Manifestations, répression sanglante, appel au calme... Que se passe-t-il en Colombie ?

Manifestations, répression sanglante, appel au calme... Que se passe-t-il en Colombie ?

CRISE - Une mobilisation, démarrée le 28 avril contre un projet de réforme fiscale, s'est transformée en protestation générale contre le gouvernement de droite. Ce dernier joue la carte de la répression, avec pour conséquence la mort de plusieurs manifestants ces derniers jours.

La Colombie s'enfonce dans la crise. Depuis une semaine, ce pays peu habitué à la protestation sociale - et traumatisé par des décennies de guerre interne - est secoué par une vague de manifestations, violemment réprimées. En cause : une réforme fiscale élaborée par le président de droite Ivan Duque, désormais accusé de s'en prendre aux classes moyennes. Explications.

Une réforme fiscale, goutte d'eau pour une frange de la population

Durant plusieurs semaines, le gouvernement a élaboré un projet de réforme fiscale, espérant ainsi relancer la 4e économie d'Amérique du Sud. Comment ? Notamment en élargissant la TVA à de nouveaux produits, mais aussi en imposant les personnes gagnant l'équivalent de plus de 656 dollars par mois. Une pilule difficile à avaler, dans un pays où le salaire minimum n'est que de 248 dollars et dont le PIB a chuté de 6,8% en 2020, avec un chômage à 18,1% en février. Sans surprise, le texte a été rejeté par l'opposition, les syndicats, les universitaires et d'autres secteurs qui le jugent inopportun et défavorable à la classe moyenne. Même le parti au pouvoir et ses alliés ont émis des critiques.

Plus largement, le pays est à bout de souffle : il traverse une troisième vague de contaminations avec plus de 2,9 millions de cas dont plus de 75.000 décès. Côté économie, le taux de pauvreté grimpe à 42,5%.

Des manifestations pour s'opposer au texte

Les premières manifestations ont rassemblé le 28 avril des dizaines de milliers de personnes dans plusieurs villes du pays. D'autres protestations, moins fournies, ont eu lieu les jours suivants. La répression s'est intensifiée au cours du week-end dernier : au moins 17 personnes sont mortes et plus de 800 autres ont été blessées. En outre, 431 personnes ont été interpellées au cours des troubles qui ont émaillé certaines des manifestations, pour la plupart pacifiques.

Un bras de fer entre le pouvoir et la rue

Sous la pression des manifestations, Ivan Duque a annoncé dimanche soir le retrait de la réforme fiscale, en cours d'examen au parlement. Las, cette séquence a ouvert la boite de Pandore : en dépit du retrait annoncé, des manifestants sont à nouveau descendus dans les rues de Bogota, lundi 3 mai au matin, bloquant la circulation sur certaines avenues. Le Comité national de grève, à l'origine de la mobilisation initiale, a appelé à manifester à nouveau ce mercredi, bien que la plupart des grandes villes soient sous le coup de restrictions de déplacement à cause de la crise sanitaire.

Et maintenant ?

Malgré le retrait du texte, le torchon brûle entre le pouvoir et une partie de la population. Le ministre des Finances a démissionné ce lundi face à une mobilisation qui ne semble pas faiblir. Dans la rue, c'est l'arrivée des militaires au cours du week-end qui fait craindre le pire. Selon le président Duque, les soldats sont là pour combattre "ceux qui par la voie de la violence, le vandalisme et le terrorisme prétendent effrayer la société". Ce déploiement est aussi une tentative de reprendre la main sur l'opinion publique, échaudé par l'attitude de la police. 

Plusieurs ONG, des organisations internationales et l'opposition ont en effet dénoncé une répression disproportionnée. Une répression qui risque de se poursuivre ces prochaines heures : dans la capitale, 16 postes de police ont été attaqués mardi soir par des dizaines de personnes, selon les autorités. "L'escalade de la violence cette nuit est brutale", a tweeté la maire de Bogota, l'écologiste Claudia Lopez, après avoir demandé l'aide du ministère de la Défense pour sécuriser des centres de détention temporaires. Elle a évoqué des "policiers atteints par balles, blessés à l'arme blanche" ou manquant d'être brûlés vifs.

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