Coronavirus : pourquoi l’Allemagne s’en sort mieux que ses voisins européens pour le moment

Coronavirus : pourquoi l’Allemagne s’en sort mieux que ses voisins européens pour le moment
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BILAN – Avec 1861 morts du Covid-19 selon le dernier bilan, l’Allemagne résiste pour l’instant à la vague épidémique et s’en sort mieux que ses voisins européens. Tests de dépistage, moyens hospitaliers, fédéralisme… Plusieurs facteurs peuvent expliquer le bilan, qui reste cependant provisoire.

En matière de gestion de l’épidémie due au coronavirus, le modèle allemand est-il à suivre ? S’il est encore tôt pour dresser un bilan figé, tant le virus évolue de manière imprévisible, une chose est sure, le taux de létalité outre-Rhin est bien plus faible qu’ailleurs en Europe. Il est aujourd’hui évalué à 1,3%, tandis qu’en Italie, il était quasiment à 12% début avril, à 8% en Espagne ou à 7% en France.

A tel point que les mesures de confinement mises en place le 22 mars pourraient être levées le 19 avril prochain, a laissé entendre la chancelière Angela Merkel, faisant preuve de prudence malgré tout. C’est donc toute l’Europe qui s’interroge : l’Allemagne fait-elle figure d’exception dans la lutte contre le Covid-19 et si oui, pourquoi ? D’une politique de dépistage massive à une coopération étroite entre les länder, les 16 régions fédérées du pays, on fait le point sur la stratégie allemande. 

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Un objectif de 200.000 tests par jour

A l’instar de la Corée du Sud ou de Taïwan, pays ayant déjà fait les frais d’épidémies venues de Chine, l’Allemagne a rapidement lancé une politique de dépistage massive. D’abord, de toute personne revenant de zones à risques, la Chine, l’Italie ou le Tyrol autrichien, dès la fin janvier. Ensuite, de toute personne présentant des symptômes de Covid-19, même bénins, ou ayant été en contact avec un malade. Aujourd’hui, entre 300.000 et 500.000 tests sont réalisés chaque semaine gratuitement dans les hôpitaux, les cabinets médicaux mais aussi sur les parkings, avec un objectif prochain de 200.000 tests par jour. Cette politique explique que l’Allemagne dénombre plus de 100.000 personnes diagnostiquées positives au Covid-19. 

Grâce à ces tests réalisés en nombre, des mesures de quarantaine ont pu être anticipées. "Dès l’apparition des premiers clusters, comme en Bavière, on a su les confiner pour éviter la propagation du virus", assure Martin Krechting, directeur du centre culturel franco-allemand de Nantes et lui-même de nationalité allemande.

"Des équipes bien organisées et capables de réagir"

Un autre facteur explique la manière dont la crise sanitaire a été prise à bras le corps par le gouvernement fédéral. Celui de l’importance de la recherche scientifique, dont les dépenses continuent d’augmenter, malgré les restrictions budgétaires dans d’autres domaines, explique Olivier Giraud, chercheur au CNRS et spécialiste des politiques publiques allemandes : "Il y a une émulation entre les länder autour d’un système universitaire et de recherche performant. Aujourd’hui, cela porte ses fruits avec des équipes bien organisées et capables de réagir." 

Plus de 90 milliards d’euros sont actuellement dépensées chaque année dans les domaines de la recherche publique et privée, contre 50 milliards d'euros en France, selon le journaliste du Monde David Larousserie au micro de France Culture.

Une capacité de réanimation inégalée en Europe

Avant l’épidémie, l’Allemagne était dotée de 28.000 lits en réanimation, 23.000 de plus que la France, et a rapidement augmenté sa capacité, estimée aujourd’hui à 40.000 lits, dont 30.000 équipés de respirateurs. Cela facilite grandement la prise en charge des malades graves et les hôpitaux ne se trouvent pas débordés : le 31 mars, 45 % des lits étaient vides, d’après le ministre de la Santé Jens Spahn. 

Le domaine de la santé étant dans les attributions des länder, ce sont eux qui gèrent les budgets et équipent les hôpitaux. S’il y a une disparité de richesses sur le territoire, "les länder les plus riches payent pour les länder les plus pauvres", résume Martin Krechting. Résultat, chaque land dispose d’un budget correct pour fournir du matériel aux soignants. 

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Les deux pays ont pourtant connu des réformes affectant les effectifs des hôpitaux, raconte Martin Krechting, s’appuyant sur des chiffres d'Eurostat : "Or, la France est passée de 7,1 en 2007 à 5,98 en 2017 en nombre de lits d'hôpital pour 1000 personnes et l'Allemagne de 8,3 à 8". Outre-Rhin, les médecins officient aussi en plus grand nombre, d’après l’OCDE, avec 4,3 médecins pour 1000 habitants, contre 3,4 médecins en France.

Malgré tout, ces derniers souffrent d’une pénurie de masques, comme c’est le cas dans le monde entier. Et le personnel hospitalier est en sous-effectif, en particulier chez les infirmiers, comme le déplorait le ministre de la Santé en janvier 2019 : "En Allemagne, la population vieillit, et nous avons de plus en plus besoin d'infirmières pour faire face à la demande de soins. Or, nous n'arrivons pas à recruter en Allemagne. C'est donc pour cela qu'on lance des appels à candidatures à l'étranger."

"Identifier, isoler, informer"

Le fédéralisme allemand a aussi permis, selon Martin Krechting, "une coopération importante" dans la réponse apportée face à l’épidémie. Un système qui comporte toutefois ses désavantages, et notamment celui de provoquer une sorte de "cacophonie" dans la mise en place des mesures du confinement, inégales selon les länder : "La Sare et la Bavière ont instauré un confinement proche de celui de la France, tandis qu’ailleurs, les mesures sont moins strictes".

Cette coopération semble en tout cas avoir fonctionné en fin de compte, puisque dès la fin du mois de février, le gouvernement fédéral et les länder s’étaient mis d’accord sur une doctrine commune, dite "des trois I", explique Olivier Giraud, consistant à "identifier, isoler, informer". 

Une appréhension différente de l'épidémie

Si une telle doctrine a pu être consolidée un mois après le premier cas de contamination sur le territoire, en Bavière le 27 janvier, c’est que "la machine publique a été activée plus tôt" qu’ailleurs en Europe. "A regarder la chronologie des débats allemands, je dirais qu’ils ont eu deux à trois semaines d’avance" sur les Français, estime Olivier Giraud. Une anticipation de la crise sanitaire qui a permis au gouvernement fédéral de programmer "des réunions de crise au sommet de l’Etat dès la mi-février" ou bien de "diffuser des plans épidémiques."

La France, elle, "avait la tête ailleurs avant l’épidémie", estime Martin Krechting : réforme des retraites, changement de ministre à la Santé, élections municipales… Le calendrier n’aurait pas été celui de l’inquiétude concernant ce lointain virus qui se propageait en Chine. 

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Selon lui, la crise semble être bien gérée outre-Rhin grâce à la figure de la chancelière, dont la cote de popularité s’établit aujourd’hui à 79 %, selon un sondage de la télévision publique ZDF : "Angela Merkel est une scientifique à la tête de l’Etat, avec une gestion calme de la situation." En s’isolant après avoir été en contact avec un médecin diagnostiqué positif, la chancelière aurait ainsi montré le "bon exemple" malgré elle dans la conduite à adopter pendant le confinement, présume Martin Krechting.

Une stratégie différente a été adoptée par les deux alliés européens, ainsi qu’une communication de crise, diamétralement opposée. "La confiance dans les acteurs politiques s’érode en France car on mélange le discours émotionnel et rationnel", juge Olivier Giraud. "Merkel n’est pas venue à la télévision faire son mea culpa sur le manque de masques. Se distancer de l’émotion lui évite de s’engager."

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