Coronavirus : à New York, la crainte d'un terrible krach immobilier

Coronavirus : à New York, la crainte d'un terrible krach immobilier
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ÉCONOMIE - Selon le "New York Times", 40% des locataires new-yorkais ne devraient pas être en mesure de payer leurs prochains loyers. Pour quelles conséquences ?

"J'en suis arrivé au point où je ne peux vraiment pas payer mon loyer, parce que si je le faisais, je risquerais de ne plus pouvoir m'acheter à manger ou, simplement, de ne plus pouvoir survivre." Ainsi parle Henry True, 24 ans, travailleur indépendant, qui paye 600 euros par mois pour une chambre dans une co-location à Brooklyn. "Vraiment, je compte chaque penny (centime) que j'ai", ajoute-t-il dans une enquête du New York Times qui se penche ce mercredi 1er avril sur l'étendue de ce phénomène. 

Selon le fameux quotidien local, au moins 40% des (très) nombreux locataires résidant à New York ne seront pas en mesure de payer leur loyer d'avril ni, très probablement, celui du mois suivant.

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Il faut dire qu'en un mois, plusieurs millions d'habitants de "la grosse pomme" ont perdu leur emploi, ne serait-ce que temporairement. Le ver est dans le fruit : la plupart d'entre eux peine désormais à régler ses factures, les banques alimentaires new-yorkaises étant confrontées à un afflux inédit de nouveaux venus. 

Les propriétaires touchés par ricochet

On estime à 5,4 millions le nombre de locataires à New York, ce qui représente les deux tiers de la population. Et si 40% d'entre eux ne peuvent payer leur loyer, alors, mathématiquement, nombre de propriétaires, surtout ceux dont les marges sont peu élevées, seront confrontés aux mêmes soucis avec leurs factures. 

Christopher Athineos, dont la famille possède neuf immeubles à Brooklyn, où vivent environ 150 locataires, confie au journal : "J'essaye de ne pas paniquer. De toute ma vie, et même de celles de mes parents et mes grands-parents, on n'a jamais rien vu de tel." Conscient du problème, le gouverneur de l'Etat de New York, Andrew Mark Cuomo, a décrété un moratoire de 90 jours pour empêcher légalement toute expulsion de ceux ne pouvant pas payer. 

J'ai la chance de faire partie de ceux qui gagnent encore un petit quelque chose, et d'avoir un propriétaire compréhensif, mais je dois lutter pour trouver un moyen de survivre.- Lauren, actrice et enseignante new-yorkaise

Il n'empêche : ces loyers devront bien être payés, passée cette période. Ces locataires doivent donc trouver un accord avec leurs propriétaires, sur la base d'un plan de paiement les autorisant à s'acquitter, dans un premier temps, seulement d'une partie de ce qu'ils doivent. L'idée étant que ceux qui peuvent payer le fassent dans une certaine mesure, en attendant que ceux qui ne le peuvent pas retrouvent leur emploi. C'est, du moins, la solution avancée par la Legal Aid Society, qui propose des services juridique aux plus précaires.

Le New York Times cite, à titre d'exemple, le cas de Lauren, actrice et enseignante, qui devra régler 500 dollars sur son loyer de 2400 dollars ce mercredi, puis au moins 200 dollars en mai, faute de meilleure visibilité. "Si New York est en pause, nos loyers doivent l'être aussi", argue-t-elle dans les colonnes du journal. "J'ai la chance de faire partie de ceux qui gagnent encore un petit quelque chose, et d'avoir un propriétaire compréhensif, mais je dois lutter pour trouver un moyen de survivre."

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Selon la Rent Stabilization Association, représentant quelque 25.000 propriétaires new-yorkais, tout est désormais réuni pour un krach immobilier. Elle parle d'un effet domino inévitable, de propriétaires risquant de ne plus pouvoir payer eau et électricité, et pire encore le mois de mai venu, quand les moyens des locataires auront encore diminué...

Le Community Housing Improvement Program (CHIP) qui représente 4000 propriétaires, craint déjà "des conséquences dévastatrices", affirmant qu'"aucune banque ne voudra aider". Il évoque ceux qui louent des commerces ou des restaurants. "Il y a un fardeau de responsabilité financière qui finira bien par tomber sur quelqu'un", insiste-t-il. "Et il ne serait pas juste que ce soit sur les propriétaires." Lesquels devront s'acquitter de leur impôt le plus élevé, la taxe foncière, au 1er juillet.

"Un problème de classe et de race"

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Cette taxe foncière, souligne le quotidien new-yorkais, représente environ 30% des revenus de la ville, ce qui contribue à payer les services municipaux les plus basiques. Ceux-ci sont ainsi directement menacés. Et il s'agirait donc, en peu de mots, de privilégier tout crédit à toute faillite. Pour l'heure, les aides fédérales se concentrent surtout sur les propriétaires, avec une aide de deux milliards de dollars, se limitant à des cas spécifiques d'hypothèques ou de dépôts de garantie. 

Alexandria Ocasio-Cortez, représentante du 14ᵉ district de New York à la Chambre des représentants des États-Unis, s'en est ému dans une interview à WNYC : "Le simple promesse aux locataires qu’ils ne seront pas expulsés ne suffit pas. Parce qu'ils (l'administration Trump) créent un problème de classe et de race, en offrant un traitement préférentiel aux gens plus riches."

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