Coup d'État en Birmanie : l'armée menace pour la première fois les manifestants de représailles

Plusieurs manifestants protestant contre le coup d'État de l'armée à Rangoun en Birmanie le 8 février 2021.

CRISE POLITIQUE - Les généraux ont décrété la loi martiale dans plusieurs villes birmanes après le coup d'État survenu la semaine dernière et ayant entraîné l'arrestation d'Aung San Suu Kyi.

Une nouvelle étape vient d'être franchie par l'armée birmane. La loi martiale a été décrétée lundi dans plusieurs villes de Birmanie, les généraux faisant planer pour la première fois la menace de représailles contre les manifestants, descendus par centaines de milliers dans les rues contre le coup d'État.

Des canons à eau ont par ailleurs été employés mardi à Naypyidaw contre un petit groupe de manifestants qui refusait de se soustraire aux ordres de dispersion face aux barrages policiers. 

Les militaires promettent des élections "libres et justes"

Le commandant en chef de l'armée, Min Aung Hlaing, s'est exprimé pour la première fois dans la soirée, invoquant de nouveau "des fraudes électorales" lors des législatives de novembre pour justifier son putsch.

"Nous enquêtons sur les autorités responsables" de ces irrégularités, a-t-il ajouté sur la chaîne de l'armée Myawaddy TV. Il s'est engagé à "la tenue d'élections libres et justes" à la fin de l'état d'urgence d'un an et promis un régime militaire "différent" des précédents.

Le renversement d'une démocratie naissante

La Birmanie a vécu près de 50 ans sous le joug de l'armée depuis son indépendance en 1948. Le putsch du 1er février, avec le renversement du gouvernement civil d'Aung San Suu Kyi et l'arrestation de cette dernière, a mis fin à une brève parenthèse démocratique d'une décennie.

La pression monte désormais. La loi martiale a été décrétée notamment dans plusieurs quartiers de Rangoun, la capitale économique, et de Mandalay (centre), deuxième ville du pays. Les manifestations et les rassemblements de plus de cinq personnes sont interdits et un couvre-feu est instauré de 20h à 4h, heure locale.

L'armée a aussi brandi la menace de représailles à l'encontre des manifestants pro-démocratie, toujours plus nombreux dans les rues. "Des actions doivent être prises (...) contre les infractions qui troublent, empêchent et détruisent la stabilité de l'État", a fait savoir la télévision d'État. La police a fait usage de canons à eau à Naypyidaw, la capitale, contre des manifestants. 

À l'international, des réactions mais presque aucune sanction

"Nous sommes du côté du peuple birman et nous soutenons son droit" à "manifester de façon pacifique en faveur du gouvernement élu démocratiquement", a réagi le département d'État américain, qui a condamné les restrictions visant les manifestants. Les États-Unis ont aussi dit avoir "tenté d'entrer en contact avec Aung San Suu Kyi" mais s'être heurtés à une fin de non-recevoir des putschistes.

Le Royaume-Uni, l'Union européenne et 19 autres membres du Conseil des droits de l'homme de l'ONU ont de leur côté demandé une réunion d'urgence, tandis que le pape François a exhorté lundi à la libération "rapide" des responsables emprisonnés.

Mais aucune action concrète de la communauté internationale n'a été prise pour l'instant contre les généraux si ce n'est la Nouvelle-Zélande qui a annoncé la suspension de ses contacts militaires et politiques de haut niveau avec la Birmanie. C'est le premier pays au monde à décider d'un isolement de la junte. Washington et les Européens continuent pour leur part de faire planer la menace de sanctions.

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La junte défiée par la rue en Birmanie

Manifestations dans plusieurs villes et appel à la grève nationale

La fronde grandit dans le pays. Lundi, plusieurs centaines de milliers de personnes, d'après diverses estimations, se sont rassemblées à Rangoun. "Nous n'allons pas travailler même si notre salaire va baisser", a déclaré Hnin Thazin, salariée dans une usine de confection, répondant à l'appel à la grève générale émis par des contestataires.

Des moines en robe safran, des étudiants et des infirmières ont rejoint le mouvement, agitant des drapeaux rouges aux couleurs de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) d'Aung San Suu Kyi. "Avant nous vivions dans la crainte, mais nous avons eu un gouvernement démocratique pendant cinq ans. Nous n'avons plus peur. On ne se laissera pas faire", a lancé Kyaw Zin Tun, ingénieur de 29 ans.

Des manifestations se sont tenues dans d'autres villes, beaucoup d'habitants défilant sur leurs deux-roues dans un concert de klaxons. Ce vent de contestation est inédit en Birmanie depuis le soulèvement populaire de 2007, "la révolution de safran" menée par les moines et violemment réprimée par l'armée.

Et le risque de répression est réel. "Nous savons tous de quoi l'armée est capable: d'atrocités massives, de meurtres de civils, de disparitions forcées, de torture et d'arrestations arbitraires", a souligné Tom Villarin du groupement des parlementaires de l'Asean (Association des nations de l’Asie du Sud-Est) pour les droits humains.

Aung San Suu Kyi "en bonne santé"

Depuis le 1er février, plus de 150 personnes - députés, responsables locaux, activistes - ont été interpellées et sont toujours en détention, selon l'Association d'assistance aux prisonniers politiques, basée à Rangoun. Les connexions internet ont été partiellement rétablies et les données mobiles restaurées. Mais l'accès à Facebook, outil de communication pour des millions de Birmans, restait perturbé. 

La LND a remporté massivement les législatives de novembre et des observateurs internationaux n'ont pas constaté de problèmes majeurs lors de ce scrutin. En réalité, les généraux craignaient de voir leur influence diminuer après la victoire d'Aung San Suu Kyi, qui aurait pu vouloir modifier la Constitution très favorable aux militaires.

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Très critiquée il y a encore peu par la communauté internationale pour sa passivité dans la crise des musulmans rohingyas, la prix Nobel de la paix, en résidence surveillée pendant 15 ans pour son opposition à la junte, reste adulée dans son pays. L'ex-dirigeante serait "en bonne santé", assignée à résidence à Naypyidaw, d'après son parti.

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