Covid-19 : pourquoi la Hongrie affiche-t-elle le pire taux de mortalité au monde ?

Une queue pour se faire vacciner à Budapest, le 30 avril 2021.

ÉPIDÉMIE - La Hongrie lève peu à peu ses mesures sanitaires mais dénombre pourtant le plus de décès dus au Covid par rapport à sa population. Un record mondial qui s’explique notamment par l’état de son système de santé.

Pour le plus grand bonheur de ses habitants, les terrasses de Budapest ont fini par se déplier le 24 avril et les personnes vaccinées ont recommencé à profiter des restaurants, théâtres, cinémas ou des salles de sport le 1er mai. Partout dans le pays, un semblant de vie est revenu après cette pause occasionnée par la troisième vague. Mais malgré les apparences, l'épidémie est loin d'être endiguée en Hongrie, où le nombre de décès par habitant est le plus élevé au monde. Aujourd’hui, ce petit pays d’Europe centrale, peuplé de 9,7 millions d’habitants, dénombre 287 décès pour 100.000 habitants liés à l’épidémie. 

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Ce triste record, détenu depuis la mi-mars, s’explique d’abord par la gestion de la crise sanitaire du Premier ministre Viktor Orbán. La circulation du virus n’a pas été suffisamment freinée au cours de la deuxième vague, a estimé l’économiste de la santé hongroise Eszter Sinkó auprès du journal Hungary Today, et la réponse apportée face à la suivante a été tardive. Tandis que le variant anglais se propageait en février, à la faveur de l’absence de quarantaine des voyageurs étrangers, le gouvernement a tardé à édicter de nouvelles restrictions et n'a fermé les écoles primaires et les commerces non essentiels que le 8 mars. Pourtant, dès la mi-février, le nombre de nouvelles contaminations a bondi, augmentant de 23% en une semaine puis de 42% la suivante.

53% des plus de 80 ans vaccinés mi-mars

Ensuite, si la Hongrie vaccine à une allure faisant pâlir d’envie les Européens, elle a pris du retard dans la vaccination des plus âgés. Le 24 mars, tandis qu’une grande partie des plus de 50 ans avaient pu bénéficier d’une dose de vaccin, seulement 53,3% des Hongrois âgés de plus de 80 ans étaient vaccinés. Aujourd’hui, le pays est loin devant ses voisins européens dans sa campagne de vaccination, puisque 42,2% de sa population a déjà reçu une dose de vaccin et 21,5% les deux doses, selon la plateforme Our World in Data, qui recense les données transmises par les autorités de santé. Cette rapidité est liée au fait que la Hongrie a choisi de faire cavalier seul en commandant les vaccins russes et chinois, pas encore homologués dans l’Union européenne. Cela étant, le taux de mortalité reste très élevé dans le pays, ce qui interroge de nombreux spécialistes. Mais le gouvernement ne peut être le seul responsable de ces chiffres catastrophiques. 

Il apparait en effet que la population hongroise est vieillissante et en moins bonne santé qu’ailleurs en Europe. Ainsi, les deux tiers des plus de 65 ans déclaraient en 2017 avoir une maladie chronique, un chiffre supérieur de 12% à la moyenne dans l’UE, selon un rapport de l’OCDE et de l’Observatoire européen des systèmes et des politiques de santé sur le système de santé. L’espérance de vie y est également plus faible. De 79,3 ans pour les femmes et 72,5 ans pour les hommes, celle-ci était inférieure de cinq ans à celle des Européens en 2017. Ensuite, l’obésité, connue pour être un facteur de risque face au Covid, est un enjeu majeur de santé publique en Hongrie : un jeune sur cinq de moins de 15 ans était en situation de surpoids ou d'obésité en 2013, tout comme 22% des moins de 7 ans trois ans plus tard. D’ailleurs, 28% des décès survenus en 2017 pouvaient être imputés à une mauvaise alimentation, un phénomène supérieur de 10 points à la moyenne européenne. 21% d’entre eux étaient liés au tabagisme (17% dans l’UE) et 10% à la consommation d’alcool (6% dans l’UE). 

Ajouté à cela, l’état du système de santé n’a cessé de se dégrader depuis 30 ans et la chute du communisme. Aujourd’hui, la Hongrie dépense beaucoup moins pour la santé que la moyenne européenne, en pourcentage du PIB, et l’hôpital souffre d’une pénurie de personnel et de matériel. "Les soins de santé se sont pratiquement effondrés", a témoigné le Dr László Márkus, médecin d’une clinique privée de Budapest ayant passé 26 ans à l’hôpital public, au site d'information Azonnali. Comparé à la moyenne européenne, la Hongrie compte moins de médecins (3,3 médecins pour 1000 habitants contre 3,6 dans l’UE) et d’infirmières (6,5 pour 1000 habitants contre 8,5 dans l’UE), selon les données de l’OCDE. Cette pénurie de main d’œuvre peut s’expliquer par le vieillissement du personnel de santé ainsi que par l’émigration de nombreux médecins après l’adhésion du pays à l’Union européenne en 2004. 

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Pas moins de 10.000 docteurs, des spécialistes notamment, seraient partis travailler dans un autre État-membre depuis cette date, selon l’Ordre des médecins hongrois. Environ 30.000 médecins seraient restés. Et ce déficit de personnel qualifié a des dégâts conséquents sur l’épidémie actuelle. Toujours selon l’Ordre des médecins, 95% des patients admis en soins critiques finissent par décéder du Covid-19. Depuis un an et demi, l'épidémie a causé la mort de 27.802 personnes dans le pays. 

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