Coronavirus : comment, en Italie, la mafia profite de la crise sanitaire

Coronavirus : comment, en Italie, la mafia profite de la crise sanitaire
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CRIMINALITÉ - En Italie, la mafia distribue de la nourriture aux familles des régions les plus pauvres du pays, qui rencontrent des problèmes financiers à cause du confinement mis en place pour lutter contre le coronavirus.

Alors que l'Italie lutte pour rétablir son économie, la mafia se charge du soutien local. Le groupe criminel distribue gratuitement de la nourriture aux familles pauvres, selon le procureur national de l'antimafia et de l'antiterrorisme italien, Federico Cafiero De Raho. Dans un entretien à La Reppublica, il alerte sur la tactique insidieuse de ce groupe pour qui la crise sanitaire est une réelle aubaine.

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Car l'heure n'est plus au chant dans la péninsule. La crise sanitaire est arrivée avec une crise économique. Entre les personnes qui commencent à protester contre la réponse gouvernementale, la colère devant des guichets de banque ou les vols et intimidations dans des supermarchés, la colère monte en Italie. Au plus grand bonheur de la mafia. Au milieu de cette agitation, le Premier ministre, Giuseppe Conte, a tenu à venir en aide à la population, d'abord en créant un fonds de solidarité de 4,3 milliards d'euros pour toutes les municipalités, puis en mettant 400 millions d'euros supplémentaires pour des coupons alimentaires. Une première depuis la Seconde guerre mondiale.

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Une aide insuffisante selon certains. Et qui arrive tardivement, notamment dans le sud de l'Italie, où une autre organisation a décidé de s'occuper de la population. "Nous avons des preuves qu'en Campanie, par exemple, la Camorra distribue des biens alimentaires aux familles en difficulté", a ainsi admis à La Reppublica le procureur national antimafia et antiterrorisme italien. "Elle a commencé à le faire bien avant le gouvernement."

Une stratégie très insidieuse, qui consiste tout d'abord à distribuer gratuitement des bons ou à livrer des produits de première nécessité, comme des pâtes, de l'eau, de la farine et du lait, sans rien demander en retour. "Aux yeux de la population, un mafieux qui frappe à la porte pour offrir de la nourriture gratuite est un héros", souligne ainsi Nicola Gratteri, un enquêteur de l'antimafia, auprès du Guardian. Et de poursuivre sa réflexion: "Ce même mafieux sait qu'il pourra compter sur le soutien de ces familles lorsque les temps viendront."

Un groupe qui s'infiltre dans l'économie

C'est ce dernier point qui inquiète le plus les autorités. Dans le principal quotidien italien, Federico Cafiero De Raho est allé encore plus loin, estimant que le gang pourrait venir en aide aux petites entreprises aujourd'hui pour ensuite les utiliser dans des activités de blanchiment d'argent. "Les clans vont exploiter l'urgence pour dévorer l'économie", a-t-il lâché, fataliste, dans cet entretien.

Un point que relève aussi l'auteur du livre Gomorra sur la Camorra, la mafia napolitaine. "Les groupes mafieux cherchent à s'accaparer d'affaires en difficulté, ce pays espérant recevoir des financements européens pour faire face à la crise économique", a par exemple expliqué devant la presse Roberto Saviano. "Les entreprises qui en seront victimes se retrouveront alors avec de nouveaux partenaires ayant des liens avec ces organisations criminelles."

Il n'y a pas de crise qui ne soit pas une grande opportunité pour la mafia- Federico Cafiero De Raho, procureur national antimafia

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C'est pourquoi tout le monde s'accorde à dire qu'il faudra que l'Etat aide rapidement les communes les plus pauvres à venir au secours de leur population. "Les mafias naissent en réalisant des services. Elles prolifèrent là où l'État n'est pas là, est en retard, ou a du mal à faire son travail", a rappelé le procureur national antimafia.

Un appel au secours lancé par les élus locaux. Si le maire de Naples assure à l'AFP que sa ville tient, il s'inquiète de ces criminels qui "ont de l'argent, ne sont pas embarrassés par la bureaucratie et savent à quelle porte frapper, ils sont très rapides, efficaces et concrets". Auprès de l'agence, le message de Luigi de Magistris est clair : "C'est une course". "S'ils arrivent en premier, nous risquons la contagion criminelle."

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