Coronavirus : aux Etats-Unis, davantage de nouveaux chômeurs que l'ensemble des salariés du privé en France

Coronavirus : aux Etats-Unis, davantage de nouveaux chômeurs que l'ensemble des salariés du privé en France
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DÉCRYPTAGE - Plus de 26 millions de personnes ont perdu leur emploi en cinq semaines aux Etats-Unis, où l'épidémie de Covid-19 a mis à terre l'économie. Un chiffre sans précédent que nous aide à comprendre Nicole Bacharan, historienne et spécialiste du pays.

Des files d'attente interminables de centaines de chômeurs patientant pour récupérer un peu de nourriture gratuite : depuis plusieurs jours, ces images filmées par hélicoptères tournent en boucle sur les chaines d'information américaines. Et illustrent l'ampleur du désastre économique qui, en parallèle de la crise sanitaire, se joue aux Etats-Unis. Les chiffres donnent le tournis : en cinq semaines, plus de 26 millions de personnes - soit plus que l'ensemble des salariés du secteur privé en France - ont demandé une allocation chômage pour la première fois. Du jamais vu dans le pays où, il y a encore quelques semaines, l'emploi affichait une santé insolente.

Au début du mois de mars, le taux de chômage était en effet de 3,5% aux Etats-Unis. Du jamais-vu depuis… 50 ans. Las, en quatre semaines, celui-ci est désormais autour des 15%. Des chiffres qui, selon la directrice du FMI Kristalina Georgieva, évoque ni plus ni moins que la Grande Dépression de 1929. A titre de comparaison, l'économie américaine s'est séparée en un mois d'un nombre d'employés identique à l'ensemble des salariés du secteur privé en France (19,6 millions selon l'Insee).

"Quand on veut se séparer d'un salarié, il suffit de lui dire"

"C'est l'une des particularités du système américain : on peut licencier les gens du jour au lendemain", explique à LCI Nicole Bacharan. Selon cette spécialiste des Etats-Unis, il n'y a en effet "pas vraiment de procédures" : "Quand on veut se séparer d'un salarié, il suffit de lui dire. Et il part le jour même. C'est ce qui s'est passé pour ceux qui viennent de s'inscrire au chômage." 

Selon cette historienne, il s'agit là d'un fondement du système américain : "Celui-ci est basé sur l'idée qu'il est facile d'embaucher. Mais pour que cela soit le cas, il doit être facile de débaucher, afin que les employeurs n'hésitent pas à recruter. Cela marche très bien quand l'économie tourne à fond, les gens peuvent trouver un emploi dans la semaine et le quitter s'ils ne sont pas satisfaits. Mais cela explique aussi pourquoi il y a autant de gens au chômage d'un coup."

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La semaine passée, ce sont 4,42 millions de personnes qui sont venues s'ajouter aux statistiques de nouveaux demandeurs d'allocation chômage. Un tel niveau de nouveaux dossiers a submergé les services. Aux Etats-Unis, l'allocation chômage est gérée et distribuée par chacun des 50 Etats qui composent le pays. Ceux-ci ont leur propre politique, mais suivent les directives de Washington, qui leur verse une somme basée, en partie, sur le taux de chômage. 

Problème : les élus des Etats au Congrès négligent souvent l'administration fédérale en charge du chômage, provoquant des couacs informatiques et autres déconvenues administratives. En Floride, des gens ont ainsi fait la queue dans leur voiture pendant des heures pour recevoir un formulaire papier pour demander le chômage. Le site internet n'avait pas supporté l'afflux de demandes…

"Un deuxième, voire un troisième plan de soutien à prévoir"

Les nouveaux chômeurs pourront également compter sur 600 dollars supplémentaires chaque semaine pendant quatre mois, comme promis par le plan de relance de l'économie de 2200 milliards de dollars négocié fin mars entre l'administration Trump et le Congrès. Cela suffira-t-il ? Rien n'est moins sûr, estime Nicole Bacharan. "Ce plan de stabilisation sera suivi d'un deuxième, voire un troisième. De l'avis des démocrates comme des républicains, on trouve que Trump a réagi assez promptement concernant l'économie. Domaine auquel il est plus sensible que les questions sanitaires. Mais cela ne sera pas suffisant." 

A en croire l'historienne, difficile pour les américains engloutis par la crise de s'appuyer sur les finances de l'Etat car "ils n'ont plus d'argent. Tout a été englouti dans les équipements sanitaires, l'aménagement des hôpitaux."

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Sans surprise, la crise sanitaire et économique qui secoue le pays aura des conséquences sur l'élection présidentielle qui, tant bien que mal, se joue ces jours-ci aux quatre coins du pays. Le démocrate Joe Biden confiné à domicile, Donald Trump bénéficie-t-il d'un boulevard pour prolonger son mandat à la Maison Blanche ? Pas forcément, dixit Nicole Bacharan. "Avant l'épidémie, son point fort était l'économie. S'il apparaît comme celui qui a été capable de maîtriser la relance dans une période aussi inédite, ce sera bon pour lui. Autrement, cela sera très compliqué. Surtout car, sur le plan sanitaire et humain, Donald Trump ne ressortira pas grandi de cette épreuve."

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