Colis piégés aux Etats-Unis : "Il y aura forcément un impact sur les Midterms"

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INTERVIEW - Entre lundi et jeudi, des bombes artisanales ont été adressées à Barack Obama, Hillary Clinton, CNN et d'autres détracteurs de Donald Trump. Cette affaire, qui intervient en pleine campagne pour les législatives, pourrait peser sur le vote des électeurs, estime auprès de LCI Corentin Sellin, professeur agrégé d'histoire et spécialiste des États-Unis.

Un climat de psychose. En quelques jours, entre lundi 22 et jeudi 25 octobre, plusieurs alertes au colis suspect se sont succédé de New York à la Floride en passant par Washington, sans compter une fausse alerte en Californie. Le point commun à ces bombes artisanales ? Elles étaient adressées à Barack Obama, Hillary Clinton, CNN et d'autres détracteurs de Donald Trump, à l'instar de l'acteur Robert de Niro. Difficile de ne pas y voir un lien avec le calendrier électoral, puisque les élections législatives se déroulent le 6 novembre prochain, comme nous l'explique Corentin Sellin, professeur agrégé d'histoire et spécialiste des États-Unis.

On a logiquement franchi une nouvelle étapeCorentin Sellin

LCI : Faut-il voir un lien entre l’envoi de ces colis piégés et les élections de mi-mandat ? Ou s’agit-il plutôt d’un reflet du climat qui règne aux Etats-Unis depuis l’élection de Donald Trump ?

Corentin Sellin : Il est toujours difficile de se prononcer quand l’enquête n’en est qu’à son début, et que nous ne connaissons rien des intentions de l’auteur de ces envois. Mais il parait compliqué de ne pas les relier au calendrier électoral. L’auteur sait très bien que dans deux semaines il y a des élections. Puis il cible des personnes qui ont été très en vue : Barack Obama a fait campagne, ce qui n’est pas traditionnel pour un ancien président. Hillary Clinton également, peut-être même au désespoir de certains démocrates… Il y a probablement un lien avec le calendrier. Mais effectivement, cela n’est qu’un aboutissement assez logique de cette "montée dans les tours" à laquelle on assiste dans le débat publique américain. On a commencé par la violence verbale et le clivage absolu sur lequel repose la politique de Donald Trump : "Je trace une ligne ; qui n’est pas avec moi est contre moi". Voire même une exclusion du corps national des éléments considérés comme hostile : les démocrates sont "proches" de l’étranger, la presse "l’ennemi du peuple"… Cette rhétorique identitaire du "nous contre eux" fait que, côté démocrate, il y a une tentation de stigmatiser Donald Trump et d’être violent à son tour avec les mots. On a logiquement franchi une nouvelle étape.

LCI : En réagissant à l’affaire des colis piégés, Donald Trump a appelé les médias à "cesser les hostilités". Mais il a aussi, chose plus rare, lancé un appel au rassemblement. Lequel de ces deux Trump vous semble le plus crédible ?

Corentin Sellin : Les deux à vrai dire. Dans un premier temps, il a été semblé surpris, appelant à l'unité. Une sorte de grand écart par rapport à ses discours de ces derniers jours. Mais ce qui montre à quel point il est fort sur l'exploitation tactique d'événements inattendus c'est que le soir même, durant un meeting dans le Wisconsin, il parvient à trouver une formule de synthèse. Certes il semble plus posé, mais il dit : "Il y a de la haine contre moi." Il parvient à trouver un récit alternatif. Il prône l'unité, mais à condition de s'unir derrière lui. C'est plutôt malin de sa part.

Il y a toujours un événement qui vient perturber le scrutinCorentin Sellin

LCI : Dans une campagne des mid terms portée par les questions migratoires, en particulier avec la "caravane" des migrants honduriens, cette affaire de colis piégés est-elle de nature à infléchir le vote des électeurs ?

Corentin Sellin : Elle aura forcément un impact. Ne serait-ce que par la couverture médiatique exceptionnelle de ces dernières heures. On constate d'ailleurs que cela s'inscrit dans la tradition des "surprises d'octobre" : il y a toujours un événement qui vient perturber le scrutin. En 2004 la vidéo de Ben Laden, en 2012, l'ouragan Sandy, il y a deux ans c'était la bande audio de Donald Trump concernant les femmes… Reste à savoir dans quel sens cela va jouer. Ou plutôt : quel récit va l'emporter. Celui des démocrates consistant à dire que Donald Trump est méchant, en disant : "Regardez où mène sa présidence, avec de la violence..." ? Ou alors le récit républicain selon lequel la "situation est pourrie car les démocrates n'ont jamais accepté la victoire de Trump et qu'il est temps de s'unir derrière le président" ? Il y a deux récits. Il y aura forcément l'un des deux qui va l'emporter.

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