Comment le tigre sauvage, menacé d'extinction, reprend peu à peu du poil de la bête

International

MOBILISATION - La population de tigres sauvages en Inde a augmenté de 30% en quatre ans. Depuis une décennie, la communauté internationale et les ONG multiplient les efforts pour éviter l'extinction du félin.

Narendra Modi, le Premier ministre indien en personne, s'est félicité d'une "réalisation historique". Alors que le tigre sauvage était menacé d'extinction il y a moins d'une décennie, sa population dans le pays a augmenté de 30% en 4 ans - de 2.226 en 2014 à 2.967 en 2018 -, selon le "All India Tiger Estimation Report 2018". Si le nombre de félins reste faible par rapport aux effectifs d'il y a un siècle, la disparition de l'espèce semble en passe d'être évitée grâce à la collaboration des 13 pays dans lesquels elle est implantée, ainsi qu'au travail de plusieurs ONG.

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Objectif : doubler la population d'ici 2022

Alors que l'Inde compte désormais plus de 70% des tigres mondiaux sur son territoire, les 30% restants sont partagés entre 12 pays - le Népal, le Bhoutan, le Bangladesh, la Birmanie, le Laos, la Thaïlande, le Cambodge, la Malaisie, l'Indonésie (île de Sumatra), la Chine, la Russie, le Vietnam - et peut-être la Corée du Nord.

Ce sont ces pays qui se sont accordés en 2010 pour endiguer l'extinction du tigre. Cette année-là, la population mondiale de l'animal avait atteint son niveau le plus bas, avec 3.200 spécimens au niveau mondial, contre plus de 100.000 en 1900. Lors du Sommet international du tigre de Saint-Pétersbourg, les 13 nations comptant encore des espèces de tigres se sont engagées dans un programme destiné à doubler leur nombre d'ici 2022 - la prochaine année du Tigre de l'horoscope chinois - pour atteindre 6.000 animaux.

Ouvrir des réserves, combattre le braconnage, sensibiliser la population

Plusieurs mesures de protection, destinées à mettre un terme au braconnage et au trafic illégal,  ont alors été mises en place  : surveillance des marchés, création de réserves naturelles, contrôle des frontières, sensibilisation de la population. Par exemple, sous l'impulsion du ministère indien de l'Environnement, les autorités locales ont déplacé certains villages situés dans des réserves et ont transféré des félins.

"En plus du braconnage, le tigre en Inde doit faire face à de nouvelles menaces, la destruction de son habitat naturel suite au développement industriel, les projets miniers et la construction de barrages près des réserves protégées", avait souligné dès 2010 le ministre de l'Environnement indien Jairam Ramesh, peu avant l'ouverture du Sommet international du tigre.

En 2015, le nombre de réserves naturelles dans le pays a été porté à 50. "Il a été prouvé que les réserves ont joué un rôle important dans la préservation des tigres", avait alors déclaré H.S Negi, inspecteur général de l'organisme gouvernemental chargé de la protection des tigres.

Des "pièges photographiques" pour recenser les félins

Plusieurs ONG ont été associées au programme international visant à doubler la population du félin d'ici à 2022. Les pays travaillent notamment avec le Fonds mondial pour la nature (WWF) et l'organisation Traffic, qui a pour but de surveiller le commerce de faune et de flore sauvages. Les deux ONG ont ainsi lancé en 2014 la "Wildlife crime initiative" (WCI), afin de "stopper le braconnage en concentrant les actions et efforts au niveau des sites pour sauvegarder les populations animales sur le terrain" et en "stopp[ant] les trafics par la détection, l’interception et la saisie des produits illégaux tout au long de la chaîne commerciale".

Les organisations ont également pour ambition de "stopper l’achat [de ces produits illégaux] en influençant les comportements des consommateurs, en particulier en Asie (Chine, Vietnam, Thaïlande…), en délivrant des messages adaptés et en réduisant le nombre de produits disponibles". Enfin, leurs actions visent à "mobiliser la communauté internationale et influencer les processus politiques régionaux et internationaux".

Le WWF procède aussi au travail de recensement des tigres sauvages, notamment à l'aide de "pièges photographiques", des appareils photos placés dans l'habitat naturel des animaux et équipés d'un capteur de mouvement.  Ce dispositif est présent dans 9 pays : Bhoutan, Cambodge, Chine, Inde, Indonésie, Malaisie, Népal, Russie, Thaïlande. 

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L'ONG Planète Tigre travaille pour sa part sur la sensibilisation des populations locales, en mettant en place un programme éducatif destiné aux enfants des communautés vivant en présence des tigres. L'idée est simple : sensibiliser une grande partie des enfants vivant à l'intérieur des réserves ou à proximité, en leur expliquant qu'il est indispensable de protéger et de sauvegarder les tigres dans leur milieu naturel. Ce programme permet également de collecter des informations sur les comportements ou agissements de certains villageois, parfois enclins au braconnage ou à l'emprisonnement des félins.

"Nous devons lutter contre le braconnage et les activités illégales, disposer de gardes formés et bien équipés, maintenir une population de proies dynamique et engager les communautés locales", résumait Ekaterina Vorobyeva, directrice du programme de WWF Russie en Asie centrale, en septembre 2017, à l'annonce d'un projet de réintroduction du tigre dans son habitat historique au Kazakhstan.

Si la population de tigres sauvages augmente à nouveau, rien n'est gagné. Ce mardi, au lendemain de l'annonce optimiste de l'Inde, le Bangladesh s'est dit "extrêmement inquiet" du faible ratio de mâles présents sur ses terres - 114 animaux selon le dernier recensement publié en mai contre 106 quatre ans auparavant.

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