Coronavirus : la Suède a-t-elle contré le variant sans confinement ?

Coronavirus : la Suède a-t-elle contré le variant sans confinement ?

STRATÉGIE - Face à l'éventualité d'un troisième confinement, des voix s'élèvent pour défendre le modèle suédois qui permettrait d'endiguer la seconde vague de l'épidémie de coronavirus sans aucune mesure. Sauf que les choses ne sont pas si simples.

Confinement le week-end, mesures "serrées", plus "souples" ou maintien du cadre actuel. Les scénarios envisagés par l'exécutif pour lutter contre l'épidémie de coronavirus sont nombreux. Mais aucun d'entre eux n'envisage l'inertie. Pourtant, certains internautes pensent savoir que c'est la voie à suivre. Pour la défendre, l'un d'entre eux cite la Suède. Graphique à appui, il observe une "chute radicale des cas" dans le pays, estimant qu'elle s'est faite "sans confinement, sans bars et sans restaurants fermés". "Confiner ne sert à rien !", appuie un autre, ce mercredi 27 janvier, se demandant si les autorités sanitaires sont "stupides" ou si elles "poursuivent" simplement "un autre but ", défendant la théorie complotiste selon laquelle l'épidémie serait créée de toute pièce. Alors la Suède a-t-elle trouvé la formule magique contre le coronavirus? Nous avons passé ce fantasme au crible. 

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Pas de confinement, vraiment?

Défendue également par Florian Philipot, cette théorie s'appuie sur l'idée selon laquelle il n'y aurait pas de confinement en Suède. Si l'on prend le sens français du terme, c'est vrai. Mais le pays a tout de même des mesures restrictives. Dont certains plus sévères qu'en France. Par exemple, comme l'explique la presse locale, la quasi-totalité des collèges, lycées et des universités ont fermé leurs classes et ne fonctionnent qu'à distance, bien que cette règle n'ait pas de caractère obligatoire. Pour les collèges et les lycées, c'est au directeur de l'établissement de décider s'il veut proposer un enseignement en ligne ou in situ. Dans les faits, une enquête de l'Agence nationale pour l'éducation a montré que les deux tiers des collèges avaient opté pour le distanciel. Pour les lycées, ils sont principalement fermés. 

De plus, comme en France, la majorité des événements publics sont annulés étant donné que les rassemblements de plus de huit personnes sont interdits. Les parcs d'attraction et les théâtres sont fermés, ainsi que la majorité des cinémas. Certains ont toutefois opté pour garder leurs guichets ouverts, tout en mettant en place les règles applicables aux commerces, en faisant respecter des distances sanitaires. Idem pour les musées.

Au-delà de ces mesures, le pays a surtout prononcé une longue série de recommandations. Par exemple, si le port du masque n'est pas obligatoire dans les transports, il est hautement recommandé aux heures de pointe. Si certains y voient une approche de responsabilisation", y opposant celle, française, décrite par certains comme de "l'infantilisation", les choses sont en réalité plus complexes. Le pays ne confine pas tout simplement car il n'a pas le bon arsenal juridique. Ce n'est que depuis la mi-janvier, après des mois de tractation, que le parlement a pu voter une loi permettant au gouvernement de fermer certains lieux publics, comme les salles de sport ou les commerces. Preuve que le pays comprend l'importance de disposer de restrictions légales dans la lutte contre le virus.

Autre "recommandation", celle de tout simplement rester à la maison et travailler à domicile, en évitant les transports en commun. Une consigne qui a un réel impact. Prenons l'exemple des transports, grâce à Citymapper, une application de déplacements urbains et calculs d'itinéraires. À Paris, alors que la fréquentation était quasi inexistante pendant les deux confinements (5% lors du premier et 25% lors du deuxième), elle est à chaque fois revenue à de hauts niveaux une fois les restrictions levées. Atteignant 90% de ses capacités à la rentrée et dorénavant la moitié de la normale. Au contraire, à Stockholm, sans confinement ni couvre-feu, la fréquentation est systématiquement restée entre 30% et 40%, exceptée lors de la rentrée. Les habitudes sont différentes. 

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Autre chiffre, celui de la fréquentation des restaurants. Les données, disponibles via les rapports de mobilité de Google, montrent qu'en Suède au 24 janvier, la fréquentation des restaurants, cafés et bars a baissé de 31% comparée à une période normale. Un chiffre quasi-similaire à la France, où il y a pourtant un couvre-feu et des fermetures de ces lieux (-41%) mais où certains proposent de la vente à emporter. Comment expliquer ce phénomène ? Tout simplement car les "recommandations" sont respectées, que la distanciation sociale y est imposée - avec une limite maximale de quatre personnes par table - et enfin qu'aucune boisson alcoolisée ne peut être servie après 20h. Même phénomène avec les commerces, dans lesquels les Suédois sont beaucoup moins présents (-17%) que les Français (-2%). Résultat : la fréquentation des lieux de résidence est égale dans les deux pays, selon des données arrêtées au 24 janvier. 

Enfin, il est important de noter que, comme pour certains autres pays Scandinaves, l'aspect insulaire du pays rend plus aisée le contrôle des allées et venues des voyageurs. Et donc permet d'éviter l'entrée de nouveaux variants. S'il est possible de se rendre en Suède depuis la plupart des pays européens, les arrivées depuis le Danemark, la Norvège ou le Royaume-Uni sont particulièrement contrôlées, avec test négatif à l'arrivée et isolement pendant sept jours.

Non, la Suède n'est pas un modèle

Pas de confinement à strictement parler, mais des restrictions. Et autant de comportements qui, comme l'a expliqué Olivier Véran ce jeudi 28 janvier "permettent de limiter la propagation de l'épidémie". De quoi endiguer la deuxième vague et ses variants mieux qu'en France? En réalité, comme nous vous l'expliquions déjà ici, opposer les deux pays, n'a pas de sens. Que ce soit l'âge de la population et son état de santé, la densité, le taux d'urbanisation, ou encore l'accès aux soins, chaque pays est différent. On peut donc au moins tenter de prendre en compte la démographie. Ce n'est évidemment pas le seul critère, mais il permet d'avoir un bon ordre d'idée. Or, avec cet indicateur, on ne peut pas décemment comparer la Suède à la France. L'Île-de-France à elle seule a environ 2 millions d'habitants de plus que toute la Suède. Sur un territoire près de 45 fois plus petit. 

Le mieux est donc de l'évaluer par rapport à ses voisins scandinaves, comme la Finlande ou la Norvège. Avec ces éléments, plus juste, le pays fait vraiment beaucoup moins bien, comme le montre le graphique ci-dessus. Tant en nombre de cas qu'en chiffres de la mortalité. Donc, en dépit de conditions favorables, d'une population qui peut garder ses distances et de la capacité à limiter les arrivées, la Suède fait dix fois moins bien que ses voisins. Et est loin d'être un modèle de réussite. 

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