Coronavirus : pourquoi y a-t-il autant de morts en Italie, l'épicentre de l'épidémie ?

Coronavirus : pourquoi y a-t-il autant de morts en Italie, l'épicentre de l'épidémie ?

ÉPIDÉMIE - L'Italie est le pays qui paye le plus lourd tribut à la pandémie de Covid-19, avec 5.476 morts pour 59.138 cas déplorés dimanche 23 mars. Une catastrophe sanitaire qui s'explique par un ensemble de facteurs.

C'est un funeste bilan qui, au fil des jours, ne cesse de gonfler, illustrant la tragédie qui se déroule actuellement en Italie. Avec 5.476 morts recensés depuis le 21 février, soit un peu plus d'un mois, le pays paie le plus lourd tribut dans la crise sanitaire qui secoue le monde. Un triste record qui s'explique par l'association de plusieurs facteurs. 

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Le fait que l'Italie ait été touchée très tôt par la pandémie, juste après la Chine, est un élément régulièrement avancé par les experts. Ces derniers estiment que le pays a été pris "par surprise", sans avoir le temps de se préparer, contrairement à ses voisins. Les services hospitaliers se sont donc vite retrouvés saturés et les médecins ont dû se mettre à choisir qui soigner, comme en ont témoigné dans les médias plusieurs d'entre eux en Lombardie.

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Une population particulièrement âgée

Les cas les plus graves de coronavirus concernent les personnes âgées ou déjà atteintes d'autres pathologies. Il tue logiquement plus de malades en Italie, pays dont la population est la plus âgée au monde après le Japon, avec une moyenne d'âge de 47,3 ans (cinq ans de plus qu'en France) et où un habitant sur quatre a plus de 65 ans. Selon le bulletin officiel de jeudi, l'Italie dénombre 47.000 cas et 4.000 décès, le taux de létalité du coronavirus (à savoir le nombre de patients décédés par rapport au total de personnes infectées) s'établissant à 8,6%. 

Dans des travaux publiés sur le site du Forum économique mondial, la chercheuse de l'université d'Oxford Jennifer Downd a ainsi relevé une "puissante interaction entre démographie et mortalité pour le Covid-19". Pour lutter contre la pandémie, elle suggère donc de s'assurer "que le virus n'entre pas en contact avec les personnes âgées, pour lesquelles il peut assez facilement s'avérer mortel". Or, en Italie la "famille élargie est l'un des piliers de la société où les grands-parents vont chercher leurs petits-enfants à l'école, les gardent, font peut-être les courses de leurs enfants de 30 à 40 ans, s'exposant dangereusement à la contagion", analyse-t-elle.

Un système sanitaire de qualité… mais sous pression

Le système sanitaire italien est-il suffisamment efficace pour faire face à la situation ? Oui, si l'on en croit une enquête publiée par Bloomberg : en février 2019, l'analyste financier avait classé l'Italie sur la seconde place de son palmarès mondial en la matière. Une seconde place qui doit beaucoup à la Lombardie, une région qui regroupe les meilleures structures sanitaires du pays. Pour autant, cette zone du nord de l'Italie est la plus touchée. Cela s'explique par le nombre sans précédent de malades ayant simultanément besoin de prise en charge en soins intensifs, qui plus est pour une durée moyenne de plusieurs semaines. Dans des conditions aussi critiques, la priorité est donnée aux patients qui ont une plus grande chance de survie, ce qui signifie que la qualité des soins décroît, alors même que le système sanitaire lombard est jugé performant.

En outre, la Lombardie semble payer ces jours-ci la qualité de ses soins. C'est en tout cas l'avis de Giorgio Palù, professeur à l'université de Padoue : "La Lombardie a un système de santé, à la fois public et privé, très efficace. Quand on arrive aux urgences, on n’hésite pas à vous hospitaliser. C’est très différent, par exemple, dans le sud du pays, où de toute manière il n’y a pas suffisamment de lits pour vous accueillir. Or, c’est dans les structures sanitaires que le Sars-Cov-2 se diffuse le plus. Y compris parmi le personnel médical. Les hôpitaux sont des superdiffuseurs du virus."

Un mode de recensement particulier

Selon des experts, ce taux de létalité italien particulièrement élevé s'explique aussi par la politique de dépistage qui, selon le gouvernement, doit être réalisé "seulement sur les personnes symptomatiques". Un choix qui exclut des statistiques les personnes potentiellement positives mais ne présentant pas ou peu de symptômes. Tel n'est pas le cas des pays qui, comme l'Allemagne ou la Corée du Sud, ont opté pour un dépistage large qui a permis de détecter de nombreuses personnes infectées, alors qu’elles ne présentaient presque aucun symptôme. De ce fait, le taux de mortalité a chuté à mesure que le nombre de cas bénins était comptabilisé. Par ailleurs, l'Italie a fait le choix d'intégrer dans le nombre total de décès aussi bien les patients morts du Covid-19 que ceux, positifs au coronavirus, mais morts d'une autre pathologie, une politique qui n'est pas forcément celle d'autres pays.

Des règles de confinement pas toujours respectées

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Selon le décret gouvernemental ordonnant le confinement de l'ensemble du pays le 10 mars, les sorties ne sont autorisées que pour motif professionnel, de santé ou des courses alimentaires. Tout contrevenant encourt jusqu'à trois mois de prison ou 206 euros d'amende. Problème : selon les autorités, de nombreux italiens ont pris à la légère les consignes, bravant les interdits. Dès le weekend du 7-8 mars, des milliers d'entre eux avaient ainsi fui la Lombardie (déjà confinée), direction le sud du pays, prenant le risque de contaminer leurs proches.

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