Chili, Equateur, Panama... Pourquoi plusieurs pays d'Amérique latine sont confrontés à d'importantes manifestations

Un manifestant à Santiago au Chili, le 31 octobre.
International

SOCIAL - Des mouvements de contestation se sont multipliés ces dernières semaines en Amérique latine. Avec, dans chaque pays, de fortes disparités.

Des origines différentes mais une colère identique : plusieurs pays d'Amérique latine ont été le théâtre ces dernières semaines d'une importante contestation populaire. Du Chili à l'Equateur en passant par le Panama, pourquoi des milliers de personnes battent-elles le pavé ? Explications.

Au Chili, un conflit social

Au Chili, le détonateur de la crise il y a deux semaines a été une hausse du prix du ticket de métro. Une mesure en apparence anodine, mais qui s'inscrit dans un contexte particulier : celui d'un gouvernement libéral, mis en place par le président Sebastian Pinera, lequel souhaite appliquer coûte que coûte son programme libéral. Un programme difficile à faire accepter aux Chiliens, dont le président a été élu certes confortablement (54%), mais avec un taux très élevé d'abstention (40%).

Pour calmer les esprits, le pouvoir a pris cette semaine un virage social  : augmentation du salaire minimum et des retraites de base, gel des tarifs de l'électricité et des péages, diminution du traitement des parlementaires… Mais aucune de ces mesures ne semble en mesure de faire cesser la contestation. Une majorité de Chiliens réclame de profondes réformes du modèle socio-économique ultra-libéral hérité de la période de la dictature d'Augusto Pinochet (1973-1990) et peu remis en cause depuis le retour de la démocratie. Le bilan humain, lui, est lourd : au moins 18 morts depuis le 18 octobre.

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Au Panama, un conflit politique

Dans ce petit pays coincé entre le Costa Rica et la Colombie, tout est parti d'un projet de réforme constitutionnelle, adopté lundi par le Parlement. A l'origine, cette réforme faisait l'objet d'un large consensus entre forces politiques et visait à renforcer les institutions et à lutter contre la corruption. 

Mais les députés ont lourdement amendé le texte original, ajoutant notamment un article empêchant une future légalisation du mariage homosexuel, actuellement non reconnu au Panama, et accordant des pouvoirs beaucoup plus larges au Parlement. Ces amendements ont déclenché la colère de nombreuses organisations sociales, ainsi que du mouvement LGBT et de nombreux étudiants, qui s'opposent depuis plusieurs jours aux forces de l'ordre.

En Bolivie, une crise politique

Evo Morales, le premier chef de l'Etat indigène et de gauche du pays, a été réélu le 20 octobre. Et ce avec plus de 10 points d'avance sur le candidat libéral Carlos Mesa, lui permettant de s'imposer au premier tour lors d'un scrutin controversé qui a suscité des doutes de la communauté internationale. Problème : l'opposition, qui dénonce "une fraude électorale", réclame une annulation de l'élection. Pour faire pression sur le pouvoir, elle a décrété une grève générale débutée cette semaine et qui paralyse au moins deux villes, Potosi et Santa Cruz, capitale économique et bastion de l'opposition.  

En face, le président Morales a exhorté ses troupes à se mobiliser : mineurs, ouvriers et paysans, organisés en de puissants syndicats acquis à sa cause, déferlent depuis lundi sur La Paz, où ils s'invectivent régulièrement avec des opposants. Plus de 40 blessés ont été recensés, dont cinq par balles, à Santa Cruz (est), capitale économique du pays, La Paz et Cochabamba (centre).

En Equateur, une crise économique

Début octobre, des manifestations marquées par de durs affrontements ont fait, en douze jours, huit morts et 1.340 blessés en Equateur. A l'origine de cette flambée de violence : le doublement du prix des carburants, en raison de la suppression soudaine des subventions de l'Etat. Ces dernières s'inscrivaient dans une série de réformes économiques négociées par le président équatorien Lenin Moreno avec le Fonds monétaire international (FMI) en échange d'un prêt de 4,2 milliards de dollars.

Manifestations, blocages de routes, écoles fermées, transports publics quasi inexistants… Les manifestations ont été d'une telle ampleur que le pays a été à l'arrêt pendant près de deux semaines. Le calme est revenu après la conclusion d'un accord entre le mouvement indigène, fer de lance de la contestation, et le président Moreno, qui a accepté de retirer le décret qui supprimait les subventions des carburants.

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