Conflit sur la pêche : la fermeté d'Emmanuel Macron vis-à-vis du Royaume-Uni, la bonne stratégie ?

Conflit sur la pêche : la fermeté d'Emmanuel Macron vis-à-vis du Royaume-Uni, la bonne stratégie ?

INTERVIEW - Emmanuel Macron a choisi d'être ferme vis-à-vis de Boris Johnson pour faire valoir les intérêts de la France dans le conflit qui l'oppose au Royaume-Uni sur les licences de pêche. Une politique du coup de gueule payante ? LCI a posé la question à Pascal Boniface, directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques.

La tension ne baisse toujours pas. Si les échanges entre Emmanuel Macron et le Premier ministre britannique Boris Johnson sont cordiaux, assurent leurs entourages, le bras de fer est bel et bien engagé entre la France et le Royaume-Uni. Chacun campe sur sa position : l'Hexagone maintient ses menaces d'appliquer des rétorsions dès lundi minuit dans le litige sur les licences de pêche, quand la ministre des Affaires étrangères britannique a encore appelé le gouvernement français à retirer ses menaces et menacé à son tour de réclamer en ce cas des mesures compensatoires.

Comment expliquer cette fermeté de la part d'Emmanuel Macron ? Sa politique peut-elle porter ses fruits ? LCI a interrogé Pascal Boniface, directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS).

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Êtes-vous d'accord pour dire qu'Emmanuel Macron adopte une politique du coup de gueule et joue la carte de la fermeté vis-à-vis du Royaume-Uni ?

Oui, le président de la République adopte un ton très ferme vis-à-vis de Boris Johnson, qui fait de même. Ils montrent tous les deux leurs muscles, qu’ils ne cèdent pas face à un adversaire facilement diabolisable dans le camp adversaire. Chacun veut faire valoir son point de vue, d'abord pour satisfaire son opinion publique nationale.

Est-ce qu'adopter une telle position est plus facile pour Emmanuel Macron, car il peut compter sur le soutien de l'Union européenne ? 

Effectivement, par rapport au Royaume-Uni, la France n'est pas isolée et pourra compter facilement sur le soutien du reste de l’Union européenne. Cela la place en position de force ; il est plus facile de peser à 27 que seul. Et je vois mal les États-Unis ou d’autres pays porter secours au Royaume-Uni dans cette querelle intra-européenne. Boris Johnson a toujours misé sur le fait qu’il pouvait diviser les 27. Or, du début à la fin des négociations du Brexit, les membres de l'UE sont restés unis dans leur stratégie.

Macron ménage les Etats-Unis

Est-ce nouveau de voir Emmanuel Macron adopter une telle position de fermeté ?

Il ne l'a pas toujours fait. Il a pu être très ferme avec Donald Trump par exemple, mais plus dans ses propos que dans la pratique. Emmanuel Macron a toujours tenu à garder de bonnes relations avec les États-Unis. Cela s'est confirmé ces dernières semaines : il a accepté un retard d'1h30 de Joe Biden, l'a laissé parler de "maladresse" dans l'affaire des sous-marins australiens quand il avait plutôt employé le mot "trahison".... Il y a face aux Américains une volonté de réconciliation qui l’emporte sur tout. L'Australie et le Royaume-Unis sont moins importants pour la France, alors le Président n'hésite pas à faire preuve d'un ton plus ferme.

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Le Royaume-Uni sous-entend qu'Emmanuel Macron s'est engagé dans ce bras de fer pour servir ses intérêts à six mois de l'élection présidentielle. Est-ce que cela peut jouer ? 

Ce n’est pas faux, mais malgré tout le Royaume-Uni ne tient pas ses engagements. Certes il y a des élections dans six mois, mais ce n’est pas pour autant que les arguments français ne sont pas forts. On peut dire que Macron joue la surenchère, mais force est de constater que la stratégie du mensonge de Boris Johnson a atteint ses limites et s'est heurtée aux réalités.

Que peut-il se passer ces prochaines heures ?

Personne n’acceptera d’être humilié, il faudra trouver une solution qui permette à chacun de sortir la tête haute de cette crise. Boris Johnson pourrait faire des concessions à condition de pouvoir les présenter comme acceptables à son opinion publique. Même si le rapport de force est favorable à la France, il faut permettre une porte de sortie relativement honorable au Premier ministre britannique.

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