Naissance des premiers bébés "génétiquement modifiés" : le chercheur suspend ses travaux

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SCIENCES - Un scientifique chinois a affirmé lundi 26 novembre avoir fait naître les premiers bébés génétiquement modifiés. Problème : cette découverte n'a pas encore été vérifiée de façon indépendante. La Chine a décidé d'ouvrir une enquête. Devant les critiques qu'il a suscité, le chercheur a annoncé qu'il suspendait ses travaux.

"Dangereux", "irresponsable"… Les critiques étaient trop vives. He Jiankui, le chercheur qui a annoncé en début de semaine avoir fait naître les premiers bébés génétiquement modifiés au monde, a annoncé qu'il allait faire une pause dans ses travaux.


Ce mercredi, He Jiankui a réitéré dans un amphithéâtre bondé de Hong Kong ses  allégations, se disant "fier" d'avoir permis la naissance de jumelles dont  l'ADN a été modifié pour les rendre résistantes au virus du sida dont est  infecté leur père. Mais cette première présentation publique détaillée de ses travaux, qui  n'ont toujours pas été vérifiés de façon indépendante, s'est attirée de vives  critiques d'experts dénonçant, sur le plan éthique, un "cafouillage".


La Chine avait ordonné mardi l'ouverture d'une enquête pour vérifier ses dires. "Nous avons demandé aux autorités sanitaires de la province du Guangdong d'ouvrir immédiatement une enquête minutieuse afin d'établir les faits", a réagi lundi soir la Commission nationale de la santé, disant "attacher une grande importance" à l'affaire.


Le chercheur, qui a été formé à Stanford aux Etats-Unis et dirige un laboratoire spécialisé dans le génome à Shenzhen, a affirmé que les bébés, surnommés "Lulu" et "Nana", sont nés il y a deux semaines. Et ce, après une fécondation in vitro, à partir d'un embryon modifié avant d'être implanté dans l'utérus de la mère. Leur ADN aurait été modifié pour les rendre résistantes au virus du sida. Il y précise que le père est séropositif. Pour mener à bien son expérience, He Jiankui explique dans sa vidéo avoir employé la technique Crispr-Cas9. Surnommée la technique des "ciseaux génétiques", elle permet d'enlever et de remplacer des parties indésirables du génome, comme on corrige une faute de frappe sur un ordinateur. "Juste après avoir injecté le sperme du mari dans l'ovule, un embryologiste a également injecté une protéine Crispr-Cas9 chargée de modifier un gène afin de protéger les petites filles d'une future infection par le VIH", explique He Jiankui.

"Une pratique scientifique très problématique"

Si elle est largement relayée dans les médias, cette première médicale est pour l'heure seulement auto-proclamée. En effet, elle n'a pas encore été vérifiée de façon indépendante, les résultats de l'équipe chinoise n'ayant pas fait l'objet d'une publication dans une revue scientifique. "Annoncer ces résultats par une vidéo sur YouTube est une pratique scientifique très problématique", a ainsi déploré Nicholas Evans, professeur assistant de philosophie à l'université du Massachusetts Lowell, aux Etats-Unis, qui travaille notamment sur les questions bioéthiques. Avant d'ajouter : "Cela écarte les processus de contrôle sur lesquels reposent de nombreuses avancées scientifiques, telles que l'évaluation par les pairs".


Que l'expérience soit avérée ou non, elle suscite de "graves préoccupations éthiques", souligne aussi Dr Sarah Chan, de l'université d'Edimbourg, citée par le Science Media Centre. "Faire de telles affirmations, de façon à, semble-t-il, délibérément chercher à provoquer un maximum de controverses (...) est irresponsable", fustige-t-elle. 


He Jiankui a précisé mercredi  que l'Université de sciences et technologie du Sud de Shenzhen, à laquelle il  est rattaché, n'était "pas au courant de l'étude". L'établissement avait auparavant pris ses distances avec son chercheur, en  affirmant qu'il était depuis février en congé sans solde. Les organisateurs du  sommet ont également dit ignorer les travaux de M. He.

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