Corruption, justice sociale... : pourquoi les Marocains manifestent depuis plusieurs mois

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TENSIONS - Alors Emmanuel Macron se rend sur place mercredi et jeudi pour rencontrer le roi Mohammed VI, le Maroc est confronté à une vague de manifestations jamais vue depuis des années. D'abord cantonné au nord du pays, ce mouvement, qui réclame notamment plus de justice sociale, s'est étendu à la capitale.

Pour son premier déplacement au Maghreb, Emmanuel Macron a choisi le Maroc. Une visite "personnelle" à l'invitation du roi Mohammed VI, dixit l'Élysée. Le chef de l'Etat, qui restera deux jours sur place, arrivera ce mercredi dans un pays qui vit une crise sans précédent.


Depuis octobre 2016, le Maroc connaît en effet un mouvement social de grande ampleur né dans le Rif, au nord du pays. Baptisé "Hirak" ("La mouvance"), ce mouvement a atteint, dimanche, pour la première fois, la capitale Rabat, où au moins 12.000 personnes ont défilé. Un record depuis les manifestations du "printemps arabe" en 2011.

Affrontements avec la police

L'étincelle qui a mis le feu aux poudres, c'est la mort de Mohcine Fikri, un vendeur de poisson écrasé dans une benne à ordures alors qu'il tentait d'empêcher la destruction de sa marchandise pêchée illégalement et saisie par la police, en octobre 2016. Devenue symbole des difficultés que connaît cette région pauvre et enclavée et de la défiance grandissante envers le pouvoir marocain, sa mort donne rapidement naissance aux premières manifestations. Un leader de cette contestation émerge : Nasser Zefzafi, 36 ans, chômeur.


Pendant des mois, les rassemblements, récurrents, se sont concentrés dans la ville d'Al-Hoceïma, dans le Rif. Mais la tension est montée d'un cran, le 29 mai dernier, quand Nasser Zefzafi a été arrêté par la police après trois jours de cavale, pour avoir interrompu le prêche d'un imam. Depuis cet incident, les manifestations sont quotidiennes et se transforment régulièrement en affrontements avec la police. Les principaux leaders de la contestation ont été arrêtés et une grève générale a paralysé la ville. 

"Nous sommes tous Zefzafi"

Ces dernières semaines, le mouvement s'est progressivement étendu. Aux cris de slogans comme "Dignité, liberté, justice sociale!", "Liberté aux détenus!", "Cet Etat est corrompu!" ou "Nous sommes tous Zefzafi", les manifestants ont été soutenus par plusieurs partis, dont l'Istiqlal, le plus vieux du pays, ainsi que des formations de gauche ou islamistes. 


Historiquement, les relations ont souvent été tendues, voire violentes, entre la région du Rif, à majorité berbère, et le pouvoir central, et ce avant ou après l'indépendance du pays. Si des drapeaux indépendantistes sont parfois brandis lors de manifestations, d'autres participants assurent que le mouvement n'est pas séparatiste. 

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