Tir de missile depuis un sous-marin : à quoi joue la Corée du Nord ?

Tir de missile depuis un sous-marin : à quoi joue la Corée du Nord ?

DIPLOMATIE - La Corée du Nord a testé avec succès un "nouveau type" de missile balistique lancé par sous-marin, ont rapporté les médias d'État ce mercredi. Une étape de plus dans la course à l'armement engagée par Kim Jong-un. Non sans arrière-pensées.

Kim Jong-un s'offre un nouvel outil de provocation. La Corée du Nord est parvenue mardi à lancer un missile balistique, cette fois-ci depuis un sous-marin. Une nouvelle prouesse militaire pour le régime de Pyongyang qui ne doit rien au hasard : la péninsule coréenne s'est lancée dans une course aux armements, notamment pour peser sur une éventuelle reprise du dialogue avec Washington, au point mort depuis des mois.

Pourquoi ce tir de missile est-il sans précédent ?

Car il a été réalisé depuis un sous-marin, ce qui pourrait permettre à la Corée du Nord de se doter d'une seconde frappe en cas d'attaque sur son sol. Selon l'agence officielle nord-coréenne KCNA, cette nouvelle arme est d'ailleurs dotée de "nombreuses technologies avancées de contrôle et de guidage". Des images publiées par le quotidien Rodong Sinmun ont montré le missile jaillissant d'une mer calme ainsi qu'un sous-marin en train de faire surface.

KCNA a précisé que le missile a été tiré depuis le même sous-marin, le "8.24 Yongung", que celui utilisé par le pays lors de son premier essai de missile balistique stratégique mer-sol (SLBM) en 2016. Selon une analyse publiée en 2018 par l'institut de recherches américain Nuclear Threat Initiative, le "8.24 Yongung" est un sous-marin expérimental "capable de lancer un unique missile balistique", mais qui doit faire surface au bout de quelques jours, ce qui limite ses capacités opérationnelles. Un lancement depuis un sous-marin en activité marquerait néanmoins une nouvelle étape pour l'arsenal nord-coréen, avec la possibilité d'un déploiement au-delà de la péninsule coréenne.

Pourquoi ce tir maintenant ?

Comme souvent avec la Corée du Nord, la date retenue pour un exercice militaire ne doit rien au hasard. En l'occurrence, il permet à Kim Jong-un d'envoyer un voisin au message sud-coréen : ce tir coïncide en effet avec une réunion à Séoul des responsables sud-coréen, américain et japonais du renseignement. En outre, le représentant spécial des États-Unis sur les questions nord-coréennes, Sung Kim, est attendu en Corée du Sud dans les jours à venir. 

Plus largement, les deux voisins se sont lancés depuis des mois dans une course à l'armement. En septembre, la Corée du Sud avait testé son premier SLBM, devenant l'un des rares pays dotés de cette technologie avancée, et a dévoilé un missile de croisière hypersonique. La semaine dernière, une exposition à Pyongyang consacrée à la défense a également été l'occasion de présenter l'armement du pays, notamment un énorme missile balistique intercontinental (ICBM), dévoilé l'an passé lors d'un défilé militaire.

Quel est le message envoyé aux Etats-Unis ?

Si la Corée du Sud a accueilli ce tir comme une provocation, c'est également le cas de Washington. Si le dialogue entre les deux pays avait été renoué en 2018 avec un sommet historique réunissant le président Donald Trump et Kim Jong-un à Singapour, il est au point mort depuis le fiasco d'un sommet en février 2019 à Hanoï. La réunion avait échoué sur l'allègement des sanctions internationales et sur les gestes que Pyongyang était prêt à concéder en retour.

La crise a même redémarré de plus belle le 1er janvier 2020, quand Kim a annoncé la fin du moratoire. Puis, en octobre, la présentation d'un ICBM qui, selon des spécialistes, est le plus gros missile à carburant liquide pouvant être déplacé par la route connu dans le monde.

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Et maintenant ?

La semaine dernière, Pyongyang et Séoul ont rétabli leurs lignes de communication, en signe de réchauffement des relations pour les derniers mois en poste du président sud-coréen Moon Jae-in, favorable au dialogue. Mais Kim Jong-un a accusé Séoul de nourrir une "ambition inconsidérée" et une attitude "illogique et à double visage". 

Même tonalité à l'égard de l'ennemi américain : si l'administration Biden a assuré à plusieurs reprises n'avoir aucune intention belliqueuse à l'égard de la Corée du Nord, Kim Jong-un reste sceptique. "Je me demande vraiment si des gens ou des pays croient ça", a-t-il estimé le 12 octobre. Malgré ce posture, Washington a répété à plusieurs reprises sa volonté de rencontrer des représentants nord-coréens à tout moment et en tout lieu, sans condition préalable.

Devant cette impasse diplomatique, le Conseil de sécurité tiendra ce mercredi une réunion d'urgence à huis clos. La Maison Blanche a d'ores et déjà souligné que le nouvel essai était une menace qui ne faisait que souligner le besoin "urgent" de dialogue avec Pyongyang, mais aussi son engagement "inébranlable" à aider à défendre la Corée du Sud et le Japon.

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