Au Portugal, les cinés, théâtres et restaurants sont-ils restés ouverts ?

Un restaurant fermé, le 9 novembre 2020, à Lisbonne

COVID-19 - Regrettant la fermeture des lieux culturels en France, la comédienne Jeanne Balibar a pris l’exemple du Portugal ce mardi, affirmant que la grande majorité des lieux de loisirs y restaient ouverts. Ce qui est vrai, mais avec des horaires limités. Et des conséquences.

"Je m'envole tout à l'heure pour aller jouer au Portugal, qui est un pays qui n'a jamais refermé ni ses cinémas, ni ses théâtres, ni ses musées, ni même ses restaurants depuis le 1er juin." Ce mardi 15 décembre sur France Inter, Jeanne Balibar a voulu prendre l'exemple de notre voisin portugais qui arriverait à juguler l'épidémie de Covid-19 tout en gardant une certaine activité, notamment culturelle. Pour l'actrice française, c'est le signe que la gestion actuelle de la crise sanitaire en France est un "choix du gouvernement", qui pourrait "parfaitement faire autrement". Alors, que se passe-t-il réellement dans ce pays où "la vie culturelle est placée au centre"?

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Pas de confinement mais un couvre-feu

Alors que le Portugal avait été relativement épargné par la première vague du coronavirus, notamment grâce à un confinement très précoce, ce pays avait repris une activité normale cet été. Comme le reste de l'Europe, il a connu une décrue de l'épidémie, avant de voir le nombre de nouveaux cas exploser dès la fin septembre. Le gouvernement a donc décidé de mettre en place un état d'urgence sanitaire le 9 novembre dernier. Formellement prolongé jusqu'au 23 décembre, les dirigeants du pays ont déjà prévenu qu'il sera étendu au moins jusqu'au 7 janvier. Mais les mesures décidées sont bien différentes de celles observées en France. Elles sont différenciées selon les zones et le niveau de progression de l'épidémie. Et les autorités n'ont jamais reconfiné, préférant avoir recours au couvre-feu. 

Les 308 communes de ce pays de dix millions d'habitants sont donc classées en plusieurs zones. Les municipalités à risque modéré, haut, très haut et extrême. Dans la première catégorie, il y a un couvre-feu entre 23 heures et 5 heures du matin, avec interdiction de circuler sur la voie publique. Cette heure est avancée dans les autres municipalités, où les autorités ont également décidé d'interdire tout déplacement le week-end dès 13h. Concernant les lieux culturels, ils sont donc bien ouverts. Les musées et espaces culturels ont pu rouvrir avec des mesures de circulation, de distanciation sociale et sanitaires spécifiques, tandis que les salles de cinéma et théâtre ont une capacité d'accueil réduite, avec places attribuées et distanciation physique. Le port du masque est obligatoire. Les séances ont cependant dû être avancées afin de respecter le couvre-feu dans les zones concernées. 

Les restaurants et cafés sont eux aussi ouverts, avec un protocole sanitaire strict, mais doivent fermer à 22h30 dans les municipalités considérées à haut risque, 30 minutes plus tôt dans celles à haut risque. À noter que pour les communes à risque très élevé et extrêmement élevé, toutes ces activités sont fermées les samedis et dimanches. C'est par exemple le cas de Lisbonne, la capitale. Des mesures qui font du Portugal l'un des pays européens où les consignes sont "les moins restrictives", comme s'en est félicité le ministre de l'Intérieur le 4 décembre dernier.

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De nombreuses conséquences

Des décisions qui ont, évidemment, des conséquences. Le Portugal se trouve désormais au-dessus de la moyenne européenne en termes de contaminations. La courbe qui a explosé à l'automne n'est redescendue qu'au 19 novembre, soit dix jours après les premières restrictions. Et elle peine à diminuer, comme le montre le graphique ci-dessous issu des données de Our World in Data. À titre de comparaison, le Portugal a enregistré plus de deux fois plus de cas sur les 14 derniers jours par rapport à la France. Il y en a eu 525 pour 100.000 habitants contre 236 en France, d'après le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (EDCD).  Idem pour le nombre de morts qui pour le moment ne cesse de croitre. 

Ces mesures provoquent également une grave crise économique, notamment dans le secteur de la restauration. Car si les restaurants restent ouverts, ils ne bénéficient plus d'aides de l'État et doivent respecter certaines jauges et horaires réduits. La crise est telle que dans la capitale, des entrepreneurs du secteur ont entamé une grève de la faim en début de mois. Plusieurs manifestations ont également eu lieu à travers le pays "pour réclamer un soutien de l'État à des secteurs aux abois : ceux de la restauration, de l’hôtellerie et de la culture", écrit le Courrier International.

Tant de raison qui font que la France a effectivement fait "le choix" de consignes sanitaires parmi les plus strictes du continent. Une position clairement assumée par l'exécutif. Invité le 9 décembre sur LCI, le ministre de la Santé avait notamment débattu avec l'auteur Alexandre Jardin. Tandis que l'écrivain appelait à "apprendre à vivre durablement avec le virus en acceptant en partie la mort", Olivier Véran avait refusé cette stratégie fataliste, estimant que la société ne se remettrait pas de "sacrifier" une partie des Français. 

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