512 homicides depuis janvier : comment Chicago est redevenue malgré elle la "ville du crime"

512 homicides depuis janvier : comment Chicago est redevenue malgré elle la "ville du crime"
International

DECRYPTAGE – D'après un décompte arrêté mardi au petit matin, il y a eu 512 homicides depuis janvier à Chicago. La métropole de l'Illinois, qui souffre de la guerre des gangs, renoue ainsi avec sa réputation violente.

Chicago serait-elle à nouveau la "ville du crime" ? D’après le décompte des autorités, le cap symbolique des 500 homicides a été franchi ce week-end. Le bilan de l’année dernière (481 morts) est déjà dépassé, laissant présager un triste record à la fin de l’année. Du jamais vu depuis 20 ans.

Pour y voir plus clair, le Chicago Tribune a mis en ligne une infographie répertoriant les dizaines de meurtres commis aux quatre coins de la ville depuis janvier. Bilan : une concentration dans le sud et l’est, où se situent les quartiers défavorisés. C’est là où plus de 80% des violences se déroulent, entre les membres des gangs qui entretiennent le trafic de drogue. Selon les statistiques de la police, le profil des victimes est souvent le même : masculin, noir, âgé de 17 à 23 ans. 

Nouvelle guerre des gangs

Un constat guère étonnant pour Denis Lacorne, directeur de recherche à Sciences Po. En 1992, ce spécialiste de l’histoire des Etats-Unis s’était rendu à East Palo Alto, une ville à l'époque meurtrie avec 20 meurtres par an pour 20.000 habitants.  "Il y avait une dizaine de gangs actifs ! Afro-américains, latinos… Tous se partageaient le marché de la drogue, se souvient-il pour LCI. Et comme les ventes d’armes étaient libres, les affrontements n’en étaient que plus violents." 

La même année, Chicago connait son record d’homicides : 943. Près de 25 ans plus tard, la ville sombre donc à nouveau à cause d’une nouvelle guerre des gangs. "Il y a des pics de violences, comme on peut le constater en ce moment à Marseille, estime Denis Lacorne. Ils s’autodétruisent."

"Chiraq"

Une situation que le réalisateur Spike Lee a résumé en un jeux de mots : "Chiraq", contraction de "Chicago" et "Iraq" (pour "Irak" en anglais). Une blague de mauvais goût pour la police de la ville. Interrogé mardi à l’issue du week-end sanglant, son chef Eddie Johnson a réfuté les critiques : "Ce n'est pas un problème de police, c'est un problème de société. Dans les quartiers pauvres, les gens sont sans espoir (…) et sont prêts à prendre un fusil pour tenter de faire quelque chose." 

Même constat pour le chercheur de Sciences Po : "La pauvreté, la ségrégation urbaine, les quartiers défavorisés ou le taux de chômage affolants pour la jeunesse aboutissent à cette situation où, pour certains, la meilleure solution pour "réussir" très vite devient la création d’un gang."

VIDEO. Ci-dessous : les ventes d'armes se sont envolées en juin dernier, après la tuerie d'Orlando qui a fait 49 morts.

En vidéo

États Unis : après la tuerie d'Orlando, les ventes d'armes augmentent

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter

Alertes

Recevez les alertes infos pour les sujets qui vous intéressent