Coup d'État en Birmanie : "Les gens dans les rues ne sont que la face visible de l’iceberg"

Des étudiants défilent lors d'une manifestation contre le coup d'État militaire à l'Université de Rangoun le 5 février 2021.

INTERVIEW - Cinq jours après le putsch des militaires, nous avons joint un proche de l'ex-dirigeante Aung San Suu Kyi. Craignant d'être arrêté par la junte, il vit désormais caché.

Pour des raisons  évidentes de sécurité, il a choisi de ne donner que son prénom. Alex est un proche d'Aung San Suu Kyi. L'ex-prix Nobel de la paix a été renversée par un putsch des militaires birmans le 1er février. Ce vendredi, elle a été placée en résidence surveillée. Dans la rue, des centaines de partisans défient le pouvoir arborant fièrement 3 doigts levés, leur signe de ralliement.  Mais l'opposition aux militaires prend aussi des formes inédites. Ainsi Alex, comme beaucoup d'autres, préfère lui, les réseaux sociaux pour mener la fronde. Par peur d'une arrestation, il vit désormais caché. Nous l'avons contacté ce vendredi matin.   

Quelle est la situation dans le pays quelques jours après le coup d'État ? 

La peur commence à s’installer parce que l'histoire de notre pays est chargée de terreur et de dictatures. Les grosses répressions de 1988 et 2007 ont été vécues par la même génération de Birmans. Ce sont des traumatismes, leur souvenir est gravé en nous. 

Malgré dix ans de processus vers la démocratie, l’armée pense toujours qu'elle tient le pouvoir et dirige le pays. Malheureusement, dans les faits, c'est la vérité. Ces cinq derniers jours en sont la preuve. Elle utilise une sorte de faux patriotisme pour s'octroyer un pouvoir sans véritable limite et garder son contrôle sur la population. 

L'opposition à ce putsch a pris, cette fois, des formes nouvelles... 

Cette année, tout est différent. Cela s'explique par un double phénomène : le problème du coronavirus et une sorte de prise de conscience chez la population. L’armée attend que les gens sortent dans la rue. Pour le moment, on a choisi la désobéissance civile. En connaissant l'histoire violente de ce pays, nous cherchons d’autres moyens d’opposition. Il y a par exemple la manifestation du son, chaque soir à 20h, nous faisons le maximum de bruit pour manifester notre hostilité à ce nouveau pouvoir. Des personnes de l’administration et des services publics ont aussi démissionné en masse, une façon de montrer leur désaccord. 

Parallèlement, nous nous montrons actifs sur les réseaux sociaux, bien que ceux-ci soient déjà censurés par l’armée (Ce vendredi soir, l'accès à Twitter était restreint en Birmanie. Avant cela, les hashtags  #HearthevoiceofMyanmar, #RespectOurVotes avaient déjà été utilisés des millions de fois, notamment par plusieurs célébrités birmanes, ndlr).  

Tout le monde est conscient que notre liberté va sans doute être encore réduite mais il faut montrer une ligne. Cette génération est impliquée, veut assurer l’avenir pour qu’il n’y ait plus d’oppression militaire. Les gens dans les rues ne sont que la face visible de l’iceberg. Ce que l’on ne voit pas est bien plus puissant et important. Mais c’est aussi un danger vis-à-vis de la communauté internationale : le mouvement reste assez invisible. 

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Que signifient ces "trois doigts" que  brandissent les manifestants dans les rues ?  

C'est un signe de contestation repris du film Hunger Games par la Thaïlande. À Bangkok, une partie du peuple l'a utilisé pour donner une sorte d'ultimatum à l’armée. On a adopté ce geste pour montrer la même sorte de résilience.  En Birmanie, il existe aussi un nouveau discours pour faire encore évoluer ce symbole et donner à chacun de ces trois doigts la signification d’une demande du peuple : 1. mettre fin à la terreur de l’armée et à son contrôle sur le pays, 2. obtenir la libération d’Aung San Suu Kyi et des autres prisonniers, 3. aboutir sur une démocratie et un cadre favorisant la liberté. Il faut que toutes les complexités politiques soient résolues par la voix démocratique et pas par la force. 

Il est aussi possible de donner un autre sens à ce symbole : un clin d'œil à l'article de la constitution qui oblige à clarifier le futur du pays trois jours après la mise en place de l’état d’urgence.

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