Émeutes aux Pays-Bas : pourquoi le pays s'embrase

Pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, les Pays-Bas interdisent depuis samedi toutes sorties après 21 heures. Une décision qui a déclenché des émeutes dans les plus grandes villes du pays : Amsterdam, Eindhoven et Rotterdam.

AFFRONTEMENTS - Les Pays-Bas sont le théâtre de violentes émeutes depuis ce weekend. En cause : l'instauration d'un couvre-feu pour lutter contre le coronavirus. Une mesure qui, après des mois de tergiversations, a mis en colère des Néerlandais aux convictions diverses.

"Vous ne capitulez pas devant les gens qui cassent les vitrines des magasins". Par la voix du ministre des Finances Wopke Hoekstra, le gouvernement néerlandais a bombé le torse ce mardi, malgré le défi auquel il fait face. Des émeutes secouent en effet les Pays-Bas depuis samedi soir, dans le sillage d'un couvre-feu, le premier depuis la Seconde guerre mondiale, destiné à ralentir l'épidémie de Covid-19. Magasins incendiées, voitures brûlées… du jamais vu dans le pays depuis des décennies. 

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Il faut en effet remonter aux années 1980 pour retrouver la trace de violences similaires sur le sol néerlandais. À l'époque, les forces de l'ordre s'opposaient à des squatteurs qui avaient été délogés d'immeubles qu'ils occupaient illégalement. Quarante ans plus tard, c'est le déclenchement d'un couvre-feu qui a mis le feu aux poudres. Le résultat d'un cocktail explosif, selon les médias locaux. 

Un mouvement d'une étonnnante "diversité"

Tout d'abord, la gestion de l'épidémie par les autorités. Pour beaucoup de Néerlandais, ces dernières ont trop tergiversé sur la stratégie à adopter dans le pays, où plus de 13.600 personnes sont mortes. Après avoir vanté les mérites d'une immunité collective au printemps, le gouvernement a hésité sur la fermeture (ou non) des commerces, mais aussi le port du masque et le sort réservé aux écoles. 

Ces derniers jours, c'est un plan sévère qui a finalement été adopté, par crainte de voir les variants proliférer. Alors qu'au même moment, les chiffres des hospitalisations et des réanimations étaient à la baisse. Une décision dès lors incompréhensible pour de nombreux manifestants, présents dans les rues du pays.

Des rues où, au fil du weekend, les médias ont observé des foules d'individus avec une colère commune mais des convictions différentes. Bert Klandermans, professeur émérite de l'Université VU d'Amsterdam et spécialisé dans les mouvements de protestation, a raconté au quotidien Trouw avoir été "étonné de la diversité" du mouvement. "C'était un groupe de personnes très colorées qui s'est rassemblé", a-t-il ajouté. Ainsi, à Amsterdam, se croisaient selon Trouw des "antivax" aux côtés de gens derrière des panneaux "Arrêtez de manger des animaux".

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"Dictature, dictature, dictature"

Dans la capitale, une porte-parole portait quant à elle une casquette avec le slogan de Donald Trump "Make America Great Again". Il y a avait aussi et surtout beaucoup d'individus habillés en noir, militants au sein de mouvements populistes. Selon Trouw, des militants du mouvement anti-islam Pegida ont été reconnus dans les rues d’Eindhoven dimanche. "Il y a dans ces manifestations un courant radical ayant un comportement extrémiste", a assuré le coordinateur national pour la lutte contre le terrorisme et la sécurité. 

"Dictature, dictature, dictature", scandaient par ailleurs des manifestants dimanche à Eindhoven. Un message adressé à Mark Rutte, le Premier ministre. Le genre de slogan dont se passerait bien ce dernier, qui doit affronter les urnes dans moins de deux mois. Une aubaine pour l'extrême droite qui, depuis les émeutes du weekend, tente de tirer profit de la crise. 

Geert Wilders, figure du populisme anti-immigration, a rapidement dénoncé l’instauration du couvre-feu. Le Forum pour la démocratie, le parti europhobe, martèle sur les ondes néerlandaises qu'il est temps que "tous ensemble, les Néerlandais retrouvent leur liberté". Le parti de Geert Wilders est même remonté dans les sondages, devenant la seconde force du pays selon ces derniers. 

"Cela n’a rien à voir avec la lutte pour la liberté. (…) Nous le faisons car nous combattons le virus et que c’est pour l’instant le virus qui nous prend notre liberté", s'est défendu le Premier ministre, estimant que "99%" des Néerlandais soutiennent les restrictions. 

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