Coronavirus : la (très) lente prise de conscience de Donald Trump

Coronavirus : la (très) lente prise de conscience de Donald Trump
International

ETATS-UNIS - Le président américain a évoqué ce mardi une période "très douloureuse" à venir pour son pays. Des propos qui contrastent avec ceux qu'il a tenu ces dernières semaines.

Et le "canular" devint un "virus vicieux". Après avoir longtemps minimisé la dangerosité du nouveau coronavirus, Donald Trump a changé son fusil d'épaule ces derniers jours, multipliant les mesures pour tenter d'endiguer l'épidémie sur le sol américain. Las, le temps a visiblement joué en sa défaveur : "Je veux que chaque Américain soit prêt pour les jours difficiles qui nous attendent", a lancé le président mardi d'un ton grave, s'attendant à compter les morts par dizaines de milliers. Un scénario inconcevable pour lui il y a encore quelques semaines.

Retour en arrière, le 28 février. Alors que le virus a déjà fait des ravages en Chine, où l'heure est au confinement, c'est un Donald Trump tempétueux qui se présente en Caroline du Sud pour un meeting. A l'époque, les primaires démocrates agitent le camp Trump, lequel commence à sillonner le pays pour défendre bec et ongles sa candidature pour une réélection à l'automne prochain. "Les démocrates ont politisé le coronavirus, lance alors le président. Un de mes conseillers m'a dit : 'M. le président, ils ont essayé de vous avoir avec la Russie, Russie, Russie.' Ça n'a pas trop marché. Ils n'ont pas réussi. Ils ont essayé la supercherie de l'impeachment. Ils ont tout essayé. Ça, c'est leur nouveau canular."

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"C'est une grippe saisonnière"

Au-delà du conflit avec les démocrates, c'est surtout pour sa tendance à minimiser la crise sanitaire que Donald Trump a commencé à être critiqué. "C'est une grippe saisonnière, c'est comme une grippe saisonnière", déclarait-il le 27 février depuis la salle de presse. Et le 7 mars, lorsqu'un reporter lui a demandé s'il s'inquiétait de la propagation de l'épidémie, le président américain a répondu par la négative : "Pas du tout. On a fait du super boulot." Autre exemple : quand le locataire de la Maison Blanche a laissé entendre début mars qu'un vaccin serait disponible d'ici "trois à quatre mois", l'expert présent devant la presse à ses côtés - le Dr Anthony Fauci, expert mondialement reconnu des maladies infectieuses - a aussitôt freiné les ardeurs présidentielles : "On n'aura pas un vaccin, on commencera les tests sur un vaccin". Et d'ajouter : "Comme je vous l'ai dit M. le président, il faudra un an à un an et demi" avant de distribuer un vaccin efficace et sûr.

Malgré le recadrage de l'expert, le chef de l'Etat – qui répète à qui veut l'entendre qu'il s'agit d'un "virus chinois" - enfonce le clou, quelques jours plus tard. Le 23 mars, évoquant la désormais célèbre hydroxychloroquine sur laquelle planchent des laboratoires américains pour tenter de trouver un vaccin, Donald Trump en est convaincu : ce traitement pourrait être "un don du ciel" capable de "changer la donne". En attendant le verdict des médecins, la substance fait un drame : un homme est décédé le 25 mars après avoir ingéré du phosphate de chloroquine. Cet habitant de l'Arizona avait entendu Donald Trump et a ingurgité une dose trop importante de produit d'entretien d'aquarium qui lui a été fatale. 

Un président "en temps de guerre"

Très en verve au cours de cette conférence de presse, le magnat de l'immobilier va même jusqu'à comparer les victimes du virus à celles… de la circulation. "Les accidents de voiture font beaucoup plus de morts que ce dont nous parlons en ce moment, on ne va pas pour autant interdire aux gens de conduire."

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Malgré ses atermoiements, la Maison Blanche prendra au fil du mois de mars des décisions radicales : le 11, avec l'annonce de la la fermeture des frontières à tous les voyageurs en provenance d'Europe, à l'exception des Américains. Le 13 mars, lorsque Donald Trump a déclaré depuis les jardins de la Maison Blanche l’état d’urgence nationale. Ou encore le 18 mars, lorsqu'il s'est comparé à un président en "temps de guerre". Problème : en soufflant le chaud et le froid, l'ancien homme d'affaires de New York a irrité de nombreux Américains, et ce jusque dans son propre camp. Ce lundi, Mike Francesa, animateur radio et fervent soutien du milliardaire, a exprimé à l'antenne sa vive exaspération. "Passez à l'action, envoyez les équipements là où il y en a besoin et les soldats là où ils sont nécessaires ! Prenez conscience de la gravité de la crise et agissez en conséquence !". 

Le message a visiblement été entendu : Donald Trump s'est présenté à la presse mardi soir, la mine sombre. Avec, derrière lui, des graphiques laissant présager une catastrophe : la maladie pourrait faire entre 100.000 et 240.000 morts dans le pays si les restrictions actuelles sont respectées. "Ce n'est pas une grippe saisonnière", a-t-il lancé depuis le même pupitre devant lequel il avait déclaré le contraire il y a quelques semaines. "C'est (un virus) vicieux".

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