Corée du Nord (6/10) : Le pays va-t-il devenir une destination touristique à la mode ?

LA CORÉE DU NORD, EPISODE 6/10 - A quoi joue Kim Jong-Un ? En multipliant ses essais militaires au fil des mois, le régime de Pyongyang est devenu un "Etat voyou", selon Donald Trump. Les deux hommes se livrent depuis à une joute verbale aux conséquences imprévisibles. Une crise que LCI vous aide à décrypter à travers une série d'articles. Aujourd'hui, le tourisme, un secteur dans lequel la dictature fonde de grands espoirs...

"Il n'y a aucune raison que les étrangers ne se sentent pas en sécurité en Corée du Nord, qui a le système étatique le plus fort et le plus stable".  En août dernier, l'ambassadeur de Coré du Nord en Espagne Kim Hyok Chol a ouvert grand les bras en direction des voyageurs. Une invitation tout sauf anodine, à l'heure où Washington défendait à ses ressortissants de se rendre dans le pays le plus reclus du monde. Une dictature qui, pour autant, fonde de grands espoirs dans le tourisme de masse. 


La Corée du Nord a beau être la cible de multiples trains de sanctions en raison de ses programmes nucléaire et balistiques interdits, le site "DPR Korea Tour" (http://tourismdprk.gov.kp/), géré par l'Administration du tourisme national, fait du pays une destination comme les autres. Depuis juillet, il propose des circuits organisés dans différentes régions, selon la longueur du séjour, mais aussi des voyages thématiques pour les voyageurs en quête de vacances différentes. Les visiteurs sont invités à se rendre sur les plages de la côte est, et notamment sur la Plage de Majon, où "le surf est populaire chez les touristes" du fait notamment de la propreté de l'eau. Le site consultable en coréen, en anglais, en chinois, en russe et en japonais fournit aussi des informations pratiques, et notamment des conseils pour se déplacer en taxi ou en bus dans Pyongyang. 

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"Il y a un véritable tourisme de mémoire"

Autant d'informations que l'on pourrait retrouver à propos de n'importe quelle destination touristique en Espagne. C'est d'ailleurs là où une délégation nord-coréenne s'est rendue, en juin dernier, selon le site d’information El Confidencial. On apprend ainsi qu'une douzaine de représentants se sont rendus à Barcelone – pour découvrir ses plages et un complexe de loisirs -  ainsi qu'à Benidorm pour "savoir comme se gère une ville tournée presque exclusivement vers le tourisme," a précisé le maire. En parallèle de cette escapade, une conférence était organisée à Madrid par Pyongyang pour vanter les mérites de son tourisme. L'ambassadeur - qui a depuis été expulsé d'Espagne - n'a pas caché les ambitions de Kim Jong-Un : un million de visiteurs "d’ici cinq à dix ans".


Des chiffres à prendre avec des pincettes, estime auprès de LCI Antoine Bondaz, spécialiste de la Chine et de la Corée du Nord à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS). "Cet objectif est ambitieux mais irréaliste. A titre de comparaison, les chiffres que nous avons à ce jour concernent 2014 et 2015, à savoir 100.000 touristes par an, dont une immense majorité de Chinois", estime le chercheur. Des Chinois qui, selon ce dernier, ne viendraient pas par hasard sur place : "Il y a un véritable tourisme de mémoire, avec des gens qui ont un lien familial avec la guerre de Corée et qui souhaitent  venir se recueillir."

Environ 5.000 touristes occidentaux par an

Selon le spécialiste, un complexe touristique intercoréen a même été construit au début des années 2000 sur le mont Kumgang, une montagne située à la frontière est entre les deux pays… avant de baisser le rideau, quelques années plus tard. "Il a été fermé en 2008 car une touriste sud-coréenne a été tuée par balle par un militaire nord-coréen", précise Antoine Bondaz.

La route est donc encore longue pour que les plages nord-coréennes ressemblent à celles de la Costa Brava espagnole. "Seulement" 5.000 touristes occidentaux, dont un millier d'Américains, se rendent chaque année en Corée du Nord, selon les agences de voyage qui organisent ces visites totalement encadrées par le régime. "Cela doit être encore moins ces derniers temps", estime Antoine Bondaz, qui rappelle qu'aucun Américain n'a le droit d'aller sur place. Il faut dire que seize Américains ont été arrêtés en Corée du Nord ces dix dernières années, y compris l'étudiant Otto Warmbier qui a écopé d'une longue peine pour avoir volé du matériel de propagande. Renvoyé dans le coma aux Etats-Unis en juin, il est mort quelques jours plus tard.

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