"Seuls, livrés à nous-mêmes et sans billet retour" : la galère d'Anna et Andy, coincés au Pérou

"Seuls, livrés à nous-mêmes et sans billet retour" : la galère d'Anna et Andy, coincés au Pérou
International

TEMOIGNAGE - Bloqués par les mesures de confinement, les touristes français et travailleurs expatriés veulent revenir dans leur pays pour retrouver leurs proches, mais éprouvent toutes les peines du monde, à l’instar de Anna et Andy, confinés au Pérou depuis le 16 mars et joints par LCI.

Début janvier, Anna Lavolé et Andy Dubois, 24 ans, deux étudiants français vivant à Hennebont quittent la Bretagne pour faire le tour de l’Amérique latine après leurs études : "Le projet de notre vie", nous raconte Anna ce samedi 28 mars. Depuis le 16 mars, les deux globe-trotteurs vivent confinés dans un hôtel à Piera, au Pérou : "On n’a rien vu venir parce qu’au moment de partir, en janvier, il n’y avait pas cette inquiétude en Europe sur le sujet." C'est au cours de leur périple, en arrivant à Mancora le 13 mars qu'ils prennent la mesure de l'épidémie mondiale et que l’Ambassade leur intime de rester au Pérou. 

"Nous avons fait l’erreur de passer trois jours à Lobitos, petit village de pêcheur sans wifi où il n'y avait aucun lien avec l’actualité" poursuit Anna. "Quand on a décidé de partir, notre hôte nous a prévenu que nous allions avoir des difficultés pour nous déplacer car le président péruvien Martín Vizcarra avait pris la décision de bloquer les frontières entre les pays, donc tous les vols à destination de l’Europe, mais aussi entre les villes. On a alors réussi à atteindre Piura, une ville de passage où tout est fermé et où notre chemin a dû s'arrêter pour de bon. Il n'y a plus aucun bus, pas de commerce."

Depuis le 16 mars, un confinement drastique a été instauré - le gouvernement interdit tout déplacement jusqu’au 31 mars - et les informations arrivent à eux au compte-goutte. Le couple s'est inscrit sur le site Ariane, le site mis en place par le Quai d'Orsay, et demande alors un rapatriement, pas de réponse. Pour repartir en France, les deux touristes doivent rejoindre l'aéroport de Lima qui se trouve à... 1000 kilomètres. Pour y accéder avec les mesures péruviennes, un véritable chemin de croix se profile : "Concrètement, il nous faudrait rejoindre Trujillo, une autre ville  à six heures de voiture de là où nous sommes, et ce, par dérogation de l’ambassade. En d'autres termes, il faut que nous trouvions un chauffeur à nos frais prêt à nous conduire là-bas et qu'en plus, nous fournissions des informations sur ce chauffeur à l’ambassade afin de négocier une autorisation. Et une fois arrivé à Trujillo, il y aura peut-être un bus susceptible de nous conduire Lima, mais là encore, il nous faudrait débourser 380 soles soit 100 euros. Non seulement cela manque de certitude et de sécurité mais surtout le prix est exorbitant" avec qui, plus est, le plafond de leur carte bancaire dépassé.

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"Les compagnies aériennes ne nous aident pas"

Normalement, le jeune couple était censé rentrer en avion en France le 21 avril mais, confie Anna à LCI, "la compagnie Avianca a annulé notre avion et malgré les efforts de l’ambassade française au Pérou, un seul avion est parti de Lima dimanche dernier. Les compagnies aériennes ne nous aident pas, l’ambassade nous dit de rester calmes et confinés. Le confinement ayant été prolongé, du coup on ne sait pas trop ce que nous allons devenir, nous vivons au jour le jour avec des informations comme celles disponibles sur le site de l'ambassade."

S’ajoutent à cela les conditions de confinement sur place, peu propices aux déplacements : "Au Pérou nous avons le droit de sortir uniquement pour acheter de la nourriture, il y a un couvre-feu de 20h à 5h et, apparemment, nous sommes dans la région des mauvais élèves qui ne respectent pas le confinement, donc le président péruvien parle de renforcer le couvre-feu de notre ville." 

Le gros souci est le même pour tous : on ne peut pas se déplacer entre les villes et s’il y a des vols, c'est simple, ils ne partiront que de Lima- Anna, touriste française au Pérou

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D’autres touristes se trouvent dans le même galère au Pérou, "environ 1000 Français et une majorité d'européens" d'après Anna qui communique avec certains via WhatsApp : "Certains sont dans des situations assez compliquées. Le gros souci est le même pour tous : on ne peut pas se déplacer entre les villes et s’il y a des vols, c'est simple, ils ne partiront que de Lima." Une situation a priori inextricable à laquelle s'ajoutent le climat anxiogène du Covid 19 et l'angoisse de leurs familles et leurs amis en France, déjà confrontés à la situation du confinement. 

Alors que 100.000 Français en voyage ou de passage à l'étranger ont pu rejoindre la France, 30.000 sont encore coincés au-delà de nos frontières. Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des Affaires Étrangères, assure que tout est fait pour qu'ils rentrent rapidement. Si le délai de rapatriement peut sembler long aux familles, le ministre assure qu'"aucun cas ne sera sous-estimé" et que le gouvernement fait son maximum malgré les difficultés liées aux "mises en œuvres brutales à la fois de fermeture des aéroports, des espaces aériens, avec des arrêts brutaux et souvent sans prévenir" dans certains États. "Je pense notamment à nos compatriotes qui sont au Pérou, que nous allons réussir à ramener même s’il faudra passer par l’aéroport militaire", assure-t-il encore. Il espère que "dans 4 ou 5 jours", l'opération de rapatriement sera terminée. Esseulés au nord du Pérou, Andy et Anna s'accrochent à cet espoir

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