Colombie : des manifestants défient le président Duque malgré le couvre-feu

Colombie : des manifestants défient le président Duque malgré le couvre-feu
International

CHAOS - Des manifestants ont défié vendredi le couvre-feu imposé à Bogota, protestant à coups de casseroles devant le domicile du président colombien Ivan Duque, cible la veille d'une mobilisation massive suivie de violences.

Ce vendredi 22 novembre à Bogota, des manifestants ont protesté à coups de casseroles devant le domicile du président colombien Ivan Duque, cible la veille d’une mobilisation massive suivie de violences. Une cinquantaine de personnes chantaient l’hymne national devant la résidence du chef de l’Etat dans le nord de la capitale. Des manifestants qui se sont dispersés dans le calme une heure après le début du couvre-feu à 21 heures locales (soit 3 heures du matin à Paris ce samedi) tandis qu'au même moment, ailleurs dans la ville, des habitants faisaient aussi depuis chez eux résonner casseroles et marmites. Environ 300 personnes ont aussi protesté sur la principale autoroute traversant Bogota. 

3 morts depuis le début des manifestations

Ces manifestations font suite au couvre-feu décrété dans la capitale par les autorités après de nouvelles violences, au lendemain de manifestations massives contre le président, dénonçant des mesures économiques, sociales et sécuritaires du gouvernement. Jusqu'ici, des centaines de milliers de personnes avaient protesté dans tout le pays au cours de marches majoritairement pacifiques. Mais lors de violences survenues ensuite, trois civils sont morts, et 122 autres ont été blessés, ainsi que 151 membres des forces de l’ordre, tandis que 98 personnes ont été arrêtées, cela dans diverses villes du pays, selon un bilan officiel. 

Ainsi, ce couvre-feu, d’abord décrété dans trois quartiers populaires du sud de Bogota, a été étendu à toute la capitale de sept millions d’habitants. Pour décrire le degré de chaos actuel, Bogota n'avait pas connu de couvre-feu total depuis des manifestations en 1977. Et force est de constater que cette tentative de museler les Colombiens n'a guère freiné les manifestants qui ont défié l'autorité du président en place. 

Duque obligé de réagir

Plus tôt dans la soirée, le président de droite Ivan Duque a pourtant tenté d'apaiser les tensions en appelant à un dialogue national, "dans les régions avec tous les secteurs" : "A partir de la semaine prochaine, je lancerai une conversation nationale, qui renforcera l’actuel agenda de politique sociale, en travaillant ainsi de manière unie avec une vision à moyen et long terme, qui nous permettra de combler les écarts sociaux."

Très impopulaire après à peine plus de quinze mois au pouvoir, Ivan Duque a ainsi fait un premier pas envers les organisations ayant appelé à la plus grande mobilisation sociale de ces dernières années contre le gouvernement. Il a ajouté avoir "décidé de renforcer la présence de la force publique" et ordonné "le déploiement de patrouilles mixtes de la police et de l’armée de terre dans les lieux les plus critiques". Mais cela n'a pas suffi à empêcher l'embrasement qui a duré tard dans la soirée.

Crainte du vandalisme

Les autorités avaient d’abord fait état vendredi d’un retour à la tranquillité sur l’ensemble du territoire. Mais peu après, de nouveaux incidents opposaient des habitants du sud de la capitale aux forces de l’ordre, près de stations de transport urbain, fermées en raison des dégâts la veille. Des supermarchés ont été pillés et des autobus attaqués.

En réaction, le maire Enrique Peñalosa a instauré la "loi sèche", interdiction de vente d’alcool, jusqu’à samedi à la mi-journée, invoquant la crainte de "vandales". Il a ajouté que "près de 20 000" policiers et militaires étaient déployés dans la capitale, et avaient procédé à environ 230 arrestations. Des entreprises, commerces, établissements scolaires et universitaires avaient fermé tôt, certains protégeant vitrines et façades avec des plaques de bois, voire de métal. Certains habitants s’étaient armés de gourdins et de couteaux de peur de vols, alors que la capitale était désertée.

Cette recrudescence de violences a également explosé ce vendredi soir lors d'un attentat avec des bonbonnes de gaz contre un commissariat à Santander de Quilichao, dans le département agité du Cauca dans le sud-ouest du pays, a-t-on appris auprès de la municipalité. Trois policiers ont été tués et sept autres blessés. Le fonctionnaire municipal a toutefois écarté que l'hypothèse que cette attaque ait un lien avec l'actuel mouvement de protestation contre le président Ivan Duque. Il l'a d'ailleurs attribuée aux groupes armés qui opèrent dans le Cauca, région stratégique du trafic de marijuana ainsi que de cocaïne, dont la Colombie est le premier producteur mondial.

Cette mobilisation d'une ampleur considérable en Colombie, pays aux inégalités criantes, intervient dans un climat agité en Amérique latine avec des crises, sans dénominateur commun, en Equateur, puis au Chili et en Bolivie.

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