Coronavirus : "Pourquoi j'ai refusé le rapatriement ? Car ma vie est ici"

L'économie chinoise est au ralenti depuis l'extension de l'épidémie de coronavirus. À Pékin, certains habitants n'arrivent plus à subvenir aux besoins de leurs familles.
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Coronavirus : l'épidémie meurtrière qui inquiète la planète

CHINE - Le gouvernement a proposé, "sur la base du volontariat", un dispositif qui permet aux Français de Wuhan "de rentrer en France dans de bonnes conditions et de la manière la plus rapide qui soit". Deux vols ont depuis vendredi rapatrié des Français. Mais tous ne font pas ce choix. C'est le cas de Frédéric que nous avons contacté.

Rentrer en France, très peu pour lui. Depuis huit ans, Frédéric habite à Wuhan, cette vaste ville devenue depuis un mois l'épicentre de l'épidémie de coronavirus qui s'étend tous les jours un peu plus. Ce dernier a déjà provoqué la mort de 361 patients, sur 17.200 cas confirmés en Chine. Pour autant, cet enseignant français, dont l'épouse est originaire de Wuhan et avec laquelle il a eu une petite fille, a fait le choix de rester. Une décision qu'il explique à LCI.

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Pourquoi avez-vous refusé le rapatriement que vous proposent les autorités françaises ?

Il y a deux semaines, nous avons en effet reçu un premier mail pour nous faire connaitre, et recenser tous les membres de ma famille. Puis un second, avec un fichier à remplir si on souhaitait quitter le pays. Ce que nous n'avons pas fait : je vis en Chine depuis sept ans, ma vie est ici. Nous avons décidé de venir ici pour regrouper la famille : quand j'habitais à Lyon, ma mère était à une heure de notre domicile. Dorénavant je peux la voir tous les jours, puisqu'elle habite dans notre immeuble, ici à Wuhan. Et puis, nous avons notre belle-famille sur place, contrairement à avant. 

Dès lors qu'on reste chez nous, qu'on a du ravitaillement, nous n'avons aucune raison de partir. La mise en quarantaine était nécessaire, même si cela a été perçu comme extrême par certains. Mais il fallait le faire, par rapport au nombre d'habitants, pour stopper l'épidémie.

"Le ravitaillement est devenu compliqué"

Comment se déroule le quotidien ? 

Cela fait quelques semaines que je ne travaille plus. Auparavant j'étais enseignant de français dans une université. Ma femme et ma fille de 8 ans, mais aussi mes beaux-parents, restent presque toute la journée à la maison. Personnellement, je sors le temps de faire quelques courses alimentaires. Les magasins sont presque vides, mais il faut savoir que la mise en quarantaine a débuté presque en même temps que le Nouvel An chinois. En temps normal, 70% des magasins sont fermés. Le ravitaillement, déjà complexe, est donc devenu encore plus compliqué. Notamment car, dorénavant, des accès ont été fermés pour certains quartiers : il n'y a plus qu'une voie d'entrée par zone, afin de contrôler les températures, ou les entrées et les sorties. 

Personnellement, j'ai pris la décision de sortir : je fais partie d'un groupe de bénévoles qui ravitaillent les hôpitaux en fournitures. Aujourd'hui, nous avons livré de 10.000 litres de javel, des soupes, des bouteilles d'eau. A l'Union Hospital, nous avons réceptionné du matériel de protection en provenance des Etats-Unis : masques, gants, combinaisons, lunettes de protection… Quand je sors, je mets une combinaison intégrale, des gants, lunettes de protection, masque, je me désinfecte en rentrant. Je ne prends pas des risques.

Comment la population vit-elle cette mise en quarantaine ?

Il y a des personnes plus ou moins stressées dans la rue ; certains s'écartent quand on passe… Dans les hôpitaux, il y a du monde. Mais pas plus qu'en temps normal : il n'y a pas de cabinet de médecin en Chine. Pour se faire soigner, il n'y a que l'hôpital. En ce moment, il y a plus de contrôle à l'entrée mais on ne constate pas un afflux massif. 

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