Covid-19 en Inde : la gestion de la crise par Narendra Modi passée au pilori

Covid-19 en Inde : la gestion de la crise par Narendra Modi passée au pilori

CRITIQUES - L'épidémie de coronavirus fait des ravages en Inde, où des milliers de personnes meurent quotidiennement. Pourtant, le gouvernement du Premier ministre Narendra Modi se refuse à ordonner un confinement généralisé. Et multiplie les faux-pas.

"La situation était sous contrôle il y a quelques semaines encore, et la deuxième vague est arrivée comme un ouragan". Quand il prend la parole à la télévision le 20 avril dernier, le Premier ministre Narendra Modi semble comme surpris de l'ampleur du désastre qui, au fil des jours, décime son pays. Depuis l'arrivée du printemps, l'Inde a en effet plongé dans un chaos sanitaire : près de 4.000 décès ce mercredi, pour 412.000 nouveaux cas. Pour Narendra Modi, ses citoyens livrent "une nouvelle fois une grosse bataille". Or nombreux sont ceux à critiquer leur chef, qui n'aurait pas su les armer pour une telle guerre.

Les images laissent en effet peu de doute sur l'ampleur du drame qui se joue actuellement dans le pays. Les hôpitaux sont submergés et manquent de lits, de médicaments et d'oxygène. Des malades meurent devant les établissements sans pouvoir être soignés. Une situation inconcevable il y a encore quelques mois : quand la pandémie frappait violemment nombre de pays dans le monde au début de 2021, l'Inde voyait avec soulagement le nombre de ses contaminations quotidiennes culminer à seulement 9.000 cas et moins de 80 décès.

"Il a voulu remettre l'économie en marche"

"Vu de France, on se disait que l'Inde était dans une meilleure situation que nous", explique à LCI Arundhati Virmani, historienne spécialiste de l'Inde à l'EHESS (Ecole des hautes études en sciences sociales). "Le gouvernement indien, comme tous les pays du monde, a voulu remettre l'économie en marche", ajoute la chercheuse. En début d'année, le reflux des contaminations encourage ainsi Narendra Modi – mais aussi les États indiens - à autoriser un retour quasiment à la normale de l'ensemble des activités. Les festivals religieux sont autorisés, tels que Durga Puja, Dussehra. Mais surtout celui de Kumbh Mela à Haridwar, dans l'Etat de l'Uttarakhand (nord), où ont afflué 25 millions de pèlerins hindous durant plusieurs semaines. Et autant d'occasions de propager le virus ?

Pour bon nombre d'épidémiologistes, ces grands rassemblements ont sans doute leur part de responsabilité dans ce regain épidémique. Alors qu'il laisse le virus se propager sur son sol, le pouvoir indien va également commettre une erreur stratégique. "Modi et son gouvernement ont voulu montrer l'image d'un pays impliqué à l'échelle mondiale, qui soutenait les autres pays, notamment en exportant des millions de doses de vaccins ou de l'oxygène médical", estime Arundhati Virmani. Une richesse dont les hôpitaux manquent cruellement ces jours-ci. Résultat : les avions font la navette inverse, déversant un flot de matériels médicaux sur les tarmacs où Narendra Modi se félicitait de la toute-puissance indienne il y a encore quelques semaines.

Pas de second confinement malgré l'ampleur de la crise

Malgré les mises en garde, le Premier ministre est longtemps demeuré confiant. Notamment car il avait maitrisé la première vague, en mars 2020, grâce au confinement total du pays pour "sauver chaque citoyen". Las, cette décision avait poussé sur les routes des millions de pauvres ouvriers qui, ayant perdu leur emploi du jour au lendemain, avaient quitté les grandes villes. Un an plus tard, hors de question de remettre l'économie entre parenthèses :  Narendra Modi se refuse à ordonner un confinement généralisé. Surtout que cela aurait coïncidé avec des élections cruciales. Le Premier ministre a en effet sillonné en mars et avril plusieurs Etats, dont le Bengale occidental. Et ainsi multiplié les meetings bondés…

"Son triomphalisme a été imprudent. Peut-être aurait-il fallu mieux se concentrer sur les problèmes qui guettaient le pays, plutôt que de se concentrer sur l'élection", juge Arundhati Virmani. Avant d'ajouter : "Alors que la crise sanitaire s'installait, il fallait mettre en place des politiques pour préparer le système de santé. Or il n'y a eu aucune collaboration entre les États, contrairement à ce qu'on a vu en France d'une région à l'autre, voire en envoyant des malades en Allemagne."

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Preuve de ce sens des priorités mal placé ? La construction d'un nouveau parlement indien, qui a débuté en décembre et qui a été inauguré par Narendra Modi. Budget estimé : 2,7 milliards de dollars. Une hérésie, selon ses détracteurs : Tikender Singh Panwar, un membre de l'opposition et expert en urbanisation, estime que ce réaménagement est un "grand scandale en devenir". "Etrangement, pour un projet de cette importance, de cette taille et de ce coût, les détails sont bien sommaires (...)." Pour Arundhati Virmani, le chef du gouvernement s'est peu à peu "éloigné" de l'image d'un simple indien venant "d'un milieu très modeste. (…) Des gens sont en train de mourir dans la rue, dans leur voiture… c'est inacceptable dans un pays qui s'est permis d'exporter des vaccins."

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