Coronavirus : comment le Brésil de Jair Bolsonaro s'est enfoncé dans la crise

Jair Bolsonaro a pris un bain de foule et enlevé son masque
International

CRISE - Le Brésil est désormais le troisième pays le plus endeuillé du monde, avec plus de 34.000 morts. Un bilan dramatique qui s'explique notamment par une prise de conscience tardive. En particulier au sommet de l'Etat.

Plus de 34.000 décès, un siège de ministre de la Santé vacant depuis trois semaines et un président aux abonnés absents : le coronavirus frappe de plein fouet le Brésil, devenu l'épicentre de l'épidémie. Pour tenter d'endiguer l'expansion de cette dernière, les autorités multiplient les couvre-feux aux quatre coins de ce pays. Las, aucune politique n'a été mise en place au niveau national. Et les mesures prises sont (beaucoup) moins strictes que celles observées en Europe ou chez le voisin argentin. Comment le pays en est-il arrivé là ? Retour sur trois mois de déni épidémique.

Fin février : "une grippe à surmonter"

C'est par le Brésil que le Covid-19 a fait son entrée en Amérique latine, après la détection d'un premier cas sur un patient de Sao Paulo (sud-est) ayant séjourné en Italie. Hasard (triste) du calendrier, le pays enchaîne alors les festivités autour de son célèbre carnaval, dépassant le million de personnes dans des rassemblements où la proximité physique est omniprésente. "Tout ira bien. Rien ne peut arrêter la fête !", estime alors, bravache Gabriel Soltino, membre d'un groupe carnavalesque.  

Même sérénité du côté des autorités : "C'est encore une grippe que l'humanité va devoir surmonter", lance le ministre de la Santé. Lequel ajoute : "Comme avec tout virus, c'est la réactivité qui est la plus efficace." Une réactivité que le Brésil va pourtant avoir du mal à mettre en œuvre.

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Fin mars : un premier cas alors que la fête bat son plein

Quatre semaines après la fin du carnaval, l'heure n'est plus à la rigolade. Au 29 mars, le Covid-19 a infecté 3.904 personnes et fait 101 morts. Devant les médias, le ministre de la Santé Luiz Henrique Mandetta souligne l'importance du confinement pour combattre la pandémie. Mais moins de 24h plus tard, Jair Bolsonaro vient lui couper l'herbe sous le pied : dans des vidéos publiées sur Twitter, on peut voir le président brésilien se déplacer à la rencontre d'habitants, de commerçants et de sympathisants dans les rues de Brasilia ou à l'extérieur de la résidence présidentielle. Rien de surprenant : depuis le début de la crise sanitaire, l'homme fort du pays ne cesse de minimiser la dangerosité du virus.

Quelques jours avant, Jair Bolsonaro avait déjà qualifié celui-ci de "petit grippe", critiquant les mesures de restrictions mises en place dans différents Etats par les autorités locales. "Les autorités de certains Etats et municipalités doivent renoncer au concept de la terre brûlée : l'interdiction des transports, la fermeture des commerces et le confinement massif", estime-t-il le 25 mars. Facebook, Instagram et Twitter décident alors de supprimer les vidéos, estimant qu'elles envoyaient le mauvais message sur l'épidémie de coronavirus. Plusieurs ministres importants du gouvernement Bolsonaro se montrent, eux, en faveur du confinement.

Début avril : un (léger) revirement au sommet du pouvoir

Changement de ton. Alors que quelque 201 personnes ont succombé au virus et que le pic de l'épidémie est attendu fin avril, Jair Bolsonaro admet que l'épidémie constitue "le plus grand défi" posé à sa génération. Pour autant, il n'oublie pas de soigner l'économie du pays :  "Nous avons une mission, sauver des vies sans oublier les emplois", assure le président dans un discours, lequel est accueilli par des concerts de casseroles dans les grandes villes du pays. Sa popularité prend encore un coup quelques heures plus tard, quand Jair Bolsonaro diffuse une fake news sur Twitter. On y voit une pénurie alimentaire sur un marché de gros, soi-disant causée par le confinement dû à l'épidémie de coronavirus. 

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Le ministère de la Santé ne cache pas son inquiétude et reconnait manquer de respirateurs, de lits de soins intensifs, de personnels et d'équipements de protections. A la mi-avril, certains hôpitaux saturent. Le bilan officiel fait alors état de plus de 25.000 cas confirmés et 1.532 décès. Mais la plupart des spécialistes considèrent ces chiffres largement sous-estimés, le Brésil étant un des pays les moins actifs en termes de dépistage. L'Etat d'Amazonas est sous l'eau : la seule unité de soins intensifs ne dispose que de 50 lits, pour un territoire grand comme quatre fois l'Allemagne. Alors que la crise s'accentue, Jair Bolsonaro limoge son ministre de la Santé, Luiz Henrique Mandetta ne cessant de tirer la sonnette d'alarme.

Début mai : la crise s'aggrave, Bolsonaro fait du jet-ski

Début mai, le Brésil a franchi le seuil des 10.000 morts. Pendant ce temps, le président Jair Bolsonaro fait du jet-ski sur un lac de Brasilia, selon le site internet d'information Metropoles. Malgré son apparente décontraction, le pays s'enfonce dans la crise : le gouverneur de l'Etat de Sao Paulo, le plus touché, annonce la prolongation du confinement jusqu'au 31 mai. Au gouvernement, le nouveau ministre de la Santé claque la porte après seulement quatre semaines. 

En cause : les désaccords avec la présidence. Son successeur fait alors le pari de la chloroquine, "remède miracle" selon Jair Bolsonaro, lequel révèle garder en réserve "une petite boîte" de comprimés de chloroquine au cas où sa mère de 93 ans en aurait besoin.

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L'Amérique latine, nouvel épicentre de l'épidémie

Début juin : la popularité de Bolsonaro en chute libre

Un triste record. Le Brésil, qui compte 212 millions d'habitants, devient derrière les Etats-Unis et le Royaume-Uni, le troisième pays le plus endeuillé au monde. Et pour les spécialistes, les chiffres officiels sont largement sous-évalués. De quoi ternir l'image de Jair Bolsonaro, dont la côte de popularité est en chute libre. 

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Pas de quoi affaiblir son moral cependant : le dimanche 1er juin, il s'offre un bain de foule à Brasilia parmi ses partisans. Au total, plus de 34.000 personnes y sont mortes du coronavirus.

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