Comprendre la crise au Proche-Orient : les Intifada palestioniennes

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DECRYPTAGE - Le spectre d’une troisième Intifada plane dangereusement sur le Proche-Orient. La vague de violences qui secoue Jérusalem et la Cisjordanie depuis plusieurs mois s’est accélérée ces derniers jours, laissant craindre un embrasement de ce conflit aux contours multiples. Explications.

 C’est quoi, une Intifada ?
Pour comprendre les heurts qui secouent Jerusalem et la Cisjordanie, il faut remonter au 7 décembre 1987 et l'assassinat un officier israélien à Gaza. Le lendemain, un camion israélien percute une voiture palestinienne, faisant trois morts. Accident pour les uns, représailles pour les autres, l’acte déclenche le début de l’Intifada ("soulèvement", en arabe). Le conflit devient célèbre avec les images de centaines de jeunes palestiniens lançant des pierres sur les forces israéliennes. Bilan, à l’issue de six ans de conflit : 1100 palestiniens tués, ainsi qu’une trentaine de soldats israéliens et une quarantaine de colons. Il faudra attendre les accords de paix d’Oslo pour calmer les esprits... jusqu’à la visite d’Ariel Sharon sur l’Esplanade des Mosquées en septembre 2000. C’est le début de la seconde Intifada et ses 5600 morts.

► Pourquoi parle-t-on ces jours-ci d’une troisième Intifada ?
Depuis le début de l’année, le Proche-Orient est régulièrement secoué par des violences épisodiques. Si le bilan depuis le début de l’année – 31 morts côté palestinien et 8 côté israélien – est encore loin des précédents conflits, la tournure des évènements ces derniers jours inquiète les experts, les diplomates et la communauté internationale. "Une troisième intifada est en cours", écrivait lundi l’influent quotidien israélien Haaretz. Le fil de la journée ne saurait lui donner raison : dans la soirée, Israël a démoli deux maisons de Palestiniens pour punir les auteurs d'attentats et appliquer les ordres du Premier ministre Benjamin Netanyahou de réprimer sans merci la flambée de violences actuelles.

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 Quelles solutions pour éviter un embrasement du conflit ?
C’est là tout le problème : les autorités semblent des deux côtés à bout de souffle, incapables d’enrayer la spirale de violence. Le processus diplomatique, lui, est au point mort. Les autorités palestiniennes sont largement discréditées et passent pour corrompues. Et la colonisation israélienne continue, comme les souffrances de Gaza sous blocus.

► L’incertitude Abbas...
Mahmoud Abbas peut-il calmer les esprits côté palestinien ? Difficile à dire : le président vient d'annoncer à l'ONU qu'il ne se considérait plus comme lié par les accords passés avec Israël. Or, la dénonciation de cet accord menacerait le territoire de chaos ou d'une prise de contrôle par le Hamas, mettent en garde les experts. Mahmoud Abbas, hostile à la violence, peut-il aller jusque là ? Beaucoup de Palestiniens ordinaires sont fatigués des guerres ou des violences à répétition. Mais quel contrôle ces Palestiniens exercent-ils sur les jeunes ?

 … face à l’intransigeance de Netanyahou
C’est peu dire que la position de Benyamin Netanyahou est inconfortable : depuis les législatives de mars, il est à la tête de l'un des gouvernements les plus à droite de l'histoire, l’obligeant à promettre durant la campagne qu'il n'y aurait pas d'Etat palestinien s'il était réélu. Depuis, "Bibi" a ainsi déclaré "la guerre" aux lanceurs de pierres, assoupli les règles pour ouvrir le feu à Jérusalem, et promis de recourir davantage à l'emprisonnement sans inculpation ni procès. En même temps, il se défend de vouloir autoriser les juifs à prier sur l'esplanade des Mosquées et se pose en garant du statu quo sur le site. Enfin, l’homme fort d’Israël est soumis à de multiples pressions : celles de ses partenaires de gouvernement nationalistes religieux qui lui assurent une minorité parlementaire d'une seule voix, celles du lobby des colons, ou encore celles de l'Egypte et la Jordanie, les deux seuls pays arabes à avoir signé la paix avec Israël.

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