Comment se passe le déconfinement en Italie, une semaine avant la France ?

Comment se passe le déconfinement en Italie, une semaine avant la France ?
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ET LA-BAS ? - Les Italiens ont entamé lundi 4 mai un "déconfinement prudent" qu'ils attendent depuis près de deux mois, une semaine avant celui prévu par le gouvernement en France le 11 mai. Deux d'entre eux, vivant en Lombardie, témoignent pour LCI.

Plusieurs pays se lancent dans le déconfinement cette semaine. Parmi eux, l'Italie qui entre en phase 2 de la pandémie, synonyme de retour au travail pour 4,5 millions d’Italiens voyant leurs usines et leurs bureaux rouvrir leurs portes, mais aussi de cohabitation avec un ennemi invisible ayant tué près de 30 000 personnes. De quoi laisser entrevoir à quoi ressemblera notre "déconfinement hexagonal", prévu le 11 mai, aux conditions (pas de commerce de détail, pas de bar ni de restaurant ouvert, distanciation sociale maintenue y compris dans les transports…) et au message (un appel à la responsabilité plus qu'à l’exaltation d’une liberté retrouvée) quasi identiques.

Contacté par LCI, Jérôme, 47 ans, directeur commercial dans le textile, se dit "content de retrouver le monde du travail ce lundi matin" après deux mois passés confiné en chômage technique, se contentant de "consulter de temps à autre ses mails" : "Rester chez moi pendant cette période du confinement ressemblait à des vacances imposées" raconte-t-il. Il a ainsi retrouvé ses collègues ce lundi matin : "Pas d'embrassade entre collègues, évidemment, on se parle de loin avec toutes les protections d'usage ; la pause café se fait en solitaire désormais."

Pour limiter le flux, le télé-travail reste très encouragé à Milan comme dans toute l'Italie, la plupart des usines et des entreprises ayant rouvert en adoptant les mesures de sécurité nécessaires comme la prise de température, le gel hydro-alcoolique, le port du masque et des gants, la distance d'un mètre... "Dans un premier temps, je me suis demandé pourquoi le pays cédait aussi rapidement au déconfinement dans la région la plus touchée d'Italie qu'est la Lombardie" confie ce Français vivant à Milan depuis plus de 20 ans. Mais, reconnait-il, "ce déconfinement reste, je pense, une bonne chose" : "J'entends bien le scepticisme actuel en France sur les risques liés au déconfinement mais les Italiens autour de moi le désiraient pleinement, ils arrivaient au bout de leurs résistances. Le temps est magnifique dehors, alors rester chez soi devenait une vraie punition, plombante pour le moral". Selon lui, d'ailleurs, "les Italiens commençaient doucement à se déconfiner" avant cette date.

S'ajoutent à l'ennui existentiel l'impact économique de la crise, non moins plombant pour les Italiens : "Le pays ne pouvait plus tenir avec ce confinement, arrivant au bout de ses possibilités. Le chef du gouvernement, Giuseppe Conte, a clairement dit que nous étions au pied du mur. Vous vous rendez compte ? Les petits artisans, les petites sociétés, les petits commerces n'ont pas touché un euro depuis deux mois, ce n'était plus tenable pour eux non plus." D'où ce "déconfinement prudent", très sécurisé, très surveillé par les autorités redoutant le risque d'une deuxième vague. En ce sens, "pas question de sortir de chez soi sans raison", ajoute Toni, vivant à Maleo, en Lombardie, également contacté par LCI, rappelant la nécessité d'une attestation, "certifiant qu’on se déplace dans le respect des règles, notamment celles de la distanciation sociale."

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Les rues restent "peu peuplées" en ce jour

Alors, au quotidien, quels changements notables ? Pour l'heure, ce lundi, "les rues à Milan restent tranquilles, peu peuplées", poursuit Jérôme, comme si la méfiance demeurait de mise. "Il y a des files d'attente devant les magasins qui ne font rentrer qu'un seul client à la fois et ont mis des marques au sol" mais, confie-t-il, "mes amis tenant des boutiques redoutent malgré tout les comportements de certains susceptibles de ne pas respecter les consignes de sécurité. C'est leur grande frayeur." D'où la question de l'après qui les taraudent : "Après plus de 30.000 morts en Italie, les gens vont-ils être plus respectueux et consciencieux des autres ?" demande-t-il.

A ce sujet, les transports en commun se révèlent très redoutés, "désastreux", souligne même Jérôme : "Ce lundi matin, ils ont augmenté les rotations de bus, de métros afin de réduire de moitié les usagers et favoriser les distances de sécurité. Mais cela me semble impossible à réaliser".  

Autre point noir : les masques. Si le gouvernement demande de les porter dans les lieux clos tels que les magasins et les transports publics, la Lombardie et la Vénétie considèrent qu'ils sont "obligatoires à partir du moment où l'on quitte son domicile", confirme Toni. Et en trouver en Italie se révèle le même parcours du combattant qu'en France, avec les mêmes abus ("Certains vendaient des masques à 15 euros", nous confie-t-il) même si "une livraison massive doit avoir lieu ce lundi dans les pharmacies et les quincailleries". 

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"On attend la phase 3"

L'autre nouveauté ce lundi, c'est que les Italiens peuvent rendre visite à leurs parents, à leurs proches, à leurs amours vivant dans la même région même si les réunions de famille demeurent proscrites tout comme les retrouvailles avec les amis. Idem pour l'activité sportive, décrit Jérôme : "Jusqu'à hier, c'était encore interdit. Aujourd'hui, vous pouvez pratiquer librement votre footing en respectant la distanciation de 2 à 5 mètres - au quotidien, il y a une obligation de distance d'un mètre obligatoire." Pas de retour à l'école, en revanche, Giuseppe Conte ayant promis la réouverture des écoles pour septembre : "Les écoles étant des incubateurs de maladie, les Italiens ne comprennent absolument pas la décision en France de les rouvrir", souligne-t-il. 

On nous demande d’apprendre à vivre avec le virus avec des masques et des distances sociales, ce que nous faisons.- Jérôme, vivant à Milan

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Contrairement à la France, où l'Etat a le pouvoir de placer des départements dans des situations de déconfinement plus ou moins souple, en Italie, "certaines régions italiennes ont un pouvoir fort, très important, même à l'encontre du gouvernement" souligne Jérôme, chacune d’elles ayant élaboré des ordonnances pour son propre territoire. "Si le gouvernement prend une décision, la région a le pouvoir de s'opposer aux décisions nationales. Pour prendre un exemple marquant, ce week-end, alors que les bars doivent rester fermés, la région de Calabre a déclaré qu’elle n’était pas d’accord avec le gouvernement qui a dû faire intervenir le conseil d’Etat pour bloquer cet arrêté régional et faire respecter la loi nationale." De même, si les Français auront la possible de circuler sans attestation à partir du 11 mai, sauf "pour les déplacements à plus de 100 km du domicile, qui ne seront possibles que pour un motif impérieux, familial ou professionnel", Toni, lui, déplore une interdiction trop drastique de sortir de sa région : "Je ne peux pas me rendre à Piacenza qui se trouve à 10 kilomètres de chez moi mais qui se situe dans une autre région."

Quid de la suite ? "On attend la phase 3", nous dit Jérôme, pour qui "les Italiens ont fait une croix sur les vacances d'été" et qui espère que ce déconfinement permettra "une prise de conscience du rapport aux autres" : "On nous demande d’apprendre à vivre avec le virus avec des masques et des distances sociales, ce que nous faisons. Dans l'esprit des Italiens, cela va rester, même quand vous allez faire vos courses. La vertu de ce changement de vie dans les grandes villes, c'est de nous permettre de ralentir. On arrêtera de courir et d’être pressé en permanence, la sécurité passera en premier. Un "ralentissement de la société" qui peut-être rendra "plus zen".

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