Conflit israélo-palestinien : l'autre guerre, celle des images détournées

Conflit israélo-palestinien : l'autre guerre, celle des images détournées

PROPAGANDE 2.0 - Le conflit israélo-palestinien s'est accompagné de son lot de fausses publications, chaque partie voulant dénoncer la violence de l'autre. Nous les avons passées au crible.

C'est une autre forme de conflit. Celle de l'image. Depuis le début des violents affrontements qui ont éclaté le lundi 3 mai entre manifestants palestiniens et forces de l'ordre israéliennes, rapidement suivis d'échanges nourris entre armée israélienne et le Hamas, les deux camps, qui se sont accordés sur un cessez-le-feu, jeudi 20 mai, tentent de témoigner des événements sur place. Des photos d'enfants blessés, des victimes mutilées ou des explosions qui retentissent dans la nuit, chacun diffuse massivement messages, photos et vidéos. Pour alerter la population hors de Gaza, mais aussi pour provoquer l'empathie pour son camp ou critiquer la partie adverse. Une guerre des positions qui se joue en ligne. Et notamment à grands renforts de hashtags, avec d'un côté #GuardiansOfTheWalls et de l'autre #GazaUnderAttack.

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L'info passée au crible

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La fausse information dans les deux camps

Mais parmi les milliers de témoignages qui affluent, certains sont complètement faux. À l'instar de cette publication - âmes sensibles s'abstenir - qui accuse l'armée de Benyamin Netanyahou d'avoir "tué" des dizaines d'enfants. "Tous nos dirigeants doivent voir ça, des enfants de Gaza massacrés par Israël sous silence du monde entier", écrit l'internaute. Sauf qu'une rapide recherche inversée d'images sur Google montre que sur les quatre photos de ce montage à visée dramatique, au moins deux sont complètement décontextualisées. La première, en haut, est utilisée dans un article du New York Times, qui crédite un photographe de l'AFP. La photo, effectivement disponible dans la banque d'images de l'agence française, explique en légende qu'il  s'agit bien d'une victime palestinienne. Seulement, l'image remonte au 25 juillet 2014. À l'époque, quinze personnes civiles étaient décédées après qu'une école de l'ONU avait été touchée par un obus de char israélien. Une attaque qui avait d'ailleurs été très médiatisée

S'il s'agit bien dans ce cas d'un cliché capturé dans le cadre du conflit israélo-palestinien, une autre image - celle qui se trouve tout en bas du montage diffusé par l'internaute français - a, elle, été prise à des centaines de kilomètres. Son utilisation dans un article du National Geographic nous apprend qu'il s'agit d'enfants décédés en Syrie, à Damas, le 21 août 2013.

Une autre vidéo devenue virale est supposée montrer cette fois-ci une foule israélienne se réjouissant d'un incendie sur l'esplanade des mosquées. Sauf qu'encore une fois, la séquence est trompeuse. Concernant le feu en lui-même : si on ne dispose pas d'informations sur son origine, un incendie a bien eu lieu lundi soir à Jérusalem. Cependant, il n'a pas touché la mosquée Al-Aqsa mais un arbre situé à proximité. En atteste cette vidéo, prise d'un autre point de vue. L'agence Reuters a couvert l'événement sur place, indiquant que l'incendie avait été rapidement maitrisé. 

Quant à la foule qui se réjouit, une doctorante présente sur place a bien fait savoir sur Twitter que des chants anti-palestiniens avaient retenti dans la foule, décrivant une "orgie de la haine". Si des slogans issus de l'extrême droite israélienne ont bien été entonnées, une vidéo de la soirée retrouvée par Libération montre que ces acclamations ne sont pas liées à l'incendie en lui-même. On entend en effet dans la séquence prise quelques instants avant l'incendie des jeunes fêter le "jour de Jérusalem", en commémoration de l'annexion de la partie est de la ville. 

Comme expliqué en introduction, la désinformation ne se trouve cependant pas que dans le camp pro-palestinien. Et elle touche même les plus hautes sphères. C'est le cas pour une vidéo sur laquelle on voit - et on entend-  des missiles exploser à répétition dans une zone qui a l'air habitée. En légende, en arabe et en anglais, on lit sur l'image "Gaza maintenant". Une séquence sidérante et devenue virale, notamment après avoir été partagée sur Twitter par Ofir Gendelman, le porte-parole du Premier ministre israélien. En légende de ce tweet, désormais supprimé, le haut responsable écrivait : "Une autre vidéo montrant comment le Hamas tire des roquettes sur Israël depuis des zones peuplées de la bande de Gaza. Il s'agit d'un double crime de guerre."

Sauf que cette vidéo ne date pas de 2021. Si LCI.fr n'est pas arrivé à retrouver l'origine exacte de la vidéo, on en trouve des traces qui remontent au moins à juin 2018. Aucune des vidéos originales n'a été prise à Gaza. Elles ont été partagées à l'époque par des internautes syriens qui témoignaient de missiles tirés à Deraa, en Syrie.

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Une propagande 2.0 jusqu'en France

Une guerre des images qui s'est invitée jusqu'en France. Et notamment dans les rangs politiques. Pour apporter leur soutien à Israël, Eric Ciotti et Manuel Valls ont tous les deux publié, le 12 mai, la même photo. Supposée montrer une "frappe du Hamas sur Israël", on y voit deux nuages de fumée se dispersant dans la nuit depuis des immeubles. Sauf qu'avec une simple recherche d'image inversée, on découvre qu'elle capture en fait l'exact inverse. Elle est notamment utilisée pour illustrer un article du Courrier International qui écrit en légende : "Une frappe aérienne israélienne, dans la bande de Gaza."

De fait, dans la banque d'images de l'AFP, on lit que cette image a été prise par Mahmud Hams et "montre des frappes aériennes israéliennes dans la bande de Gaza, contrôlée par le mouvement islamiste palestinien Hamas, le 10 mai 2021". Les deux représentants politiques ont par la suite supprimé leur tweet. 

Une guerre d'images potentiellement mortelle. Depuis plusieurs jours, le déferlement de ces témoignages provenant des deux camps enflamme les tensions entre Israéliens et Palestiniens, dans un contexte où la défiance atteint déjà des sommets. 

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