militaires intégrés. Même quand De Gaulle avait rompu avec l'organisation en 1966, la France était restée dans l'Otan et avait quitté les organes militaires intégrés. Cela serait un geste significatif et très fort, mais je doute qu'Emmanuel Macron aille jusque-là. Le président de la République veut préserver une relation avec les États-Unis, mais aussi avec les autres pays européens également membres de l'Otan.

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