Covid-19 au Brésil : la divulgation d'un rapport incriminant Bolsonaro reportée

Une commission d'enquête est censée incriminer le président brésilien pour sa gestion de la crise sanitaire jugée irresponsable et "criminelle".

ACCUSATION - Le Sénat du Brésil a indiqué le report du rapport, supposé incriminer le président brésilien Jair Bolsonaro dans sa gestion de la crise sanitaire, de mardi 19 à mercredi 20 octobre.

Le Sénat du Brésil a annoncé ce dimanche le report d'une journée, de mardi 19 à mercredi 20 octobre, de la divulgation très attendue d'un rapport d'une commission d'enquête censé incriminer le président brésilien, Jair Bolsonaro, pour sa politique jugée irresponsable et "criminelle" durant la pandémie de coronavirus.

La raison ? Les sénateurs souhaitaient avoir une journée supplémentaire pour débattre du contenu conséquent de ce rapport de près de 1.000 pages. Ainsi, il sera lu ce mercredi par le rapporteur Renan Calheiros, qui a annoncé quelques jours plus tôt pas moins de 11 chefs d'accusation contre le chef de l'État brésilien, dont "homicide par omission", "charlatanisme" et "crime contre l'humanité". Trois des fils du dirigeant ainsi que plusieurs ministres devraient aussi être incriminés.

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Le vote pour l'approbation de ce rapport, initialement prévu ce mercredi, aura lieu quant à lui le 26 octobre prochain, a indiqué le président de la commission Omar Aziz, avant de préciser : "Nous avons découvert beaucoup de choses, Bolsonaro et son entourage ont commis beaucoup de crimes, desquels il devra répondre, au Brésil, mais aussi à l'étranger."

Scandales de corruption

Depuis cinq mois, la petite salle du Sénat - où se sont déroulées les auditions de la commission d'enquête - a en effet été le théâtre d'échanges souvent houleux, avec parfois des insultes, des larmes - et même l'arrestation d'un témoin pour parjure.

Ce grand déballage a mis au jour les principales "omissions" du gouvernement durant la crise sanitaire, qui a fait plus de 600.000 morts. Les sénateurs ont notamment tenté d'établir les responsabilités dans des épisodes cauchemardesques comme la mort de dizaines de patients asphyxiés en janvier dernier faute d'oxygène dans les hôpitaux de Manaus, en Amazonie.

En auditionnant des ministres, des parlementaires, mais aussi des représentants d'entreprises privées, la commission s'est aussi penchée sur d'autres faits connus, comme les retards dans l'acquisition de vaccins. 

Mais au fil des auditions, des révélations explosives ont été faites, notamment sur des scandales de corruption. Jair Bolsonaro est notamment soupçonné par la commission d'enquête sénatoriale d'avoir fermé les yeux sur une affaire de vaccins surfacturés, qui lui vaut déjà une enquête du parquet.

Le gouvernement est également accusé de promouvoir des "traitements précoces" inefficaces contre le virus, notamment à base d'hydroxychloroquine, médicament controversé dont le président brésilien n'a cessé de vanter les mérites.

La population brésilienne a été choquée par les accusations gravissimes contre Prevent Senior, service hospitalier privé et mutuelle de santé, soupçonné d'avoir mené des expériences clandestines avec ces traitements à l'insu des patients et d'avoir minimisé les chiffres de décès du Covid-19. "Ce sont des pratiques effrayantes, du jamais vu dans des hôpitaux depuis la Seconde Guerre mondiale", a commenté Bruna Morato, avocate de 12 médecins, contraints de prendre part à ces expériences.

Impact symbolique à court-terme

Si la commission d'enquête du Sénat n'a pas le pouvoir d'engager directement des poursuites, son rapport sera toutefois envoyé aux organes compétents, comme le parquet ou la Cour des comptes, et pourrait également être transmis à la Cour pénale internationale, où d'autres plaintes ont déjà été déposées contre Jair Bolsonaro.

Les analystes estiment en cela que ce rapport n'aura qu'un impact symbolique à court terme, le dirigeant d'extrême droite disposant encore du soutien nécessaire du Parlement, ainsi que de personnalités telles que le procureur général Augusto Aras et le président de la Chambre des députés Arthur Lira, pouvant faire barrage à une éventuelle procédure de destitution.

Selon le politologue Creomar de Souza,  le seul à pouvoir inculper le président pour des crimes de droit commun serait Augusto Aras, ce qu'il juge toutefois "peu probable" à ce stade. Arthur Lira, quant à lui, s'est toujours refusé à soumettre au vote des députés l'une des 130 demandes de destitution déposées contre le chef de l'État.

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Les conséquences désastreuses devraient surtout être politiques, d'après le politologue Cremoar de Souza. Le président sortant, qui a récemment renoncer à se faire vacciner contre le Covid-19, est loin d'être assuré d'être réélu dans moins d'un an, car donné largement battu par l'ex-président de gauche, Luiz Inacio Lula da Silva. 

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