Chute d'Alep : "Dès qu'ils essaient de partir, des civils sont tués au hasard"

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TÉMOIGNAGE - Alors que l’ONU s’alarme de l’exécution présumée de nombreux civils à Alep par des supplétifs du régime Syrien, LCI a joint un journaliste freelance basé à l’est de la ville dans le quartier de Mashhad, encore aux mains des rebelles. Il nous raconte le chaos qui l’entoure.

Son quartier est l’un des rares encore aux mains des rebelles. Zouhir Alshimale se trouve en ce moment dans le secteur de Mashhad, dans l’est d’Alep, en proie à de violents bombardements. Et alors que le régime syrien est sur le point de conquérir la ville dans son ensemble, il raconte à LCI ce qu’il a pu constater sur place.


"La situation est toujours catastrophique" nous confirme ce journaliste indépendant, joint par Skype ce mardi 13 décembre. "Beaucoup de civils tentent de quitter l’est de la ville, où se trouvent les quartiers rebelles, pour rejoindre les zones reprises par le régime. Des gens partent en laissant leurs proches sous les ruines des immeubles. Ils ne peuvent pas les secourir. Ce sont des scènes horribles pour eux, ils sont en état de choc. Ils laissent leur vie derrière sans pouvoir sauver les autres. Ici, il n’y a pas d’ambulances, pas de secours pour venir en aide à ceux qui sont coincés sous les décombres ou simplement laissés dans les rues."

Des enfants et des femmes parmi les victimes"Zouhir Alshimale

De leur côté, les Nations Unies soupçonnent fortement des exécutions de civils par les forces pro-Assad, à mesure qu’elles progressent dans les quartiers jusqu’alors détenus par les rebelles. Zouhir Alshimale a-t-il assisté à ces scènes ? Pas de visu, nous raconte-t-il. "Le régime contrôle cette zone, et si je pouvais voir ces exécutions de mes yeux, alors je serais tué moi aussi. Mais les gens avec qui je suis en ce moment ont vu beaucoup de femmes et d’enfants en train de hurler sous les ruines des immeubles. Dès qu’ils essaient de partir, certains sont tués, victime d'attaques au hasard, non ciblées. Les civils sont piégés parce qu’il n’y a pas d’issue de sortie sécurisée pour eux. Des enfants et des femmes figurent parmi les victimes. Mais soyons clair, nous n’avons eu aucune confirmation du nombre de familles qui ont été tuées. On ne sait pas combien il en reste à présent, mais des gens continuent de fuir vers l’ouest malgré le danger d’être tué ou arrêté à chaque instant."


Présent au cœur des zones disputées par les forces du régime et les rebelles, Zouhir ne se dit pas terrorisé pour autant. "Je suis effrayé bien sûr. Mais ma principale inquiétude va pour les enfants et les femmes qui sont ici avec moi. Est-ce que les femmes vont être violées, les enfants tués ? C'est une éventualité et je ne veux pas le voir." Il se sent bien impuissant face aux dernières heures d’une bataille qui, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), a déjà fait 312.000 morts depuis le début du conflit. "Si quelqu’un dans le monde nous entend, faites en sorte d’arrêter les attaques. Si cela continue, on va rester ici et on va voir les gens mourir devant nos yeux, et on ne pourra pas les secourir. Et le journaliste d’ajouter : "Ni les enterrer". 

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