Utilisation de la chloroquine : la Suède fait-elle machine arrière ?

L'usage de la chloroquine est désormais réservé aux essais thérapeutiques en Suède.
International

À LA LOUPE – Au cœur de débats enflammés en France, la chloroquine fait l'objet de controverses au-delà de nos frontières. Ainsi, la Suède préconiserait désormais de ne plus y avoir recours, si l'on en croit des publications d'internautes. Qu'en est-il en détail ?

Le débat et les questions demeurent. Interrogé ce mardi sur la chloroquine, le ministre de la Santé Olivier Véran a indiqué que des "dizaines de protocoles cliniques" étaient en cours pour tenter d'évaluer l'efficacité de la molécule et d'un de ses dérivés - l'hydroxychloroquine - dans le traitement du Covid-19. Des tests qui n'ont pour le moment par permis d'observer un "effet statistiquement significatif" de ces molécules, a précisé le ministre. Il n'est donc pour l'instant pas recommandé, en l'absence des résultats fiables et probants, d'en généraliser l'utilisation à travers l'hexagone. 

Dans ce contexte, les regards se portent également sur les retours d'expérience dans autres pays. La Suède, par exemple, serait aujourd'hui revenue en arrière et arrêterait les traitements impliquant la chloroquine. Cette information a été notamment relayée sur Twitter par le compte "@Conflits_fr", plusieurs fois épinglé pour avoir partagé des fake news. Il renvoie ici à un média suédois, Expressen, qui évoquerait des "effets secondaires graves" chez des patients. Mais qu'en est-il vraiment des essais menés chez les Scandinaves ? S'agit-il d'un rétropédalage en règle ?

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L'article du quotidien Expressen vers lequel renvoie cette publication évoque le cas d'un quadragénaire, Carl Sydenhag, traité à Stockholm après avoir contracté le Covid-19. Il indique avoir été atteint de crampes, ressenti des maux de tête et souffert d'une réduction de sa vision périphérique. 

Pris en charge le 23 mars au Södersjukhuset, l'un des principaux hôpitaux de Stockholm, on lui avait administré, explique-t-il, des antibiotiques en intraveineuse et de la chloroquine, dispensée à raison de deux comprimés le matin, deux le soir. De là, sa situation aurait empiré. Ce patient rapporte qu'il a appelé un centre anti-poison, lequel lui a indiqué que la dose prescrite était trop élevée. Décision a alors été prise de stopper ce traitement.

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Si les quantités n'étaient, semble-t-il, pas adaptées dans le cas de Carl Sydenhag, il n'est pas le seul à avoir fait face à des effets secondaires importants. Parmi les risques majeurs encourus, les autorités suédoises mettent en avant l'arythmie cardiaque, ainsi que de troubles gastro-intestinaux et cutanés. 

Malgré une pression importante d'une partie de l'opinion en faveur de l'usage de la chloroquine, l'Agence suédoise du médicament a souhaité en limiter l'utilisation et a diffusé un communiqué le 2 avril. Un message dans lequel elle appelle à réserver ces molécules aux seuls essais cliniques, dans l'attente de résultats plus poussés et de retours d'expériences dignes de ce nom. Dans la même veine, le Uppsala Monitoring Center, institution chargée de la surveillance des médicaments directement liée à l'OMS, a lui aussi récemment mis en garde contre l'utilisation de la molécule, notamment en automédication.

Ces recommandations visent à protéger les patients, mais aussi à garantir un accès à la chloroquine pour soigner les pathologies contre lesquelles elle est d'ordinaire prescrite, que ce soit le paludisme ou encore le lupus. Une ruée sur cette molécule pourrait en effet entraîner des ruptures et stock et d'approvisionnement et perturber des traitements mis en place bien avant le Covid-19.

Un appel à la prudence

Avant la prise de position claire de l'Agence du médicament, une série d'établissements hospitaliers suédois avaient déjà pris le parti de ne pas recourir à la chloroquine. Des décisions motivées par le manques de résultats observés, les risques d'effets secondaires graves, ainsi que par le peu de recul concernant les études.   

"Nous avons fait comme tout le monde et avons, au début, donné de la chloroquine aux patients", explique Magnus Gisslén, spécialiste des maladies infectieuses à l'hôpital Sahlgrenska, interrogé par le Göteborgs-Posten. Néanmoins, poursuit-il, "on a commencé à avoir des signalements quant à de possibles effets secondaires finalement plus graves que ce que nous imaginions au départ". Des signaux qui ont incité à a prudence, d'autant que les résultats revendiqués en France par Didier Raoult peinent à convaincre les experts scandinaves. Ces expérimentations, assure le Pr Gisslén, "ne répondent à aucune des exigences que nous imposons sur la manière de conduire des études".

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Dans cet article, le médecin ne se montre cependant pas hostile à une utilisation de la chloroquine à l'avenir, à condition que des essais cliniques viennent certifier son intérêt. Il estime pour autant qu'y avoir eu recours sans conclusions scientifiques faisant l'objet d'un véritable consensus a pu s'avérer prématuré et peu judicieux. "Avec le recul, je regrette que nous l'ayons fait. Nous étions un peu naïfs et pensions que les effets secondaires étaient bien plus doux. J'ai changé d'avis et j'espère que le reste du pays aussi."

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