Connie Hedegaard : "Les choses avancent en France dans la lutte contre le changement climatique"

Connie Hedegaard : "Les choses avancent en France dans la lutte contre le changement climatique"

INTERVIEW – Organisé par Ban Ki-moon, le sommet de New York se tiendra mardi en présence de plus de 120 chefs d’Etat et de gouvernement. Il vise à redonner un élan politique aux négociations internationales sur le climat avant la conférence décisive à Paris l’an prochain. Metronews s’est entretenu à cette occasion avec Connie Hedegaard, la commissaire européenne à l'Action pour le climat.

Ce sommet est-il un premier pas avant la conférence de Paris en décembre 2015 ?
Il va y avoir plusieurs étapes, mais celle-ci sera en effet très importante. Pour la première fois depuis cinq ans, des chefs d’Etat et de gouvernement vont devoir répondre à la question : quelle sera ma contribution contre le changement climatique  ? Il n’y a pas eu d’événement similaire depuis 2009. Avant de quitter New York, ces représentants devront dévoiler leurs engagements. Et c’est ce que je vais demander durant mon intervention : jusqu’où pouvons-nous aller ? J’espère qu’ils sauront impulser un grand sursaut avant la conférence de Paris.

Des mesures nationales devraient être annoncées. Y compris pour la France ?
Oui. J’imagine que plusieurs pays, y compris la France, ne se contenteront pas de dire ce qu’ils font mais diront ce qu’ils envisagent de faire. Les leaders européens auront des choses à dire, pas seulement au sujet des "objectifs 20-20-20" du paquet énergie-climat 2020 [20 % de réduction des émissions de gaz à effet de serre, 20 % d'économie d'énergie et 20 % d'énergie renouvelable dans la consommation totale d'énergie. Le tout d'ici à 2020, ndlr].

Comment jugez-vous l’action de la France et de l’Europe en matière de lutte contre le réchauffement climatique  ?
Les choses avancent de toute évidence en France. J’ai rencontré le nouveau gouvernement, qui a déjà pris des initiatives. La France est à la tête de ceux qui, en Europe, ont pris leurs responsabilités. Et je pense que l'Europe peut être fière : nous avons montré que l'on peut générer de la croissance économique (+ 45 % depuis 1990) tout en réduisant nos émissions (- 18 à 19 % sur la même période). Et aujourd'hui, quand nous projetons d'adopter une réduction des émissions domestiques de 40 % d'ici à 2030 – si cela passe au Conseil européen le mois prochain –, cela enverra un très fort signal au monde. Nous, Européens, avons des choses concrètes à dire sur comment nous faisons, sur le fait que 20 % du budget européen va au climat, sur comment réguler certains produits, comment développer nos énergies renouvelables, et ce, même durant la crise. Je pense que l'Europe est devenue un exemple intéressant pour le monde.

Barack Obama a proposé en juin de réduire "en moyenne de 30 % d'ici à 2030" les émissions de gaz carbonique des centrales à charbon aux Etats-Unis. Cela peut-il inciter la Chine, l'un des plus forts émetteurs, à en faire autant ?
Les choses progressent en Chine. Notamment en matière de pollution de l’air : s’ils ne réduisent pas leurs émissions, ils ne peuvent que constater qu'ils baignent dans un nuage de pollution. Il ne faut pas sous-estimer leurs efforts dans le secteur des énergies renouvelables. Les choses bougent également en Inde, qui cherche à développer ses énergies renouvelables à court terme.

"Faire plus avec moins"

Vous arrivez à la fin de votre mandat, la nouvelle Commission de Jean-Claude Juncker prenant ses fonctions le 1er novembre prochain. Avec le recul, estimez-vous que la crise économique freine la lutte contre le changement climatique ?
Bien sûr. Cela redéfinit les priorités, comme en Espagne, en Grèce et en Irlande ces dernières années. Mais il faut reconnaître que nous avons su préserver les budgets. Ainsi, 20 % de celui de l’Union européenne est consacré à "l’économie verte". Ce n’est pas rien.

La pression des industriels est-elle une réalité ?
Oui, évidemment. Mais tout n’est pas blanc ou noir : certaines compagnies, notamment en France, savent comment améliorer leurs performances écologiques, faire plus avec moins. J’ai pu constater une frontière entre les "traditionalistes", très sceptiques, et de plus en plus d’entreprises. Car ces dernières comprennent en effet que cela permettra à l’Europe d’être plus compétitive si on peut développer davantage une "économie verte".

Justement, comment certains pays européens ont-ils su développer cette "économie verte" ?
Prenons l’exemple du Danemark : l’an passé, les exportations générales ont augmenté de 2 %. Celles des technologies vertes, elles, ont bondi de 17 %. Ce sont des faits, pas seulement de la théorie ! Nous pouvons également créer de l’emploi grâce aux filières vertes, comme en Allemagne.

"Il faut une approche globale"

Quel avenir pour l’exploitation du gaz de schiste ?
La Commission européenne se refuse à imposer ou non aux membres de pratiquer cette exploitation, chacun reste libre. Mais je pense qu’il faut être un peu plus réaliste au sujet du potentiel réel. C’est aussi un fait que la plupart des grandes sociétés pétrolières américaines sont venues en Pologne pour faire des évaluations avant de repartir : les gisements sont trop concentrés, les législations compliquées, le territoire plus densément peuplé…

Votre portefeuille de l’Action pour le climat devrait être fusionné avec celui de l’Energie. Cela vous surprend-il ?
J’ai moi-même été la première ministre de l’Energie et du Climat au Danemark [en 2007, ndlr]. Et j’ai appris que vous ne pouvez pas avoir de politique énergétique sans une politique climatique, et inversement. En soi, une fusion pas un problème. Quand nous préparions le paquet énergie-climat 2020, j’étais d'ailleurs la première à défendre l’idée selon laquelle nous ne devions pas séparer l’énergie du climat, car il faut une approche globale. Mais il peut y avoir une contrainte si vous n’avez qu'une seule personne en charge de ces portefeuilles tout en ayant à gérer les discussions, pour préparer la conférence de Paris par exemple. Cela risque d’être un commissaire hyperactif, sans parler des dossiers en cours qu’il faut gérer à Bruxelles…

Lire aussi >> Notre entretien avec Michael Bloomberg, à quelques jours du sommet sur le climat à New-York

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