Contrôle des armes : pourquoi Obama pleure mais reste impuissant

Contrôle des armes : pourquoi Obama pleure mais reste impuissant

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ETATS-UNIS – Le président américain a une nouvelle fois exprimé jeudi son émotion, après la tuerie qui a fait dix morts, dont le tireur, sur un campus de l'Oregon. Malgré la quinzaine d'événement similaires qui ont endeuillé ses mandats, Barack Obama ne parvient pas à agir pour un meilleur contrôle des armes à feu.

"Nos pensées et nos prières ne sont pas suffisantes". A la suite de la tuerie qui a fait 10 morts par balles (dont le tireur) dans un campus de l'Oregon jeudi, Barack Obama a une nouvelle fois exprimé son émotion à la télévision. "C'est devenu une chose banale, nous sommes devenus insensibles à cela", a-t-il déploré, le visage fermé, visiblement en colère. "A chaque fois qu'un drame comme celui-ci se produira, je répéterai que nous pouvons y faire quelque chose mais que nous devons changer nos lois", a-t-il ajouté, avant d'appeler une nouvelle fois le Congrès à légiférer pour mieux encadrer l'utilisation des armes à feu : "Il ne doit pas être aussi facile que cela pour quelqu'un qui veut infliger du mal aux autres de mettre la main sur un fusil".

Drame après drame, la scène finit en effet par ressembler à une tragique routine. La dernière fois, c'était le 26 août, lors de l'assassinat de deux journalistes en direct à la télévision. "Le nombre de gens qui meurent dans des incidents liés aux armes à feu dans ce pays est largement supérieur à celui des victimes de terrorisme", avait-il alors martelé. "J'ai eu à faire des déclarations comme celle-ci de trop nombreuses fois", déclarait encore le Président le 18 juin, après qu'un suprématiste blanc eut abattu 9 personnes dans une église noire de Charleston , en Caroline du Sud. Arrivé au pouvoir quelques mois après un massacre sur le campus de Virginia Tech (32 morts), Barack Obama a eu à faire une quinzaine d'allocutions similaires, ont calculé des médias américains.

"Je m'inquiète face à ce qui devient un rituel"

C'est après sa réélection, en 2012, que le démocrate prend vraiment le problème à bras-le-corps, à la suite de la tuerie dans l'école Sandy Hook à Newtown, le 14 décembre, dans laquelle 20 enfants et six adultes ont trouvé la mort. Ravalant ses larmes au cours de son intervention télévisée, le Président appelle publiquement le Congrès à légiférer pour durcir l'accès aux armes à feu. Un mois plus tard, il dévoile un plan de lutte, composé de 23 décrets, réclamant notamment des contrôles plus stricts sur la vente de fusils d'assaut de type militaire. Mais le puissant lobby des armes, la National Rifle Association (NRA), qui défend jalousement le droit constitutionnel de posséder des armes aux Etats-Unis, décrète aussitôt ce plan "inefficace". Le Sénat le rejette en avril. "C'est un jour de honte pour Washington", bouillonne Barack Obama. Moins d'un an après Newtown, 13 personnes sont tuées au cours d'une nouvelle fusillade, dans un immeuble de la Navy à Washington. "Je m'inquiète face à ce qui devient un rituel, que nous subissons tous les trois ou quatre mois, avec ces horribles fusillades", déplore-t-il encore, avant de lancer : "Au final, c'est au Congrès d'agir". Mais les lignes ne bougent pas. "

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Cet été, la concomitance de plusieurs faits remet le sujet sur le devant de la scène. Le 16 juillet, tandis que le tueur d'Aurora , qui avait fait 12 morts dans un cinéma du Colorado un an auparavant, est reconnu coupable (il a écopé de 3318 années de prison), cinq militaires américains sont tués dans une base militaire du Tennessee. Et tout juste une semaine plus tard, un homme tue deux personnes dans une salle de cinéma en Louisiane. Presque en même temps, Barack Obama désignait, dans une interview à la BCC , le domaine dans lequel il se sent "le plus frustré et le plus entravé" dans sa mission à la Maison-Blanche : "Les Etats-Unis sont la seule nation développée sur Terre dans laquelle nous n'avons pas suffisamment de lois sensées de contrôle des armes (…) Et ne pas être capable de résoudre ce problème est pour nous quelque chose d'éprouvant". Avant de promettre : "Mais je ne compte pas lâcher l'affaire dans les 18 mois qui restent".

Une stratégie politique

Sur cet engagement, le spécialiste des Etats-Unis François Durpaire est formel. "C'est une stratégie politique, qui vise à mettre le sujet au cœur de l'élection présidentielle, estimait-il fin août pour metronews. Hillary Clinton et les Démocrates sont favorables au contrôle des armes, alors que les Républicains défendent la liberté de port d'arme". "Je sais qu'il est possible d'avoir des mesures raisonnables sur les armes à feu", a réagi la favorite démocrate en campagne après la fusillade de l'Oregon, s'engageant comme l'actuel Président à "tout faire pour que nous y arrivions".

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Mais pour l'heure, Barack Obama n'a pas plus de chances de faire avancer le dossier au Congrès qu'en 2013, bien au contraire : "A l'époque, il n'avait pas réussi même dans le contexte de l'émotion nationale suscitée par la mort d'enfants..." Pour parvenir à légiférer, insiste le spécialiste, "il faudrait construire une coalition, car même quand la majorité est démocrate (ce qui est le cas au Sénat, ndlr), cela ne garantit rien (comme en 2013, ndlr)".

Or, inutile de compter sur l'opinion publique : "Les Américains peuvent être conjoncturellement pour une régulation, sous le coup de l'émotion mais structurellement, ils sont en majorité favorables à la liberté de port d'arme". Pour l'universitaire, le changement viendra peut-être un jour, non pas de la politique mais... de la Cour suprême : "Puisque c'est le deuxième amendement de la Constitution qui est en jeu, et qu'il faudrait réunir 2/3 des parlementaires pour changer cette dernière, la solution est d'interpréter différemment cet amendement. Et cela, seule la Cour suprême peut le faire."

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