Coronavirus : pourquoi le taux de mortalité annoncé doit être considéré avec prudence

Coronavirus : pourquoi le taux de mortalité   annoncé doit être considéré avec prudence
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CHIFFRES - Près de 10.000 personnes ont été contaminées par le coronavirus venu de Chine depuis le début de l'épidémie, et 213 malades en sont décédés. Le taux de mortalité est estimé à 3% par les scientifiques. Mais qu'est-ce que cela signifie ?

Déjà 213 personnes sont décédées ce vendredi 31 janvier suite à leur contamination au "2019-nCov", nom donné par les scientifiques au coronavirus venu de Chine. 213 victimes pour près de 10.000 contaminés à l'échelle internationale. Si le taux de mortalité de cette épidémie est actuellement estimé à 3%, les données évoluent vite.

Une méthode de calcul inadaptée à une épidémie en cours

"Le taux de mortalité d'une épidémie se calcule en comptant le rapport du nombre de morts, sur le nombre total de cas confirmés positifs par un test diagnostic", explique Jean Dubuisson, responsable du pôle virologie du Centre d'infection et d'immunité de Lille. Une méthode de calcul sur laquelle s'accordent les scientifiques internationaux, mais dont l'utilité est limitée lorsque l'épidémie est toujours en cours. 

En effet, le taux de mortalité étant corrélé au nombre de contaminés et au nombre de morts, en constante évolution dans le cas d'une épidémie débutante comme celle du 2019-nCoV, "le taux de mortalité ne peut pas être donné avec une grande précision", explique le scientifique. Le calcul peut seulement être fait à un temps donné. Au tout début de l'épidémie, le taux de mortalité de ce nouveau virus était estimé à 2%, puis a été récemment corrigé à 3%.

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Un taux de mortalité plus précis dans quelques semaines

"Cependant, le nombre de cas déclarés inclut des individus qui viennent tout juste de contracter la maladie et parmi eux, un certain nombre risquent de décéder. On pourrait donc s'attendre à un taux de mortalité un peu plus élevé que les chiffres avancés actuellement", concède Jean Dubuisson. "D'un autre côté, on ne peut pas exclure la présence de cas asymptomatiques ou peu symptomatiques qui ne seraient pas détectés. Si tel était le cas, on pourrait revoir à la baisse le taux de mortalité". Seule solution pour avoir plus de précision : attendre.

Attendre le pic de l'épidémie, lorsque le nombre de cas de contamination cessera de croître. Lorsque les scientifiques auront des données stables, il leur suffira de comparer le nombre de morts au nombre de guéris "pour calculer de façon plus précise le taux de mortalité", précise Jean Dubuisson. A ce moment-là, attendu dans quelques semaines voire quelques mois, le chiffre pourrait grandement évoluer.

Sras, Mers, grippe : un chiffre à remettre en perspective

Les coronavirus (CoV) ont provoqué trois grosses épidémies dans la dernière décennie. La première était due au syndrome respiratoire aigu sévère (Sras-CoV). Parti de Chine fin 2002, le virus avait contaminé 8096 personnes et fait 774 morts, ce qui correspond à un taux de mortalité global de 15%, selon les chiffres de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

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La seconde épidémie était due au syndrome respiratoire du Moyen-Orient (Mers-CoV). Depuis 2018, elle a touché 1219 personnes et en a tué 449, selon l'Institut Pasteur. Le taux de mortalité du Mers était ainsi estimé à 35%. Selon le chercheur du Centre d'infection et d'immunité de Lille, "les estimations actuelles indiqueraient que le 2019-nCoV serait moins pathogène que le SRAS et beaucoup moins que le MERS".

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Par ailleurs, alors que toute l'attention se porte sur le virus venu de Chine, 22 personnes sont mortes en France de la banale grippe saisonnière depuis le mois de novembre. Selon les chiffres hebdomadaires, l'agence sanitaire Santé publique France, cette épidémie-là est en pleine expansion : "244 cas graves de grippe ont été signalés" et admis en réanimation cet hiver.

Même si la grippe n'est pas causée par un coronavirus, les deux épidémies ont beaucoup été mis en comparaison depuis le début de cette crise, notamment parce que les personnes contaminées présentent les mêmes symptômes. En France, bien qu'on ne puisse pas prédire la sévérité d’une épidémie, la banale grippe saisonnière touche 2 à 8 millions de personnes chaque année. Elle est ainsi responsable de 10.000 à 15.000 décès chaque année, principalement chez les sujets fragiles. Au niveau mondial, le nombre de morts annuels est estimé par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) entre 290.000 et 650.000.

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