Congé paternité obligatoire : comment ça se passe en Suède ? On a posé la question à un jeune papa expert

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ÉGALITÉ – Au pays de la parité sacrée, pères et mères se partagent équitablement un congé parental de parental de 480 jours avec une prise en charge d’environ 80% du salaire. Des conditions idéales, dont plusieurs papas suédois ont raconté la réalité quotidienne au photographe Johan Bävman, auteur du projet "Swedish Dads". LCI a interrogé l’artiste sur cette expérience, alors que l'idée d'un congé paternité fait son chemin en France.

Les poussettes baladées par des pères semblent plus nombreuses que celles des mères. À Stockholm, la capitale de la Suède, la plupart des allées des parcs et jardins publics sont foulées depuis plusieurs années déjà par une faune encore (trop) rare en France : celle des jeunes papas profitant de leur congé parental. Il faut dire qu’au pays de la parité sacrée, chaque parent, et donc le père, est incité à s’occuper de son/ses enfant(s), plaçant la vie de famille au sommet de la hiérarchie. Un système "unique" selon le photographe suédois Johan Bävman, auteur du projet "Swedish Dads" ("Pères suédois").


Cette incitation s’illustre très concrètement. Bien plus avantagés que leurs semblables français, ce que dénonce une pétition à l’initiative du magazine Causette, les couples suédois se partagent ainsi équitablement 480 jours – deux mois pour chacun, onze à se répartir – avec prise en charge par l’Etat de près de 80% du salaire pendant les 390 premiers jours et 180 couronnes (18 euros environ) par jour pendant les 90 derniers. En cas de naissances multiples, six mois supplémentaires sont ajoutés par enfant. Difficile de trouver mieux en Europe. "Le but de ce dispositif né il y a plus de 40 ans est de promouvoir l’égalité des sexes", souligne Johan Bävman, lui-même père d’un petit garçon, pour qui des progrès restent néanmoins à faire. 

Normal à la ville, un peu moins à la campagne

"Seuls 14% des couples partagent identiquement le congé parental bien que nous ayons ce système avantageux, ce qui montre qu’il y a encore un long chemin à faire", nous explique le photographe, précisant qu’élever des enfants reste considéré comme étant le rôle des mères. "Cela pose plusieurs questions. Comment la société perçoit les hommes ? Comment  les hommes se perçoivent-ils eux-mêmes par rapport à leur virilité ? Ce n’est pas toujours vu comme quelque chose de très masculin de s’occuper de ses enfants, appuie Johan Bävman. Il faut changer en profondeur une structure familiale, où la mère est en première ligne, qui demeure semblable depuis des décennies." 


"Ma femme et moi essayons d’être le plus égalitaire possible dans notre vie de tous les jours, témoigne Urban Nordh, ingénieur de 32 ans qui a participé au projet de l'artiste. Prendre des responsabilités égales dans l’éducation de notre enfant fait partie de cet effort." Malgré de longues journées à cuisiner – mais aussi à jouer avec son fils – le jeune homme paraît content de son choix. Idem pour Fredric Appelberg, 33 ans, électricien désormais père à plein temps : "C’est une fantastique opportunité d’avoir autant de temps, d’apprendre intensivement à connaître son enfant."

Dans les centres-villes, voir un père avec son bébé n’a rien de surprenant. C’est moins le cas en banlieue ou à la campagneJohan Bävman, photographe auteur du projet "Swedish Dads"

"Parce que nous avons alterné entre les périodes de congés et de travail dès que nous sommes devenus parents, le congé parental n’a jamais paru ennuyeux ou monotone, embraye Fredric Janson, 34 ans, qui a équitablement réparti le temps accordé par le gouvernement avec son épouse. Nous pensons qu’il était important pour chacun de nous deux d’être avec notre enfant à toutes les étapes de son développement, alors nous avons choisi de rester ensemble à la maison pour les quatre premiers mois et d’avoir un roulement ensuite."

 

"Si vous êtes à Södermalm (quartier jeune et en vogue de Stockholm, ndlr) ou dans le centre des grandes villes, voir un père avec son bébé n’a rien de surprenant. Ce n’est pas forcément le cas en allant dans des banlieues éloignées ou à la campagne", poursuit Johan Bävman. "La différence peut parfois être énorme. Mais, c’est normal, on n’a jamais vraiment envie de se lancer le premier, c’est plus simple en ayant un modèle, quelqu’un à la place de qui on peut se mettre." Voilà justement le but de son travail. "L’objectif était de créer ces modèles auxquels les pères pourraient se référer et s’identifier, en montrant leurs émotions, mais aussi l’investissement dont ils ont dû faire preuve pour être de bons parents." Et de faire de la Suède un pays encore plus paritaire. 

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