Covid-19 : un médecin allemand poursuivi en justice pour avoir créé et inoculé son propre vaccin

Après avoir créé et s'être injecté sans autorisation son propre vaccin, ainsi qu'à une soixantaine de personnes, le médecin allemand Winfried Stöcker est poursuivi par la justice.

IMPATIENCE - Pour immuniser le monde contre le Covid-19, Winfried Stöcker a pris les devants. Le médecin et entrepreneur allemand a créé son propre vaccin contre le virus et se l'est injecté dès mars 2020. Il en a ensuite fait profiter une soixantaine de volontaires. L'homme est aujourd'hui poursuivi par la justice.

Parce que la santé n'attend pas, un médecin et entrepreneur allemand, Winfried Stöcker, a pris l'initiative de développer son propre vaccin contre le Covid-19 et de se l'injecter, ainsi qu'à sa famille et à une soixantaine de volontaires. Tandis que l'homme de 74 ans se prétend aujourd'hui "immunisé" contre le virus, après quatre injections depuis le mois de mars, l'autorité de régulation des médicaments vient de déposer plainte contre lui, rapporte Sciences et Avenir. Il n'avait jamais demandé l'autorisation des autorités de santé allemandes.

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Un vaccin aussi vite développé qu'injecté

Ce vaccin, né dans l'ombre, a été créé dans les locaux d'Euroimmun, une entreprise fondée par le scientifique en 1987 et qui est aujourd'hui l'une des entreprises majeures de technique médicale et de diagnostic laboratoire. Malgré sa revente en 2017 au groupe américain PerkinElmer pour 1,2 milliard d'euros, Winfried Stöcker a pu conserver un laboratoire en Allemagne, affilié à la société mère, ce qui lui permet de mener des expériences de manière indépendante. 

Pour réaliser le produit, il s'est appuyé sur un antigène fabriqué par Euroimmun dans le cadre de la production de tests PCR et de tests sérologiques ELISA, destinés à détecter la présence d'anticorps au nouveau coronavirus. Grâce à lui, Winfried Stöcker a réussi à développer une protéine recombinante, car il lui "a semblé évident que l'immunisation par cette protéine aurait un effet protecteur contre l'infection", écrit-il sur son blog, entre une recette de jus de rhubarbe et un article justifiant le choix d'un certain granit pour les nouveaux locaux d'Euroimmun en Chine.

À peine le vaccin était-il développé que le scientifique se l'est "inoculée par voie intramusculaire à plusieurs reprises, en même temps que de l'aluminium comme adjuvant", testant en parallèle dans une culture de cellules virales la présence d'anticorps spécifiques et leur capacité à neutraliser le SARS-CoV-2 dans une culture de cellules virales. "Comme prévu, j'ai bien toléré les vaccinations. Pendant tout ce temps, je me suis senti bien et suis resté en bonne santé", affirme-t-il sur son blog. Début mai 2020, il annonçait dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung être "immunisé" contre le coronavirus.

Les autorités de santé allemandes portent plainte

À partir de là, Windfried Stöcker voit les choses en grand puisqu'il imagine déjà "les trois quarts de la population allemande ou américaine" immunisés en six mois grâce à son vaccin. Mais il a oublié une chose : l'autorisation des autorités de santé allemandes, qu'il n'a jamais demandée. Lorsqu'il contacte fin 2020 l'Institut Paul Ehrlich (PEI), qui réglemente les vaccins et les médicaments, afin de solliciter l'autorisation de reproduire son expérience en l'appliquant à un plus grand nombre de volontaires et en étudiant d'éventuels effets secondaires, l'autorité porte plainte contre lui pour violation de la loi allemande sur les médicaments. Pour l'Institut, il y a suspicion d'"activité criminelle", dans la mesure où une étude clinique aurait été menée avec un médicament expérimental sans autorisation préalable, ce qui constitue un délit pénal. Se saisissant de l'affaire, l'Office de police criminelle du Schleswig-Holstein le convoque.

Sur son blog, il se défend en déclarant avoir voulu "gagner du temps" en s'épargnant d'en "perdre à demander l'approbation officielle". "La nécessité justifie les moyens non conventionnels – dans le cas de cette pandémie, on ne peut pas perdre deux années à attendre de lever les derniers doutes sur d'éventuels effets secondaires, comme c'est le cas pour d'autres vaccins, il faut agir rapidement", écrit-il également, arguant que sa démarche est purement altruiste puisqu'il n'a déposé aucun brevet de son vaccin et en a même divulgué le principe dans la presse et sur son blog.

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Si son vaccin a désormais peu de chances d'être commercialisé, Christian Drosten, chef du département de Virologie de l'hôpital de la Charité de Berlin et Hendrick Streeck, directeur de l'Institut de Virologie de l'hôpital universitaire de Bonn, ont tous deux affirmé, après avoir analysé l'efficacité de la formule, que l'immunisation est effective. 

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