5 questions sur le confinement total de l’Italie

5 questions sur le confinement total de l’Italie
International

QUARANTAINE – Le décret "Lo resto a casa" pris lundi soir par l’exécutif italien face au coronavirus place l’ensemble de la population en confinement jusqu’au 3 avril prochain. Une mesure d’une ampleur jamais vue dans le monde, que nous décryptons en 5 questions.

C’est une mesure sans précédent que le gouvernement italien a prise lundi soir. Vu l’ampleur de la crise sanitaire, Giuseppe Conte a placé l’ensemble de la population, c’est-à-dire 60 millions d’Italiens, en confinement jusqu’au 3 avril prochain. "Il n’y a plus de temps à perdre. Les chiffres nous disent que nous avons une hausse importante des cas de contagion, des personnes hospitalisées en soins intensifs et hélas aussi des personnes décédées", a affirmé le chef du Conseil. Et pour cause, le dernier bilan officiel dénombre 463 décès et plus de 9.000 cas, en grande majorité en Lombardie, au nord du pays.

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Comment s’organise le confinement ?

Avec de telles mesures, la vie en Italie se met en pause, mais elle n'est pas à l’arrêt non plus. Le décret "Lo resto a casa" ("je reste à la maison") n’interdit pas les déplacements mais les limite considérablement. Les Italiens sont autorisés à sortir de chez eux pour des "impératifs professionnels dûment vérifiés" et "des situations d’urgence, pour des raisons de santé". Concrètement, pour se rendre au travail ou en cas de maladie. Le décret exige que les habitants justifient leurs allers et venues en remplissant au préalable un formulaire, disponible sur le site du gouvernement.

Les rassemblements dans les lieux publics sont, eux, interdits sur l’ensemble du territoire, et les événements (sportifs ou religieux) suspendus. Les écoles et universités restent fermées jusqu’au 3 avril. De leur côté, les restaurants peuvent garder leurs portes ouvertes de 6 à 18 heures, donnant un semblant de vie à la population. 

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Que risque-t-on en cas de violation du confinement ?

Comment faire pour que le confinement soit respecté à la lettre ? La violation de ces mesures est passible de trois mois d’emprisonnement et d’une amende pouvant aller jusqu’à 206 euros. "Mais les gens s’en fichent", raconte à LCI Toni Fazio, un Italien confiné dans la région de Lombardie. "Ça ne rime à rien. Je ne vois pas à qui ils pourraient donner une amende… Et surtout pourquoi." Il prend l’exemple datant d’il y a une semaine de 18 Italiens qui, après avoir quitté la zone rouge, ont été interpellés par les autorités. Le groupe a alors justifié sa fuite par un besoin pressant de se rendre au bar… 

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Comment ce blocus est-il perçu politiquement ?

Tandis que les habitants sont sous le choc face à ces mesures radicales, dans la presse italienne, les déclarations politiques ont fusé après l’annonce gouvernementale. "Nous pouvons vaincre le virus. (…) Nous agissons pour protéger le pays de la meilleure façon possible", a assuré le ministre des Affaires étrangères, Luigi di Maio. Optimiste lui aussi, l’ancien président du Conseil Matteo Renzi a estimé que "nous gagnerons ensemble le défi du coronavirus". Alberto Cirio, président de la région du Piémont, s’est félicité lui aussi, dans une vidéo postée sur Facebook : "Enfin les mêmes règles pour toute l’Italie. À partir de demain, notre vie change un peu mais rappelons-nous que nous le faisons pour protéger nos proches". 

Changement de ton du côté du secrétaire fédéral de la Ligue Matteo Salvini, qui considère le confinement comme "une première étape" qui "ne suffit pas" : "Fermez tout immédiatement, sans laisser de place au doute. (…) Chaque jour perdu est un drame". "Des mesures nécessaires mais pas suffisantes", a également déploré le gouverneur de Lombardie Attilio Fontana auprès de La Reppublica. 

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Comment les pays voisins réagissent-ils ?

Au vu de la crise sanitaire qui se joue, les pays étrangers prennent leurs dispositions et l’Italie se retrouve peu à peu isolée. L’Autriche voisine a décidé ce mardi de filtrer à sa frontière l’entrée des voyageurs venant d’Italie, avant que la Slovénie n'annonce qu'elle fermait la sienne. Les deux autres pays frontaliers, la France et la Suisse, n’ont pas suivi le mouvement.

Les liaisons entre la péninsule et l’Espagne sont arrêtées jusqu’au 25 mars, ainsi que les liaisons maritimes avec la Tunisie jusqu’à nouvel ordre. Ce mardi, la compagnie aérienne Ryanair a également suspendu ses vols vers l’Italie, tandis que British Airways a annulé toutes ses liaisons du jour avec la péninsule. En fin d'après-midi, Air France a à son tour annoncé la suspension de tous ses vols vers l'Italie entre le 14 mars et le 3 avril inclus.

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L’inquiétude gagne tout le pays, qui se trouve découpé en deux malgré le confinement d’envergure nationale. D’un côté le Nord, touché par plus de 8.000 cas de contamination, dont 5.500 seulement en Lombardie. De l’autre le Sud, encore relativement épargné puisqu’il connaît moins de 600 cas de nouveau coronavirus. L’objectif de ce confinement total est d’empêcher à tout prix que le virus ne gagne tout le Sud, qui aurait beaucoup plus de mal à gérer la situation. 

"Le Sud est nettement moins bien équipé, avec des structures sanitaires souvent délabrées, un manque de moyens, de médecins…", explique à LCI Ludmila Acone, spécialiste du pays et docteure en histoire. "Du fait de financements moins importants et d’une certaine lassitude régionale, la situation du Sud est moins favorable que celle du Nord." 

"En Italie, il y a une inégalité territoriale à tous les niveaux. C’est une réalité", poursuit Ludmila Acone. Cette forte disparité entre le Nord et le Sud résulte de politiques publiques, notamment celle d’une privatisation partielle lancée dans le domaine de la Santé il y a une dizaine d’années. À Naples par exemple, le contraste régional est criant, selon la chercheuse : les hôpitaux y manqueraient d’équipement et leur personnel ne serait parfois pas payé pendant des mois. 

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