Coupe du monde en Russie : l'économie, autrefois atout, aujourd'hui boulet de Poutine

LA COUPE DU MONDE DE POUTINE – La Russie accueille du 14 juin au 15 juillet le Mondial. Un événement crucial pour le chef de l'Etat, qui a bien l'intention d'utiliser le sport comme instrument de "soft power" afin de promouvoir son autorité. Aujourd'hui, zoom sur l'économie du pays : un secteur redressé par Vladimir Poutine au début des années 2000... avant que le moteur ne cale. Explications.

"C'est un résultat étonnant ! C'est exactement le double par rapport à l'an 2000". Quand il s'est rendu début mars à Krasnodar, au sud du pays, Vladimir Poutine n'a pu que se féliciter de la production de blé, en forte hausse. Un déplacement qui, à quelques jours de son élection à la présidentielle, n'était pas un hasard. Malgré sa fragilité, l'économie figure en effet parmi les bons points de Poutine.


Lors de ses deux premiers mandats (2000-2008), le président a en redressé une économie exsangue après le marasme qui avait suivi la chute de l'URSS, permettant une progression du niveau de vie. "La croissance, portée par la hausse des prix du pétrole, est forte durant ces années, entre 5 et 6%", nous explique Julien Nocetti, chercheur au Centre Russie de l'Institut français des relations internationales. Selon lui, cette période faste s'arrête entre 2008 et 2009, au moment de la crise financière. "Celle-ci a fortement touché la Russie, qui a mis du temps à s’en remettre, précise le spécialiste. Depuis 2012-2013, la croissance est réelle mais très timide, assez atone. Les revenus dépendent pour 2/3 des exportations d’hydrocarbures."

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Une croissance timide qui coïncide avec le retour de Vladimir Poutine au Kremlin en 2012, après quatre ans au poste de Premier ministre. La machine s'est en effet alors grippée, la Russie traversant ensuite quatre années de baisse du pouvoir d'achat. En cause ? La flambée des prix, sous l'effet entre 2014 et 2016 de la chute des cours du pétrole. "Pour faire remonter les prix, les Russes et les Saoudiens ont beaucoup interagi, établissant des montages diplomatiques assez subtiles", note Julien Nocetti.


Au-delà des cours du pétrole, une autre explication est avancée par le chercheur pour expliquer ce marasme économique : les sanctions occidentales liées à la crise ukrainienne. "Elles pèsent lourdement sur la santé financière du pays. Le pouvoir s’est donc lancé dans des efforts pour atteindre une autosuffisance, en particulier sur le plan alimentaire et agricole, enregistrant plusieurs succès."

Pour garder la tête haute, le gouvernement a ces dernières années axé sa politique sur la rigueur budgétaire et monétaire, ce qui lui a permis de maintenir un semblant de stabilité. Mais si la croissance est revenue en 2017 après deux ans de récession, les prévisions de croissance à moyen terme ne dépassent pas 1-2%, très loin des résultats des années 2000. En outre, le taux de pauvreté - qui avait fondu de 29% de la population en 2000 à 10,7% en 2012 - est remonté à 13,4% en 2016. Le nombre de Russes jugés par la Banque mondiale en position de sécurité économique, c'est-à-dire à l'abri d'une chute dans la pauvreté, représente 46% de la population, dix points de moins qu'en 2014. Les écarts, eux,  se creusent : selon une étude de la banque Crédit Suisse, les 10% de plus riches détiennent 77% des richesses, plaçant la Russie au même niveau que les Etats-Unis. Deux ennemis sur le plan diplomatique, mais champions des inégalités parmi les pays développés.


Si les difficultés récentes n'ont jusqu'à présent pas affecté la popularité  de Vladimir Poutine, le président y a consacré une partie de son adresse annuelle au Parlement début mars. Son objectif ? Diviser par deux en six ans le taux de pauvreté "inacceptable", et atteindre "une croissance autour de 4%". S'il a promis des investissements dans les infrastructures, la santé et le logement, le maître du Kremlin est resté flou sur le financement et n'a évoqué aucune réforme répondant aux freins structurels, notamment démographiques, à la croissance.

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