Soudan : Omar el-Béchir chassé par l'armée après 30 ans de règne

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CRISE POLITIQUE - Le président Omar el-Béchir, confronté à un puissant mouvement de contestation, a été destitué par l'armée jeudi et placé en détention. Un "conseil militaire de transition" est mis en place. Les forces militaires ont fait cette annonce alors que la population était appelée à se rassembler devant son QG à Khartoum. Né en décembre, le mouvement populaire réclamait la démission du chef d'Etat au pouvoir depuis trente ans.

Un épilogue dans la crise au Soudan ? L'armée a annoncé jeudi qu'elle avait destitué le président Omar el-Béchir, 75 ans, au pouvoir depuis trois décennies. Elle avait annoncé plus tôt dans la matinée qu'elle ferait "une déclaration importante", les habitants de Khartoum ayant été appelés à se rendre "massivement" devant son QG. Un "conseil militaire de transition" a succédé au dirigeant déchu, il est censé diriger le Soudan durant deux ans, mais a d'ores et déjà été rejeté par les meneurs du mouvement de contestation. Un cessez-le-feu a également été décrété sur tout le territoire, tandis que l'espace aérien et les frontières ont été fermés jusqu'à nouvel ordre. 

"J'annonce, en tant que ministre de la Défense, la chute du régime et le placement en détention dans un lieu sûr de son chef", a annoncé Awad Ahmed Benawf à la télévision d'Etat. 

Plusieurs véhicules militaires transportant des troupes étaient entrés plus tôt dans le complexe abritant le QG de l'armée dans les premières heures du jour, selon des témoins. Ce complexe abritait aussi la résidence officielle du président Béchir et du ministère de la Défense. Les soldats soudanais ont notamment mené un raid dans les locaux du Mouvement islamique, un groupe lié au Parti du Congrès national du président Béchir. 

Dans un communiqué le ministre des Affaires étrangères français, Jean-Yves Le Drian a déclaré être "attentifs à l'évolution de la situation au Soudan." "Nous souhaitons que la voix du peuple soudanais soit entendue et que les évolutions en cours se fassent sans violence", a-t-il ajouté. De son côté, l'Union Européenne a, par la voix de sa cheffe de la diplomatie, Frederica Mogherini, demandé à l'armée soudanaise le transfert "rapide" du pouvoir à un gouvernement civil de transition. 

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Manifestations massives

Des milliers de Soudanais étaient rassemblés devant le QG de l'armée à Khartoum, pour la cinquième nuit consécutive, afin de réclamer que le président Omar el-Béchir quitte le pouvoir. La foule avait défié toute la journée de mercredi le régime. Le parti du Congrès national (NCP) au pouvoir avait appelé mercredi l'ensemble de ses membres à un rassemblement de soutien au chef de l'Etat jeudi à Khartoum. Mais mercredi soir, ce rassemblement avait été reporté à une date non précisée.

Depuis samedi, les contestataires ont essuyé à plusieurs reprises les assauts du puissant service de renseignement NISS, qui a tenté en vain de les disperser à coups de gaz lacrymogène, selon les organisateurs des manifestations. Mardi, 11 personnes dont six membres des forces de sécurité ont été tuées lors de manifestations à Khartoum. En tout, 49 personnes sont mortes dans des violences liées aux manifestations depuis que ces rassemblements ont commencé en décembre dernier, selon des responsables. 

Agitant des drapeaux nationaux et entonnant des chansons révolutionnaires, les contestataires avaient appelé l'armée à rejoindre leur mouvement de contestation, né en décembre mais qui a connu un net regain de mobilisation samedi. Mardi, la police avait ordonné à ses forces de ne pas "intervenir" contre la foule, et appelé à un "transfert pacifique du pouvoir".

Les femmes en première ligne

 Selon une manifestante devenue célèbre sur les réseaux sociaux après la large diffusion d'une vidéo d'elle en train de chanter parmi la foule, les Soudanaises jouent un rôle essentiel dans la mobilisation actuelle. "Les femmes soudanaises ont toujours participé aux révolutions dans ce pays", a affirmé à l'AFP Alaa Salah, devenue une icône du mouvement. "Je suis très fière de participer à cette révolution et j'espère que nous atteindrons notre but."

Mercredi soir, Alaa Salah a indiqué sur Twitter avoir reçu "des menaces de mort". "Je ne plierai pas. Ma voix ne peut pas être supprimée", a écrit la jeune femme.

Crise sociale

La contestation a été déclenchée par la décision du gouvernement de tripler du prix du pain, le 19 décembre, après trois semaines de pénurie. A travers le pays, des milliers de Soudanais ont appelé au départ du président Béchir. Ces manifestations ont coïncidé avec le retour du leader de l'opposition Sadek al-Mahdi, en exil depuis un an. Le 1er janvier, une vingtaine de formations politiques avaient réclamé un changement de régime. Le président a tenté de réprimer la contestation par la force, puis a instauré le 22 février l'état d'urgence à l'échelle nationale.

Le mouvement a repris depuis le 6 avril, avec les premiers rassemblements devant le QG de l'armée. Mardi, des capitales occidentales ont appelé les autorités à répondre aux revendications "d'une façon sérieuse". Mercredi, Washington a exhorté le pouvoir à respecter le droit de manifester.

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