Records de mortalité en Russie : Vladimir Poutine rattrapé par sa gestion du Covid

Covid : Poutine décrète une semaine chômée

POLITIQUE - Vladimir Poutine a ordonné mercredi une semaine chômée début novembre et imploré les nombreux récalcitrants de se faire vacciner. Le président russe souhaite circonscrire une flambée de Covid-19 hors de contrôle. Mais aussi donner un nouveau souffle à sa gestion de l'épidémie, jusqu'à présente impuissante.

Un camouflet pour le Kremlin. À l'heure où les confinements sont devenus une exception et le retour à la normale une règle aux quatre coins du monde, Vladimir Poutine, lui, voit la situation sanitaire lui échapper. Le président russe a décrété ce jeudi une semaine chômée dans toute la Russie, et la mairie de la capitale a fermé tous ses services durant onze jours. Objectif ? Endiguer la flambée de coronavirus.

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Les chiffres officiels laissent peu de doute sur la gravité de la situation. Jeudi, le pays a battu à nouveau son record de contaminations et de décès lors des dernières 24 heures, avec respectivement 1036 nouveaux décès et plus de 36.000 nouveaux cas. 

Le bilan total des morts atteint désormais plus de 227.000 personnes, selon les chiffres du gouvernement, faisant de la Russie le pays le plus endeuillé d'Europe. L'agence nationale des statistiques, qui a une définition plus large des morts du Covid, faisait état fin août d'un bilan bien pire : plus de 400.000 décès.

"Sil vous plaît, soyez responsables"

Devant une épidémie galopante, Vladimir Poutine s'est livré mercredi à un délicat exercice de contrition, implorant les Russes de se faire vacciner. "S'il vous plaît, soyez responsables", a déclaré celui selon qui "il n'y a que deux manières de sortir de cette période (d'épidémie) : soit en tombant malade, soit en se faisant vacciner".

Ironie du sort : c'est lui, Vladimir Poutine, qui avait annoncé fièrement au monde avoir homologué un vaccin contre le coronavirus en août 2020, baptisé Spoutnik V, avant même la fin des essais cliniques. Deux autres ont depuis été autorisés, en plus d'une version "légère" du Spoutnik V en une seule dose. 

Moins d'un tiers des Russes complètement vaccinés

Pour autant, le président russe n'a jamais réussi à convaincre la majorité des Russes à franchir le pas. Et ce, pour plusieurs raisons. Déjà car le peuple est échaudé par des décennies de propagande soviétique puis russe et les coupes budgétaires dans le domaine de la santé. Le sociologue Alexeï Levinson, du Levada Center, avait expliqué à l'AFP en mai dernier que les Russes ne croient simplement pas "que le vaccin a pu passer tous les tests" et craignent d'éventuels "effets indésirables" tout en sous-estimant les risques de la maladie. 

Ce scepticisme envers la science est d'ailleurs ressorti en mars dernier dans un sondage du centre indépendant Levada : près de deux tiers des Russes estimaient ainsi que le Covid-19 est une "arme biologique" créée par l'homme. Conséquence, moins du tiers des quelque 144 millions de Russes sont complètement vaccinés.

Beaucoup sont également échaudés par des décennies de propagande soviétique puis russe, et estiment que "les objectifs politiques" du Kremlin, qui a voulu annoncer un vaccin en premier, "ont plus de valeur que la santé publique", selon Alexeï Levinson. Exemple ? Durant l'été 2020, les risques sanitaires ont été négligés afin d'organiser le vote sur les amendements à la constitution, permettant à Vladimir Poutine de rester président jusqu'en 2036.

"Verticalité du pouvoir"

En outre, malgré des bilans quotidiens alarmants depuis déjà plusieurs mois, Vladimir Poutine a toujours refusé d'adopter des mesures sanitaires restrictives ou de confinement. Le port du masque, pourtant obligatoire, est très aléatoire dans les lieux publics et les consignes de distanciation rarement respectées. "La méfiance à l'égard des autorités et du secteur médical, brisé par les réformes" dans les années 2000 ainsi que le manque de confiance dans les statistiques de mortalité ont achevé de nourrir ce rejet, a relevé Alexeï Levinson.

Enfin, Vladimir Poutine semble payer le prix d'une "verticalité du pouvoir", freinant les pouvoirs régionaux qui ont été placés sous la coupe de Moscou. Des pouvoirs régionaux désormais appelés à la rescousse par l'homme fort du Kremlin : le président a donné ce mercredi la possibilité aux régions d'entamer plus tôt ou de prolonger la semaine de congés si la situation épidémique le justifie. 

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Fermer les yeux sur un ralentissement de l'économie ? Vladimir Poutine s'y était longtemps refusé. Le confinement n'a jamais été une éventualité. En avril, il avait d'ailleurs affirmé que "le plus important maintenant [était] d'assurer la croissance des revenus des citoyens".

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