Du Brésil à l'Italie, les juges se penchent sur la gestion du Covid

Covid-19 : Agnès Buzyn mise en examen

JUDICIARISATION - En janvier 2020, la pandémie de Covid-19 a pris le monde de cours. Chaque pays a géré cette crise sanitaire à sa façon, avec parfois, des manquements importants soulevés. Plusieurs dirigeants sont sous le coup d'enquêtes judiciaires.

L'ex-ministre de la Santé Agnès Buzyn a été mise en examen pour "mise en danger de la vie d'autrui" ce vendredi par la Cour de justice de la République (CJR) dans le cadre d'une enquête sur la question depuis juillet 2020. Elle est visée par 16 plaintes jugées recevables.

Cette mise en cause est la première dans ce vaste dossier consacré à la manière dont les autorités françaises ont anticipé puis géré quotidiennement l'épidémie de coronavirus qui a fait au moins 115.000 morts en France, selon Santé publique France. Elle pourrait être suivie par d'autres convocations visant des membres actuels ou passés de l'exécutif, parmi lesquels Olivier Véran ou Édouard Philippe, qui ont déjà été entendus par la Commission d'enquête sénatoriale sur la gestion de la crise de la Covid-19.

Tandis que la France cherche déjà à rendre justice et à désigner des coupables dans les diverses défaillances qui ont émaillé la crise sanitaire, alors même que celle-ci n'est pas terminée, qu'en est-il ailleurs dans le monde ? Les autorités judiciaires d'autres pays ont-elles aussi déjà entamé des procédures judiciaires à l'encontre de leurs gouvernements ?

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Au Royaume-Uni, une enquête indépendante attendue pour 2022

Au Royaume-Uni, Boris Johnson a annoncé en mai dernier l'ouverture en 2022 d'une enquête indépendante, réclamée de longue date par l'opposition, sur sa gestion très critiquée de la pandémie de coronavirus. Dès le début, le Premier ministre a été mis en cause pour une gestion jugée chaotique de la pandémie, qui a causé plus de 130.000 morts au Royaume-Uni,  soit l'un des plus lourds bilans au sein des pays développés.

Il s'est notamment vu reprocher d'avoir tardé à prendre toute la mesure de l'ampleur de la pandémie, en confinant trop tard puis en déconfinant trop rapidement. Son gouvernement est aussi accusé de gabegie dans l'attribution des contrats de fourniture de masques et d'autres équipements de protection personnelle. Lors d'une audition devant une commission parlementaire en mai dernier, l'ex-conseiller de Boris Johnson, Dominic Cummings, l'a aussi critiqué pour avoir ignoré les conseils des scientifiques et tardé à prendre la mesure de la gravité de la situation, notamment concernant les maisons de retraite où le virus s'est largement propagé. Il a d'autre part accusé le ministre de la Santé d'avoir "menti à de nombreuses occasions, réunion après réunion", mais aussi "publiquement".

Au Brésil, Jair Bolsonaro visé par plusieurs enquêtes

Au Brésil, Jair Bolsonaro est visé par deux enquêtes. Depuis fin avril,  une commission d'enquête parlementaire du Sénat (CPI) se penche sur sa gestion de la pandémie, qui a fait près de 600.000 morts dans le pays. Le président brésilien est notamment accusé, depuis le mois de juin, d'avoir fermé les yeux sur des soupçons d'irrégularités dans l'achat de vaccins anti-Covid. Un responsable des importations dans le domaine médical du ministère affirme avoir informé le président d'une facture suspecte de 45 millions de dollars pour trois millions de doses du vaccin Covaxin du laboratoire indien Bharat Biotech. Or aucun vaccin n'avait été livré et le Covaxin n'avait pas reçu l'homologation des autorités sanitaires.

Peu après ces révélations, Jair Bolsonaro a déclaré qu'il ne témoignerait pas : "Je chie sur la CPI. Je ne répondrai à rien", a-t-il lancé lors de son allocution hebdomadaire diffusée sur les réseaux sociaux.

Devant l'ampleur de l'affaire, le parquet brésilien a annoncé peu après, et à la demande de trois sénateurs, l'ouverture d'une enquête. Si les preuves à l'encontre de Jair Bolsonaro sont suffisantes, le bureau du procureur pourra demander à la Cour suprême d’entamer des poursuites contre le chef de l’État. Mais la Cour suprême doit pour cela obtenir l’approbation des deux tiers des membres de la Chambre des députés et le président serait démis de ses fonctions pendant six mois, le temps qu’aboutissent les poursuites. Ce scénario semble peu probable au vu du soutien que possède le président d'extrême droite à la chambre basse qui a déjà rejeté des centaines de demandes de destitution.

Le 30 juin, une "super demande de destitution" a d'autre part été déposée par plusieurs partis d'opposition à la Chambre des députés du Brésil.

En Italie, le chef du gouvernement et deux de ses ministres sous le coup d'une enquête

En juin, le parquet de Bergame, dans le nord de l'Italie, a entendu le chef du gouvernement Giuseppe Conte durant près de trois heures dans le cadre d'une enquête sur la gestion de l'épidémie de Covid-19, qui a fait près de 130.000 morts dans la péninsule. Les magistrats souhaitent aussi recueillir les témoignages des ministres de la Santé, Roberto Speranza, et de l'Intérieur, Luciana Lamorgese.

Le parquet de Bergame, épicentre de l'épidémie au printemps, mène plusieurs enquêtes distinctes liées à cette tragédie. Celle dans laquelle les magistrats souhaitent entendre Giuseppe Conte et ses deux ministres porte sur les retards dans la création d'une "zone rouge" comprenant deux communes de ce département, Nembro et Alzano Lombardo, particulièrement touchées par le Covid-19. Le gouvernement central et les dirigeants de la Lombardie se rejettent la responsabilité de ce retard, qui a eu un impact dramatique avec la saturation du système sanitaire, la hausse de la mortalité et la progression du nouveau coronavirus dans cette région. 

Un recours collectif a également été introduit le 9 juin, également à Bergame, avec le dépôt auprès du parquet local d'une cinquantaine de plaintes par des proches de victimes du virus, la première action de groupe en Italie à propos de la pandémie. La première audience de ce procès a eu lieu un mois plus tard.

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Afrique du Sud

En Afrique du Sud, près de 820 millions d'euros de contrats liés à la lutte contre le Covid font à ce jour l'objet d'enquêtes pour corruption. Les cas de 63 fonctionnaires ont été transmis au procureur national et 87 entreprises ont été inscrites sur une liste noire et ne pourront plus décrocher de contrats publics.

L'une des enquêtes vise deux proches du ministre de la Santé, Zweli Mkhize, qui a été mis en "congé spécial" par le président Cyril Ramaphosa le 8 juin suite à l'ouverture de ces investigations. Le président a précisé, dans une allocution télévisée, que Zweli Mkhize avait demandé de "quitter son poste pour apporter de la stabilité à cette fonction importante".

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