Chrétiens d'Irak persécutés : "L'Etat islamique peut exécuter ses menaces"

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IRAK – Depuis que les jihadistes de l'Etat islamique ont pris le contrôle de Mossoul, la deuxième plus grande ville irakienne, les chrétiens ont fui en masse. Un ultimatum leur a donné quelques heures pour se convertir à l'islam ou s'exiler, faute de quoi ils seraient exécutés. Karim Pakzad, chercheur à l'Institut de recherches internationales et stratégiques (Iris), décrypte pour metronews ces persécutions dont ils sont victimes.

Elus, religieux et croyants ont manifesté dimanche 27 juillet sur le parvis de la cathédrale Notre-Dame de Paris en soutien aux chrétiens d'Orient. Nombre d'entre eux affichaient le "n" arabe . Depuis que l'Etat islamique (EI) a pris le contrôle de Mossoul en juin dernier, cette lettre est peinte sur les maisons où vivent les chrétiens. "N" comme "nazaréen", signifiant que leur bien est confisqué. Car depuis l'offensive de ces jihadistes dont l'objectif est de créer un Etat islamique dans la zone frontalière entre la Syrie et l’Irak, les chrétiens sont persécutés. Karim Pakzad, chercheur à l'Institut de recherches internationales et stratégiques, décrypte pour metronews ce phénomène inquiétant.

Les chrétiens ont d'abord été dépossédés de leurs biens. "Leurs maisons deviennent la propriété de l'EI, ils sont chassés de chez eux par ces terroristes bien plus radicaux qu'Al-Qaïda", explique le spécialiste de l'Irak. Mais ces jihadistes ne se sont pas contentés de les déposséder. L'EI est allé plus loin. Mi-juillet, un ultimatum leur a donné quelques heures pour quitter la deuxième ville d'Irak. Ils n'avaient d'autre choix que de se convertir à l'islam, payer une taxe spéciale ou s'exiler, faute de quoi ils prenaient le risque d'être exécutés. "L'EI est tout à fait capable de mettre en pratique ses menaces. C'est une grande organisation militaire, avec un armement sophistiqué, qui a adopté la stratégie de la peur", analyse Karim Pakzad.

Une présence deux fois millénaire

La grande majorité des chrétiens d'Irak sont chaldéens, communauté catholique de rite oriental, considérée comme l'une des plus anciennes. La liturgie se fait dans une langue dérivée de l'araméen, qui était parlée par Jésus lui-même. Selon Karim Pakzad, les chrétiens ont toujours vécu en harmonie avec la population irakienne, majoritairement chiite. "Ils font partie de la culture et de l'histoire du pays. Les premières églises ont été construites il y a deux mille ans."

Dans tout le pays, le nombre de chrétiens serait passé de plus d'un million avant la première guerre du Golfe à seulement 400.000 aujourd'hui. Avant l'arrivée de l'EI, il y avait 60.000 chrétiens à Mossoul. "Une partie d'entre eux a fui dès leur arrivée, qui a créé un mouvement de panique parmi la population. Sur les 25.000 restants, l'ultimatum a provoqué l'exil d'une bonne partie d'entre eux", remarque le spécialiste. Aujourd'hui, seules quelques familles seraient encore à Mossoul.

Plus de 30 églises détruites

Mais ces persécutions ne sont pas récentes. "Les jihadistes de l'EI menacent les chrétiens depuis la création du groupe, avant même qu'ils ne prennent le pouvoir sur Mossoul. Depuis huit ans, cette minorité est harcelée, plus de 30 églises ont été détruites."

La communauté internationale commence à réagir. "Nos frères sont persécutés, chassés, ils sont forcés d'abandonner leurs foyers sans pouvoir emporter quoi que ce soit avec eux", s'alarme le pape François. Laurent Fabius et Bernard Cazeneuve, respectivement ministre des Affaires étrangères et de l'Intérieur, ont exprimé ce lundi leur vive inquiétude. "La France est révoltée par ces exactions qu'elle condamne avec la plus grande fermeté", déclarent-ils, se disant prêts à leur donner asile. Mais pour Karim Pakzad, la solution passera avant tout par un soutien au gouvernement irakien , dont la légitimité reste contestée , et qui n'a encore pas de véritable armée. Car le péril pourrait bien franchir les frontières. "L'EI n'a pas pour l'instant le moyen d'étendre son influence à d'autres régions. Mais si l'on ne fait rien pour limiter l'extension de sa puissance, le même genre de scénario pourrait se produire ailleurs, comme en Syrie."

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